‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 66 sur 103 · AU · texte numérisé non relu

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des liabitaiits, et pour ee je ne sais quoi de respcctahic et de sympathique particulier à tous les pays qu'ont rendus fameux d'antiques et durables souvenirs. — Il n'est pas jusqu'au côté jovial de cette bonne nature romaine qui ne soit plein de grâce et qui n'obéisse à un ordre admirable. Les folies du carnaval, le nombre infini des masques, les courses, le magique délire des moccoletti, forment un ensemble de franche gaieté, d'inoffensives fantaisies , de plaisanteries innocentes. Tout à coup retentit au Capitole la cloche qui rappelle à la sagesse; aussitôt tout se calme, tout obéit, comme dans une troupe aimable de jeunes garçons bien élevés, où, sur un signe du père, on passe des rires innocents à une honnête gravité. Mais peut-être ai-je tort, et vaudrait-il mieux froncer le sourcil, ne voir que coups de couteau, gueusaille importune, prêtres et moines inutiles, et réserver mes éloges pour ces heureuses nations où il n'y a plus ni délits , ni inégalité de fortune, ni misères. Tu es indulgent et tu me plains. Je suis un homme de peu de tête et obstiné dans ses idées. Les mêmes principes que je professais lorsque j'écrivis les Mie Prigioni et i Doveri degli uomini, je les professe encore. Il me semble qu'il n'y a de vraie philosophie que la modération. Combien de savants maîtres eussent voulu m'en enseigner une plus belle , et je ne leur ai pas donné la consolation de m' enrôler dans leurs rangs ! Quel malheur pour ma réputation!...

Je puis de nouveau sortir un peu pour voir cette foule innombrable de beautés intellectuelles, morales, sacrées, poésie sublime qui ne s'écrit pas Je n^ose

prendre sur moi de te parler de la basilique vraiment divine de Saint-Pierre, ni des autres merveilles de Rome : les livres ont déjà balbutié de tout cela, les uns avec une certaine vérité, les autres dans un sentiment vulgaire ou hostile. Mais venons h mon voyage. Tu as raison d'écouter sans f en inquiéter les conjectures ou les assertions que les génies profonds s'évertuent sagement à répandre.

Beaucoup d'hommes ont cette infirmité de froncer le sourcil et de faire les entendus, et ils ignorent que, le plus souvent, les choses vont simplement d'ellesmêmes. Ils se donnent ainsi de l'importance et un air de supériorité. Les pauvres gens !

Il me semble qu'on ne saurait parler avec certitude, si on en parle trop tôt, du moral d'un pays. Je sais qu'ici je trouve de l'amabilité, de la science, du bon sens. Il me semble, qu'à peu de chose près, tout s'y passe comme dans d'autres pays civihsés; le mal s'y mêle au bien. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Les déclamateurs passionnés exagèrent, défigurent, mentent...

A M. GIORGIO BRIANO.

Mon cher Briano,

Un commencement de pontificat est une excellente occasion pour la clémence; chacun sent cette vérité et l'approuve.

Je bénis les souverains qui étendent le manteau du pardon sur une jeunesse en révolte, mais je gémis

aussi de la nécessité où se trouve quelquefois un prince de réprimer des révoltes consommées. Exiger une perpétuelle indulgendo me semble une vaine utopie et une application forcée des maximes de charité, puisque la religion qui commande la charité veut aussi Tordre social. En ceci donc la mesure du pardon et de la rigueur doit dépendre de l'opportunité, et cette opportunité peut être examinée et discutée dans de bons écrits où Ton travaille, sans insultes, à faire pencher les forts du côté du pardon. Autrement on s'expose au reproche d'exagération et d'injustice, quelle que soit d'ailleurs la droite intention et la généreuse chaleur des Démosthènes. Je sais cependant qu'il faut honorer les gens de bien, même lorsque, sans s'en apercevoir, ils vont au delà de la justice et de la logique. Ainsi marche la société humaine, dans un tourbillon où se heurtent les opinions et les passions, les lumières et les ténèbres, la civilisation et la barbarie. Elle n'est ni un enfer ni un paradis, mais il y a en elle les éléments de l'un et de l'autre. L'affaire de chacun est de reconnaître Dieu et de le suivre, d'abord au Calvaire, et ensuite à la gloire éternelle. Courage donc, la lutte est belle, et dans toutes les positions on peut pratiquer la vertu. J'ai toujours trouvé un grand appui dans cette pensée.

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