‹ Lettres de soldatChapitre 5 sur 25 · Partie étrangère · texte numérisé non relu

Partie étrangère

Ce qui nous arrête d’abord c’est le premier élément de trouble apporté dans l’esprit du paysan devenu soldat : le laiigage employé au régiment. — Il y a ceci de particulier que ce n’est pas de son plein gré que le paysan les apprend: ces mots lui sont enfoncés dans la tête par la „théorie“. Il doit apprendre par cœur tous les termes du fourniment.

„Je vous dirai quille nous faut savoir tout les non de tout nos cheffe par couer depuis le non des caporale jusqu’au générale de notre régimant“ (Lettre V).

Lettre I: régiment — fusil — faison lexercice — à Capelle — la théorie — paser au batailloin.

Nous trouvons deux mots bien écrits : fusil et théorie ; le second lui était inconnu. — Le mot bataillon se trouve dans plusieurs lettres, et presque jamais exactement transcrit (il veut parler ici de l’école de bataillon).

II. Quartier — buiscuit — crose — petit car — bat la générale — sac — fournimant — lecole militaire — compagni.

Le mot car nous est expliqué par le soldat lui-même : „pour le café nous avons un petit car de blan faire , grand comme un pot de tase : ce que nous apelons car c’est parceque ca tien un car.“

1 Louvil (Coû de Cysoing. Art. Lille. Dep • Nord).

Ainsi nous ayons la preuve que le mot quart lui était inconnu, cela pourra faire récrier ceux qui ont une haute idée de l’instruction des paysans, mais cela n’en est pas moins ainsi. Il a appris au régiment ce que c’était que le quart de quelque chose. — Au village, on ne dit pas quart mais quarteron (cartron).

Nous citons une fois pour toutes l’indication du régiment que le soldat n’avait qu’à copier et à retranscrire ensuite dans toutes ses lettres.

III. Revu — générale — en grande tenue — croy doneur la croy de fer — signalé — la faite lenpereur — marechalle — sac — en garnison — je mai toujours montré.

La Croy de fere\ c’est un mot qui entre accidentellement dans sa mémoire et qui n’y restera pas longtemps. — Les mots : être signalé, se montrer entreront au contraire dans son vocabulaire et même rentré au pays, et toujours avec le sens qu’y attachent les soldats, — j’ai été signalé (au rapport), c’est-à-dire que ma conduite dans telle ou telle affaire a été remarquée ; se inojitrer, veut dire : se distinguer.

La faite lenpreur „le de tombe, comme en patois. — On dit aussi la fête la Vierge ou le fils Eugénie, — Mais cette fête lui était connu, avant le régiment, car on la célébrait dans les villages.

IV. Docteur — prandre des réméde — cassé la fieve — congé renouvlable — certifica — permision — finire mon congé.

Les trois premières expressions ont été certainement apprises au régiment. — D’abord, à cette époque, on ne connaissait pas de docteur à T***, et encore moins ces expressions techniques que le soldat a entendues à la caserne pour la première fois.

Quant aux mots congé (que nous trouvons cependant écrit quelquefois gongé) et permission, ils sont trop connus des soldats pour qu’ils en oublient l’orthographe.

V. Certifica — serjan major — au service — buisquit — cheffe — caporale — generale (de notre régiment) — régiment — grade — matriculle — effet — chaco — aigle — cinturon — plaque — giberne — porte-bainnette — fouraux de baihonnette.

Cette lettre est surtout remarquable par l’accumulation de termes techniques. On sent bien, comme nous le disions plus haut, qu’ils ont été introduits artificiellement et qu’il ne resteront pas. — Une remarque curieuse c’est la difficulté que les soldats éprouvent à distinguer les grades: ici, par exemple, il dit: général de notre régiment, au lieu de colonnel. — Nous 4Gvons noter ici les deux orthographes de baïonnette.

VI. Comandans — gongé — liétenant — notre sac et fait — capitaine — piquet (être de).

Noter le mot: gongé.

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