‹ Lettres de Silvio PellicoChapitre 76 sur 103 · CCLXXXIII · texte numérisé non relu

CCLXXXIII

A PIETRO GIURIA!.

26 décembre 1849.

Mon cher Giuria, Quoique, avec la connaissance que j'ai de ton esprit, je pressentisse que ton petit livre sur le christianisme ne pouvait être une apologie vulgaire, tu as surpassé mon attente. Lorsqu'un grand sujet a été traité souvent, ce n'est pas chose facile de le présenter de nouveau avec des idées qui s'emparent de l'âme du lecteur, et y réveillent un vif sentiment du beau. Tu as obtenu cet effet, et avec cette puissante simphcité, qui est le don des meilleures inteUigences. Tu ne vas pas mendier des pensées, mais tu les épanches de ton cœur, comme le soleil épanche la lumière. — Bravo donc! mille fois bravo ! — Oh ! si après l'éloge tu veux

* Du livre Silvio Pellico e il suo tempo, considérations de Pietro Giuria.— Voghera, lip. Gatti, 1854.

{Note de l'Editeur.)

que je te signale quelque erreur qui te soit échappée, en voici une (par malheur elle n'est pas de ton fait, ce qui te dispense du mérite d'en rougir). Vois page 46 *.

Le mal n'est pas grand, puisque tout le monde comprend.

En somme, ton bel opuscule est éclatant de vérité, et je n'y vois aucun défaut notable. — Toutefois, pour ne pas négliger même les misères, j'appelle ton attention sur ce qui suit :

Le fondateur des Sœurs de Charité s'appelait, non di Paola, comme saint François de Paule, mais bien de' Paoli, ou même di Pao/o — saint Vincent de Paul.

Tu dis que, dans les tragédies ou comédies grecques, les femmes appartiennent presque toutes à la classe des courtisanes. Et les Hécube, les Antigone, les Alceste, les I phi génie, etc.? Ton assertion, quant aux tragédies, n'est donc pas juste. Tu peux corriger dans une autre édition.

Blâmant le siècle de Michel-Ange, tu signales ce puissant génie comme un anachronisme dans son temps, et tu ajoutes : // est forcé de représenter ses statues endormies. Et le Moïse? et tant de statues pleines de vie ? et les Pères, le Jugement Dernier, etc.,

1 Suit une phrase, qu'une confusion de mois dans le texte rend à peu près inintelligible. Nous reproduisons telles quelles les autres imperfections signalées par Pellico, parce que le lecteur français peut aisément se rendre compte de la faute et de la critique, là même où cette dernière s'adresse à Pexpression. Je me borne à faire remarquer que, dans sa dernière observation, Silvio reproche à son ami d'avoir donné au verbe preludere un sens qu'il n'a pas en italien. {Note du Traducteur.)

l)rocliges d'énergie? — Je ne YOiidrais tlonc pas d'une Ielle hyperbole.

« Sainte Cécile préludait à Vharmonie des anges. » Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'on dit preludere dans le sens à' eludere, illudere. Vérifie.

Je t'ai tout dit, même les légères imperfections, qui ne nuisent pas au fond des choses. — Je te remercie et suis ton Silvio.

CCLXXXIY

AU PROFESSEUR A. IGHINA.

Cher professeur.

Pendant que je recevais la chère lettre où vous m'adressiez vos vœux, une lettre de M. votre père arrivait à M. Yiani, secrétaire de Madame la marquise. M. votre père lui exprimait toute sa reconnaissance au sujet du secours de cent livres accordé aux pauvres incendiés et suggérait l'idée de faire remettre l'argent, si je ne me trompe, à V. S. pour qu'eUe voulût bien le transmettre, etc. Madame la marquise me charge, sachant que je vous écris, de vous répondre deux hgnes sur ce point, et de vous prier, vous, cher professeur, ou votre respectable père, de faire prendre ici par quelqu'un cette petite somme de cent livres, parce qu'elle ne saurait de quelle manière vous l'envoyer.

Les deux épigrammes sont belles, et je voudrais pouvoir les louer plus à loisir, mais j'écris en toute hâte, sous le fouet inexorable du temps. Continuez à

exercer voire malice d'une manière aussi aimable^ et si vous nous envoyez de nouvelles épigrammes^, elles seront les bienvenues. — Adieu, vivez de longues années en joie et en santé. Vous savez les souhaits de Madame la marquise. — Recommandez-nous à Dieu.

P, S. Ayez Tobligeance de faire agréer à Monseigneur les hommages de la marquise et les miens.

Mille choses au digne M. Ighina père.

A M. VICTOR DE LA CANORGUE

Turin, 31 janvier 1850.

* Monsieur, Je vous remercie infiniment de Touvrage historique que vous m'avez fait Thonneur de m'envoyer par M. le commandeur Trenca. J'ai été enchanté de faire la connaissance de ce digne homme, et je l'ai entendu avec plaisir me faire votre éloge. Votre Aperçu sur l'histoire des peuples m'apprend à connaître en vous un mérite de plus : la poésie n'est pas votre seul partage. J'aurais bien voulu que le désir de M. le chevaher Bonafous, de vous obtenir la nomination de membre correspondant de l'Académie de Turin, eût déjà été satisfait. J'ignore les causes du retard. Vous savez. Monsieur, que ma vie est très-retirée, et que j'aime M. le chevalier Bonafous sans pouvoir cultiver sa société. Quand nous avons eu quelquefois l'occasion de nous voir, il ne m'a rien dit de son intention de solliciter pour vous une nomination dans ce corps savant. Sans doute quand il aura une réponse.

il vous la communiquera. — Mes écrits étant si peu de chose, je n'appartiens point à cette illustre Académie, et fort peu d'autres m'ont admis dans leur sein. Je conçois cependant très- bien qu'il y ait des hommes de mérite qui aspirent à entrer dans ces compagnies pour se mettre par là en rap[)ort avec les esprits distingués qui les composent. C'est une noble ambition que je respecte.— Je n'ose plus combattre votre pensée de porter la traduction de Francesca dans le domaine de la publicité ; il ne me reste qu'à souhaiter que mes craintes ne soient pas fondées, et que vous soyez heureux. — Croyez, Monsieur, aux sentiments bien sincères de ma reconnaissance et de mon estime. ^

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