‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 54 sur 103 · C. R, DE SOMASCO, A RACCONIGI · texte numérisé non relu

C. R, DE SOMASCO, A RACCONIGI

Turin, 19 mars 1844.

Mon très-révérend père.

Vos hymnes^ et les poésies qui les accompagnent sont de ces puissantes compositions qui veulent être lues sans interruption, et ensuite relues. J'admire l'imagination et l'élégant style; j'admire l'âme d'un poëte qui peut écrire ainsi. Si j'avais lu ce livre avant d'en

1 Le Belleze della natura^ hymnes imprimés à Gênes, à Turin et à Rome. {Noie de l'Editeur.)

connaître personnellement Tauleur^ une si haute valeur poétique m'aurait inspiré une grande estime. Permettez-moi de vous dire que cette estime s'accroît encore, depuis qu'au charme de lire ces belles productions j'associe l'idée du pieux religieux qui écrit d'une manière si élevée, et de qui j'ai entendu de si saintes paroles, dites simplement et d'abondance de cœur. Je ne sais pas m'étendre en éloges, mais mes applaudissements sont sincères; recevez-les avec mes vifs remeroiements. Je n'oublierai jamais la bienveillance avec laquelle vous m'avez parlé : j'espère que j'aurai encore, si je vis, le bonheur de vous revoir.

Je vous présente mes devoirs et vous prie de dire mille choses de ma part à l'excellent père Bottari^ auquel je dois une réponse. Je lui écrirai un de ces jours.

J'ai l'honneur d'être avec une vénération particulière, de Votre Révérence, le très-humble et trèsobligé serviteur.

A MADAME LA MARQUISE PORROi.

Turin, 2 avril 1844.

Très-gracieuse marquise, A mon retour de Quiers, j'espérais avoir encore le

1 Madame la marquise Giuseppina Porro, femme de Giulio* Porro, rélève de Silvio Pellico. [Note de l'Editeur.)

* L'Éditeur a sans doute voulu dire Gilberto; c'est le nom qui est dans le texte. {Note du Traducteur.)

bonheur de vous voir quelques jours. On ne m'avait rien dit d'un départ si rapproché, et le beau couple a pris son vol : cela m'a fort déplu, en vérité. Même ne vous voyant pas chaque jour, il m'était doux de dire : Demain je les verrai. On prend volontiers l'habitude de regarder pareils hôtes comme de véritables concitoyens. Je voudrais me fâcher d'avoir été abandonné ainsi à l'improviste, et, au contraire, il ne m'est permis d'éprouver que de la reconnaissance pour le billet le plus aimable et un souvenir préci^x qui m'a été laissé. Il faut que je baise l'élégante petite bourse et ces expressions si bonnes de la charmante donatrice, et que j'apprenne à aimer de loin, comme je les ai aimés de près, Peppina et Gilberto. Je vous remercie du présent et des termes affectueux dans lesquels vous me l'offrez. Maintenant que vous nous avez accoutumés à vous aimer, ne restez plus un siècle sans venir nous voir, et, en attendant, pensez quelquefois à notre bonne ville de Turin.

J'ai dû aller àQuiers pour quelques petits intérêts que j'y ai. J'ai là une maisonnette où vit ma vieille sœur, et comme j'y possède un des chers portraits du comte Porro, la famille Porro, dans mes entretiens avec ma sœur, est un de mes thèmes favoris. Enfin, quelque part que j'aille, je ne vous oublie pas, et j'aime à penser que vous serez heureuse, la plus heureuse des femmes, quand vous aurez votre enfant dans vos bras. Portez votre grossesse avec courage, mais sans faire d'imprudences.

Je n'ai j)as encore revu la comtesse de Masino, mais je sais qu'elle va mieux et qu'elle sort déjà. La mar-

quise de B... est sortie delà retraile * en assez mauvaise santé; les couvents sont trop froids dans cette saison pour des daines accoutumées à des appartements chauds.

Mille choses à toute la famille : aimez tous votre Silvio.

A M. LE PROFESSEUR A. IGHINA^.

Turin, 17 avril 1S44.

Cher professeur, La jeune fille dont Votre Seigneurie me parle dans sa lettre, de la part de Monseigneur, ne peut être admise parmi les religieuses de Sainte-Anne, où Ton refuse sans exception tout ce qui a été femme de chambre ou servante. M-^^ la marquise vous offre ses devoirs, et présente ses humbles respects à Monseigneur

Merci pour votre bonne lettre, et pour m'a voir procuré la connaissance du révérend père Giovacchino, de qui j'ai eu le plaisir d'entendre des choses que je suis toujours heureux d'applaudir : Je veux dire l'éloge de Votre Seigneurie. — Nous avons eu d'excellents prédicateurs à Turin ; j'en ai entendu trois, mais d'une manière peu suivie, empêché que j'étais, tantôt par ma déplorable santé , tantôt par autre chose ! J'ai dû

* Ce mot est en français dans le texte.

{Note du Traducteur.) ' * Du livre Silvio Pellico e il suo tempo, considérations de Pietro Giuria. — Voghera, tip. Gatti, 1854.

{Note de l'Editeur,)

aussi passer quelques jours à Quiers ;, pour les tracas habituels que me donne la petite propriété que j'y ai; et là j'ai eu^ en outre, à gémir d'une foule de misères qui abondent, soit dans la ville, soit dans la campagne. Le monde parle sans cesse de progrès, et il y a tant de familles qui manquent de pain ! et tant de malades dénués de tout qui ne peuvent trouver à temps leur place dans les hôpitaux ! Les âmes charitables font beaucoup, et il reste encore tant à faire chaque jour ! Ah ! que de gens fuient l'aspect du pauvre et s'imaginent que dans la société tout est pour le mieux ! C'était la plainte ordinaire du bon Cottolengo.

On ne peut nier cependant que beaucoup de familles, en commençant par la famille royale , ne fassent le bien grandement et abondamment : c'est ce qui console, parmi tant de raisons de s'affliger. Il est digne de V. S. de prêcher, non-seulement pour instruire et appeler les cœurs à Dieu, mais aussi parce que, s'il vous en vient quelque argent , vous vous en servez pour faire l'aumône.

J'ai écrit quelques vers pour la naissance d'Humbert , et Madame la marquise en a fait tirer un petit nombre d'exemplaires : comme l'autre fois, j'en remettrai un pour V. S. à l'avocat Nasi K ■ La mnémonique, si l'on veut s'y appliquer, n'est pas sans utilité : ce sont des niaiseries, mais dont on peut tirer parti.

* Nous chercherons aussi à caractériser, sinon à traduire dans son entier, le morceau qui a pour titre : Chant d'allégresse sur la naissance de S. A. R. Humbert, prince de Piémont,

{Note du Traducteur.)

Mes hommages à Monsieur votre père, quand vous lui écrirez; aimez votre très-humble et très-dévoué Pellico.

P. S. Les vers sur le Tasse s'imprimeront^ je crois, lorsque Paravia sera revenu de Venise.

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