‹ Lettres de soldatChapitre 14 sur 25 · V. segue^seche. Le premier est efface, c’est le mot patois · texte numérisé non relu

V. segue^seche. Le premier est efface, c’est le mot patois

VI. gongé (cf. lexique militaire). Le g remplaçant le c est la produit d’une influence patoise.

lÜienani (cf. lexique militaire). Si le mot était patois, on aurait //(tenant).

VII. ensanble. En patois, on a énsane (insim(u)l). — Le français

est: ensemble. — Les lettres nous offrent une forme intermédiaire, produit du mélange.

VIII. vous s'en tournerez — vous en retourner — Je yuan retournerai.

Ici la variation des formes répond à l’incertitude de l’écivain et aux différents stades du mélange.

Je ni en retournerai est français. — Vous en retourner et vous s'’ en tournerez sont deux formes également mélangées de français et de patois. Dans la première, le second vous manque, dans la seconde, il est -remplacé par la vraie forme patoise vous s'en (cf. Tobler, Vermischte Beitrâge, et la syntaxe) et la forme tourner pour retourner. D’un côté il y avait difficulté de prononciation pour vous {^pous en retourner) , de l’autre le patois fait subir la même opération à (re)tourner qu’à (de)viendrai.

songner. Ici le mot est patois pour la forme, mais français pour, le sens: soigner.

X. tu me marque. Ici la forme est française mais le sens patois.

Marquer en patois signifie — tu m’apprends, tu m’écris. chanchon. — Le patois est kénchon. La forme actuelle est . une forme mélangée également de français (chan) et de patois (chon).

travailler. Ici le mélange s’opère surtout sur le sens. On dit: ouvrer en patois dans le sens de travailler à la ferme et au champs. — „Je vais ouvrer“ à peu près dans le sens français. — Mais travailler^ le mot français, s’emploie pour être 'au service de (cf. XI) „travailler pour chez

Nous n’avons pris que les mots où le mélange était facilement discernable. — Maintenant, la question de savoir quel est l’élément primitif et prépondérant était singulièrement délicate et difficile. — Si, comme le pense M. Schuchardt, le mélange est le phénomène naturel et originaire, il est superflu de se demander quel est l’élément prépondérant.

Quoiqu’il en soit, nous voyons ici les différents phénomènes du mélange s’opérant inconsciemment tantôt sur le sens, tantôt sur la forme du mot.

Dans une étude précédente, nous avions nié que la variété de formes pour un même mot dans une même charte fût une preuve du mélange qu’avait subi ce mot, car, pour nous, la langue du scribe était différente de celle qu’on parlait dans le pays où il écrivait. — D’ailleurs pour ce genre d’étude on n’a naturellement pas le contrôle du langage parlé.

Mais ici il en est tout autrement, et, pour des expressions comme vous s’en tournerez, vous en retournerez, vous vous e7i retournerez , nous avons trois formes qui répondent à trois stades du mélange.

Une preuve plus forte encore de l’adaptation du langage à l’expression parlée est la présence de phénomènes de phonétique syntactique. Nous ne les avions pas rencontrés dans les Chartes. Nous avons:

I. nan na (il n’en a). Ici l’n s’est attachée, en se dédoublant à a. Le phénomène n’est pas complètement patois.

11 présente plusieurs stades;

prenons la forme française j’en ai

ler stade, rendu par les lettres ; jen nai . ^ patois.

jeunnée (jônnée)

dissimilation : jeun’dé.

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