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LETTRE XLVII

PIETRO BORSIERI.

Silvio Pellico a donné lui-même, sur Pietro Borsieri, des détails qu'on lira ici avec intérêt. C'est un fragment de lettre emprunté au livre de Giorgio Briano : De la vie et des ouvrages de Silvio Pellico.

« Quand je vins de France à Milan, à l'âge de vingt et

« un ans^ je trouvai parmi les jeunes gens qui se faic( saienl remarquer par leur esprit, Pietro Borsieri, âgé « alors lui-même de vingt-frois ou vingt-quatre ans. ' c( En quittant 1 université de Pavie, où il avait fait des « études remarquables, il avait été employé au minis- « tère de la justice. Il écrivait bien en prose et en vers, « discutait avec éloquence, nourrissait son esprit de « continuelles lectures. Son intelligence se plaisait « surtout aux élucubrations philosophiques et à Fes- « thétique. Il avait su conquérir Festime de Monti, de « Foscolo, de Manzoni, de tous ceux qui le connais- « saient, et qui aimaient en lui non-seulement un « noble esprit, mais les solides qualités de Fâme.

c( Que pourrais-je encore te dire de Borsieri, sinon « que nous nous voyions, chaque jour, comme deux « amis de bonne humeur, studieux, toujours d'ac- « cord. 11 passait sa vie à projeter des ouvrages de « tout genre, arrangeait dans sa tête des drames bisce toriques; mais il ne se pressait de rien exécuter. « Aussi n'a-t-il presque rien livré à Fimpression. Il se « borna alors à publier quelques opuscules de cir- « circonstance, de courtes poésies, des choses peu « notables; il fut Fun des collaborateurs du Conci- « lia tore.

« Quand je fus mis en prison, Borsieri ne se vit « nullement inquiété ; mais environ un an plus tard, « il fut enveloppé avec beaucoup d'autres dans le « procès de Gonfalonieri. J'étais déjà au Spielberg à « Fépoque où furent condamnés Gonfalonieri, Bor- « sieri, etc., etc., et ils vinrent tous me rejoindre « dans la fatale citadelle. J'en sortis en 1830, et

« encore par un acte spécial de la clémence de France cois !«»'. Borsieri et les autres reçurent leur grâce (( de Ferdinand; mais on ne les laissa point en « Europe. Un bâtiment autrichien les porta en Améc( rique. Après quelques mois de séjour aux Étatsce Unis, Borsieri se rendit en France, et se fixa à ce Paris, où il demeura jusqu'à Tépoque où le gouvercc nement autrichien permit à tous les exilés de cette c( catégorie de retourner chez eux. Borsieri vécut c( tranquille et honoré dans sa patrie, et se tint éloic( gné des passions politiques. Nos dernières révoluce lions ne lui inspiraient point de confiance.

ce II séjourna alors quelque temps à Turin, mais les ce choses ayant repris un cours pacifique il retourna ce à Milan. Sa santé s'altéra au mois de juillet 1852. Il ce passa à Belgirate, croyant y trouver un air meilce leur, et il se proposait d'aller à la Spezzia; mais ce surpris par un affaiblissement extraordinaire, il ce mourut à Belgirate le 6 août de la même année, ce C'était un homme d'une âme très-droite, et plein ce d'amour pour tout ce qui est beau, pour tout ce qui ce mérite le nom de vertu.

« Pourquoi avec des connaissances si étendues et un ce talent si distingué, n'a-t-il rien laissé de remarce quable en fait d'œuvres littéraires? Il était trop ce mobile dans ses projets, se lassait des longs travaux, ce et trouvait plus de plaisir à lire, à penser, à eauce ser, qu'à se faire une renommée d'écrivain. Dans ce sa jeunesse, il disait : c'est trop tôt; dans sa vieilce lesse, il dit : il est trop tard, ce Quoique je sache qu'il faut se résigner à toutes

« les pertes, la mort de Borsieri m'a profondément « affligé. Ici, à Turin, il était frais, animé et plein « de vivacité. Je n'aurais jamais cru que ce serait « moi, accablé de tant dinfirmités, qui aurais la douce leur de lui survivre. »

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