C. R. DE SOMASCO, A RACCONIGI
Turin, 23 avril 1844.
Mon très-révérend père , Je dois vous remercier du jugement si favorable que votre indulgence vous porte à former sur moi : Dieu veuille que vous ne vous trompiez pas complètement ! C'est-à-dire que je vise du moins à acquérir cette piété chrétienne que vous me supposez. Je comprends que c'est la seule vraie sagesse et la seule félicité véritable à chercher sur la terre ; mais autre chose est de comprendre l'excellence d'un trésor, autre chose de le posséder. Je suis, comme la plupart des hommes, plein de contradictions, de discordances , et je mérite moins d'éloges que de pitié. Après avoir vécu , dans ma jeunesse , comme un païen , j^ai reçu ensuite la grâce de la foi : mais il est rare que l'homme qui s'enrichit tard sache faire un bon usage des richesses, et ce n'est que trop mon affaire. Heureux ceux qui , ainsi que V. R. , ont toujours méprisé la fausse sagesse pour s'en tenir à la sagesse immortelle de Jésus! De cette continuité dans le bien résulte une grande force : mais moi, quoique vieux, je suis novice et faible.
Votre Révérence mMnvite à lui marquer les principaux défauts que j'aurai trouvés dans ses écrits : je les noterais sincèrement, si je savais les y trouver. Il y aura des défauts, je n'en doute pas. Quelle œuvre humaine en est exempte? Mais dans les compositions poétiques, voici seulement ce que je sais discerner : — si elles sont d'un maître ou d'un gâte-métier ; si les sentiments en sont ou non louables ; et les poésies du père BuonOglio sont des plus belles et des plus dignes que je connaisse. Je sais que les littérateurs s'accoutument volontiers à certaines règles de critique Oli ils puisent un goût particulier pour l'analyse : mais cet exercice raffiné de l'esprit me paraît une source d'illusions, et il doit trop souvent conduire à trouver tout mauvais. Beaucoup d'esprits, à mon sens, deviennent violents et absolus dans leur critique, à cause de cette malheureuse manie d'examiner en décomposant et disséquant tout.
Présentez mes respects au chevaher Cerutti et à notre excellent père Bottari.
Priez pour votre très-dévoué Silvio PeUico.
A M. GIUSEPPE SPANDRI, A VÉRONE
Turin, 12 mai 1844.
Monsieur,
Vous m'avez honoré d'un précieux don , en m'en-
voyant votre ouvrage de la Sapienza , et je vous en
exprime toute ma gratitude. De belles et profondes
vérités brillent dans ce livre , je les sens ; mais je n'ai
pas la capacité d'en juger. Mon âme , autrefois éprise de pliilosophie , a fini par se convaincre qu'elle n'est nullement propre à de pareilles recherches. Chaque système me semblait laisser place à des doutes, à des critiques qui engendraient constamment dans mon esprit cet odieux scepticisme qui décourage de tout , et que, par une faveur spéciale de Dieu, j'abhorrais. Je ne cessai d'être sceptique qu'en perdant toute confiance dans la philosophie , et en acquérant la pleine conviction des vérités de la rehgion. Mais, en dehors des choses que la rehgion enseigne positivement, toute doctrine philosophique, même exposée par des hommes religieux et excellents, me laisse dans le doute.
Non , je ne saurais en juger. Je h s les livres de ce genre en simple amateur, mais non plus en adepte , surtout maintenant que les souffrances m'ont vieilli, et que je ne me vois plus bien loin de ce grand changement de destinée qui doit tout découvrir à nos yeux.
En attendant. Monsieur , j'applaudis à votre talent, et je me réjouis de voir que vous êtes cathohque , et que vous mettez vos études en parfaite harmonie avec la foi. Votre livre m'a inspiré, pour l'auteur, des sentiments de haute estime et de respect.
C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être.
AU PROFESSEUR A. IGHINA.
Turin, 16 mai 1844.
Cher professeur,
Votre digne ami , Tabbé Martini , a eu l'amabilité de m' apporter la lettre de Votre Seigneurie, et j'ai attaché un grand prix à toutes les expressions affectueuses dont vous m'honorez. 11 m'a été également fort doux d'entendre l'abbé Martini parler de vous selon mon désir, c'est-à-dire me peindre notre Ighina tel que je l'ai vu moi-même, aussi recommandable par la bonté que par l'esprit. L'ode à la Vierge del buon Consiglio m'a plu presque autant que l'auteur, ou plutôt sans \q presque, puisque je ne saurais y désirer rien de mieux. Madame la marquise l'applaudit comme moi et le remercie. — Madame de Lalaing m'a envoyé une traduction de la belle, mais trop belle dédicace, et j'ai écHt à cette bonne comtesse pour lui reprocher de conspirer, elle aussi , à me donner de l'orgueil. Je vous remercie, cher professeur, de votre allusion à ces gloires auxquelles j'ai si peu de titres, ou plutôt j'aurais quelque envie de vous gronder également. — Le professeur Trôna m'a offert son discours , — oh ! que d'âmes abondent et surabondent d'indulgence à mon égard! Elles me dédommagent outre mesure de la malveillance de quelques-uns.
Nous irons bientôt à la Vigna.
Portez-vous bien, priez pour moi; je vous souhaite
toute satisfaction. Madame la marquise vous envoie tous ses respects.
Croyez-moi toujours votre bien affectionné.