‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 39 sur 103 · A M. N. N., PROTESTANT · texte numérisé non relu

A M. N. N., PROTESTANT

26 mai 1840.

J'ai connu les doutes désolants de l'irréligion,

mais je n'aurais pu en faire le sujet d'une composition littéraire ; je portais mon tourment en silence. — J'aurais craint de faire dévier du droit sentier les âmes jeunes, toujours faciles à séduire. Ah ! cette crainte n'existe que trop peu en France et en Angleterre. Se déclarer incrédule passe pour beau et philosophique. On

1 La strophe à laquelle Pellico fait allusion dans cette lettre est celle-ci, encore inédite :

« 11 n'est barreau ni chaîne qui puisse tenir mon esprit captif. Pour Tâme il n'est point de fers ; i-a nature est la liberté.

« L'homme que la prison rend lâche est une vile fange, une argile inanimée, ou bien le crime a dégradé l'âme immortelle qui est en lui. » {Note de l'Editeur.)

ne veut plus, coiumc au temps de Voltaire, d'une impiété grossière, mais on tire son chapeau au christianisme, que Ton considère comme une fiction respectable (à laquelle on voudrait bien croire. Je prie Dieu d'accorder la foi à tous ceux qui ne Tout pas, et particulièrement à N. N. , puisque dénué de cette force divine, Thomme est malheureux, et qu'il s'exhale de son esprit des émanations nuisibles à autrui. Diteslui cela, et ajoutez-y que je l'aime.

Quand je prie pour vous, mon ami, une douce espérance vient parfois me sourire... Puissé-je être exaucé ! Aimons-nous pour l'éternité.

Page 1