XXX VI
de telle sorte qu'il lui arrivait quelquefois de louer ce qu'il venait à peine de blâmer. Il donnait pour excuse que Canova aussi sculptait des statues pour tous ceux qui lui en demandaient. Mais il y a une grande différence entre le sculpteur et le poëte : le premier agit sur la matière en se conformant aux règles établies et invariables de Tart; le second, peignant rhomme intérieur , sera accusé de mensonge s'il accorde au vice les louanges qui ne sont dues qu'à la vertu. »
On sait que la cause de Napoléon mit aux prises Byron et Monti/ comme elle y mettait l'Europe entière, et Byron allait lancer contre son adversaire une amère satire, quand Silvio intervenant, réussit à désarmer l'irascible auteur des Bardes écossais, en lui racontant certaines anecdotes qui honoraient le cœur de Monti.
Le nom de Manzoni revient souvent sous la plume de Silvio Pellico, et on aura droit de s'étonner de ne voir dans ce recueil aucune lettre à l'adresse de ce premier des poètes de l'Italie.
Silvio fut, dans sa jeunesse, l'ami de Manzoni, ne lui aurait-il jamais écrit? peut-être Manzoni, qui depuis tant d'années est tombé dans le silence de Racine après Phèdre, et qui en est arrivé à se défier du bruit de sa gloire comme d'une source de dangereuses tentations, aura-t-il craint le retentissement de son nom dans cette correspondance.
Rappelons du moins ce que Silvio disait de Manzoni : « Manzoni est le plus grand homme de notre âge. Les autres nations possèdent de brillants génies dont
elles ont le droit d'être flores; mais Alexandre Manzoni est supérieur à tous par Télévaiion morale. Il est très-grand dans la peinture des personnages vertueux. » Remarque profonde, et qui donne raison une fois de plus à la- célèbre maxime de Vauvenargues.
Mais si nous n'avons ici aucune lettre de Silvio à Manzoni , il en est deux adressées à son ami de cœur, à Tabbé Rosmini, Téminent philosophe.
Un jour que je visitais la villa Serbelloni, sur le lac de Corne, c'était au mois d'août 1854, et que j'admirais de loin, dans son nid de verdure , le village de Lecco, un des rameurs de la barque qui nous avait amenés, bien digne assurément de chanter sur une gondole à Venise les octaves de la Jérusalem, s'adressant à l'un de ses compagnons, assez haut pour que je pusse l'entendre, et comme pour répondre à ma pensée : — « Lecco, dit-il, la patrie de Lucia, l'héroïne des Fiancés ! » Le soir , en sillonnant le lac , nous effleurions la berge où est assise la petite ville de Strezza. Ce soir-là même, en ce lieu, Manzoni tenait expirant dans ses bras l'abbé Rosmini, cet illustre correspondant de Silvio Pellico.
Si Ton est surpris de ne trouver dans ce recueil aucune lettre adressée à Manzoni, on s'expliquera plus aisément qu'il ne s'en rencontre pas non plus à l'adresse de MaronceUi.
J'ai connu, j'ai aimé Maroncelh : en 1831, il arriva à Paris où le succès du livre de Silvio PeHico ne tarda pas à le tirer de la foule des réfugiés italiens, à cette époque si nombreux en France. La renommée des malheurs de Maroncelh, le titre d'ami de Pellico, for-