CCLXXXIX
A M. GIORGIO BRIANO.
3 septembre 1850.
Je ne puis te dissimuler que je persiste
à croire inutile, en ces jours de licence et d'impéritie, de prêcher la sagesse et Thabileté. Je crois qu'il faudra beaucoup de temps pour sortir de ce chaos et trou-
ver la science, la politique et Tordre. Jusqu'à présent, on ne fait que feindre le bon sens et promettre aux plaies de salutaires emplâtres : et de quel air capable on les promet ! Mais le pauvre Job expire sur son fumier ! Il y a mieux à faire qu'à feindre le bon sens et à composer des emplâtres à tout hasard : le temps enseignera cette science qui nous manque, et, en attendant , Job continuera à souffrir et à écouter avec patience les sublimes consolateurs. A Fheure qu'il est, cher ami , les écrits sensés sur les questions politiques ne peuvent, à mon avis, avoir d'autre résultat que de satisfaire l'auteur et quelques amis et le désigner à la haine d'une foule d'adversaires, ou sinon à leur haine, tout au moins à leurs moqueries : ce qu'on appelle le public s'en soucie peu ou point. Mon découragement n'est pas d'hier, tu le sais ; mais , remarque-le bien, il ne regarde que la phase actuelle, laquelle sera longue, je le crains! Quant à l'avenir, je n'en désespère jamais.
A FRANCISCO-SILVIO ORLANDINI, A LIVOURNE
Turin, 9 septembre 1850.
Monsieur,
Je vous remercie de tout ce que vous me dites d'obhgeant dans votre lettre, et je suis heureux d'apprendre que Gino Capponi et Castiglia me gardent bon souvenir : je les estime et je les aime de toute mon âme. Quand vous les re verrez, saluez-les de ma part.
Pour dire la vérité, je sens tous les défauts du petit
nombre de choses que j'ai données an public. J'ai ardemment aimé le beau, mais sans savoir le produire : c'est pourquoi je ne me regarde aucunement comme un littérateur de marque.
Si M. Lemonnier veut réimprimer ces ouvrages, ayez l'obligeance de l'avertir que je n'ai plus le droit de disposer ni de Le Mie Prigioni , ni des tragédies suivantes : Gismonda, Leoniero , Erodiade. Ces productions, cédées par moi à M. Giuseppe Bocca, libraire à Turin , sont comme à lui ; et sj l'on veut les réimprimer il faut lui écrire et s'entendre avec lui.
Quant à mes autres écrits , je ne mets aucun obstacle à leur publication , ce sont les tragédies : Francesca da Rimini, — Eufemio , — Tginia, — Ester d'Engaddi, — Tommaso Moro; les poèmes ou récits que j'ai intitulés Cantiche , et qui sont : Tancreda, — Rosilde , — E ligi e Valafrido, — Adello, — Raffaella,
— Ebelino , — Ildegarde , — i Saluzzesi , — Roccello,
— Eugilde, — Aroldo e Clara, — La Morte di Dante. Outre ces poèmes, il y en a un petit nombre de lyriques, d'élégiaques, etc., toutes compositions courtes qui forment le premier volume des Poésies inédites que je publiai en 1837 ; — enfin le petit livre qui a pour titre : Dei doveri delV uomo.
Si M. Lemonnier imprime ce dont je puis disposer, il me fera plaisir de me réserver un nombre raisonnable d'exemplaires : — ^je n'entends pas dire un grand nombre, mais quelques-uns. — Ce que je recommanderais par-dessus tout, c'est une correction sévère.
Je vous souhaite , cher monsieur Orlandini , une
bonne santé, et des jours tranquilles : je n'ai pas la première^ mais les autres ne me manquent pas.