CCCXXXII
A M. LE COMTE PORROi.
Très- cher comte Porro,
Ici' toute la jeunesse est livrée à l'enthousiasme patriotique; mais il lui manque une bonne direction. Ce qu'il y a de bon est tellement gâté par les imprudences et les folies, que cela fait pitié. J'aurais déjà été compromis ici cent fois si je ne vivais très-retiré, tellement est grande la faveur, poussée jusqu'à Texagération, dont je jouis auprès du parti libéral; je parle de ceux que la peur ne maîtrise pas; aussi me faut-il éviter les uns parce qu'ils sont bons, mais trop inconsidérés, et les autres parce que ce sont de faux frères ou des adveisaires.
Quelle excellente créature nous avons perdue dans
^ Fragment d'une leUre dont les deux premières pages ont été perdues. Ce qu'on en donne ici appartient à la iroisième.
{Note de l'Editeur.)
la comtesse Gonfalonieri ! et (|ue celle peftc sera cruelle à son infortuné mari ! Ces années de malheur avaient singulièrement resserré les liens (jui l'unissaient à elle; il avait compris quel rare trésor de vertu c'était que le cœur de sa femme. S'il était un jour sorti de prison, sa plus grande consolation eût été de retrouver cette précieuse amie... Finfortuné! Je le plains de toute mon âme, et comme une victime qui probablement ne sortira jamais de ce sépulcre, et pour la perte d'une femme si supérieure. D'abord, vous le savez. Gonfalonieri n'était pour moi qu'une simple connais- . sance; mais nous nous liâmes ensuite d'une amitié intime, et je trouvai en lui beaucoup de bonnes et belles qualités.
Je finis en yous disant quel bomme j'avais trouvé en Maroncelli. Pendant tant d'années passées ensemble dans l'horrible détresse d'un cacliot, oii les âmes finissent nécessairement par se montrer sous toutes leurs faces, je ne l'ai jamais vu un moment égoïste, jamais un moment lâcbe^ et, au contraire, toujours ami digne et passionné de la vertu, sévère à lui-même, indulgent aux autres, plein de gratitude pour les moindres services, et aussi très-sincère.
Adieu, excellent comte, je vous embrasse tendrement.