‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 37 sur 103 · AU SAVANT M. NICOMÈDE BIANCHI, A MODÈNE · texte numérisé non relu

AU SAVANT M. NICOMÈDE BIANCHI, A MODÈNE

Turin, 15 novembre 1839.

Très-estimable monsieur ,

Je réponds à toutes les questions que vous m'adressez par votre lettre du 4, relativement à Ugo Foscolo.

T. Je fis connaissance avec lui dans ma vingtième année, c'est-à-dire en 1809, comme je revenais de France. Il était fort lié avec mon frère Luigi.

IL Foscolo voyait dans Manzoni un jeune littérateur de grande espérance; il l'honorait, le défendait contre ceux qui se moquaient de la croyance religieuse à laquelle Manzoni s'était récemment rallié, tournant le dos à l'athéisme. Foscolo appelait ces railleurs les fanati- (juesde la philosophie, et se vantait, quanta lui, de mépriser, non les croyants, mais seulement les hypocrites.

III. Il était en relations fort amicales avec la maison Borsieri et particuhèrement avec le jeune D. Pietro; le père de ce dernier, D. Guglielmo Borsieri, était Conseiller d'appel, homme de bien et sincère catholique.

IV. Foscolo parlait de son Ortis avec un mélange de prédilection et de regret, et jugeait séYèrement la démence de ces jeunes enthousiastes qui prennent dans son livre le goût du suicide. Qu'ils y puisent, disait-il, les sentiments généreux, et plaignent celui qui attente à sa vie comme un homme dont la raison s'est égarée. Il confessait parfois que c'était un livre dangereux, et s'affligeait du blâme que faisaient franchement retomber sur lui à ce sujet des personnes qu'il vénérait, tels que Volta et le comte Giovio. Il cherchait néanmoins à défendre ce livre et demandait qu'on le rangeât dans la catégorie, moralement parlant, des tragédies : tableaux dépassions fortes, où l'on peint le mal pour faire ressortir le bien. Plus d'une fois il chercha à guérir des jeunes esprits trop épris d'Or /«s, et il prêchait alors avec une noble chaleur le devoir de vivre pour la société et pour la famille K

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