II. Le i8 une maison a 4 etache, ca, lui coûte
Et cependant la phrase paysanne a un rythme bien plus précis et plus délicat que la nôtre. — Nous n’avons de rythme, que celui formé par une idée en remplaçant une autre ; ou le balancement des idées et leur coordination; le paysan met des repos entre les plus petites parties d’une idée. — C’est qu’une idée pour lui est un monde.
Prenons une phrase au hasard, et nous lui donnerons la ponctuation vraiment rythmique.
IL Je vous écri de mot — c’est pour vous faire savoir letat de ma santé — tant qua moy je me porte très bien — je voudrais que la presance vous trouve de meme. — Le ler Juillet et le 18 nous avons ete au feu. — Le ler il a brulet un boutique etc.
Nous avons ici des exemples contredisant la ponctuation ordinaire. — Là, où nous mettons une virgule sans nous arrêter, ce qui est inutile, le paysan s’arrête. — Si nous disons „le ler Août, une boutique a brûlé“ nous mettons une virgule après Août
Ferragus — Scènes de la vie parisienne.
et nous ne nous arrêtons pourtant pas4 — Corome la ponctuation du patois est plus fine et surtout plus vivante! La première phrase a trois pauses, trois arrêts, trois sens : „Je vous ecri de mot (c’est un fait, mais il faut en donner la raison) — cest pour vous faire savoir leta de ma santé (Ici nouvel arrêt pour dire que sa santé est bonne) — tant qu’à moi je me porte bien [Enfin, souhait dernier] — je voudrais que la présence vous trouve de meme. Il y a quatre respirations dans ces quatre phrases.
En effet, nous ne devons pas oublier que le paysan parle en écrivant sa lettre comme ses parents parlent en la lisant.
Le phénomène contraire semble se passer pour l’accentuation. Nous la trouvons représentée en grande quantité dans nos lettres, mais elle est en général mise à tort et à travers. Pourquoi, si non parce qu’elle ne répond à rien dans l’esprit du paysan, et qu’elle est une chose apprise.
Il faut noter pourtant une certaine logique qui lui fait conserver le même accent pour le même son:
„vous én retournér ét vous lauréz.“
Ici nous avons le in (pour en) patois indiqué par l’accentuation.