‹ Lettres de V. VoitureChapitre 10 sur 101 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

Vous m'en avez fait voir un autre, De quoy je ne me gardois pas.

Ce fut vers 1625 que Voilure fut présenté par Chaudebonne à l'hôtel de Rambouillet, dont les réunions étaient alors dans tout leur éclat. L'heureux soupirant de Mme de Sainiot reçut dans cette assemblée l'accueil le plus flatteur. Il sut plaire tout d'abord à la rayonnante Arthenice, et conquit les sympathies, qui sait? peut-être certains côtés du cœur de la princesse Julie. Dans ce temple du beau langage, il connut le cardinal de La Valette, qui devint pour lui un protecteur dévoué, le comte de Guiche, le marquis de Montausier, et son frère, le comte de Sainte-Maure, le galant inspirateur de la Guirlande et le soupirant de Julie d'Angennes. Parmi les littérateurs, il se lia avec Corneille, Balzac, Chapelain, Kacan, Godeau, évêque de Grasse ; Vaugelas, Chandeville, neveu de Malherbe; Arnauld de Corbeville, les H abert (Germain et Philippe) et leur cousin deMontmort; Malleville, son rival pour le sonnet de la Belle Matineuse; d'Andilly; Gombaud, le vétéran du madrigal, et Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, le maître du lieu.

Parmi les femmes qui venaient quelquefois au grand rond, comme on disait, Voiture put coqueter devant Mme la princesse et Mlle de Bourbon, sa fille, plus tard duchesse de Longueville ; il vit Mmes de Clermont et de Vigean, Marie de Gonzague, la future

Xïl INTRODUCTION

reine de Pologne, et enfin la belle lionne, Angélique Paulet, qui devint la confidente et l'amie de l'épistolier, avec lequel elle se brouilla assez sérieusement dans les dernières années de sa vie.

« Malgré son origine plus que bourgeoise, écrit M. A. Ubicini dans son étude très correcte sur Voiture, il ne fut nullement embarrassé parmi cette société de marquis et de beaux esprits. Il n'y avait rien en lui qui sentît le cabaret de son père. Outre qu'il s'abstint toute sa vie de boire du vin, il était né pour la cour; il ne fallait pas trop se fier à cette mine « entre douce et niaise », comme disait le marquis de Rambouillet, qui lui donnait, à ses heures de digestion, Vair d'un mouton qui rêve. C'était bien le plus coquet des humains, prenant son avantage en toute chose, avec une façon de dire que vous eussiez juré qu'il se moquait des gens en leur parlant : beau joueur, perdant galamment ses écus et les prêtant de même, d'ailleurs bon pour un coup d'épée1. Bref,

i. Tallemant insiste sur ses duels : « Il est tel brave, dit-il, qui ne s'est point battu tant de fois que lui, car il s'est battu jusqu'à quatre fois, de jour et de nuict, au soleil, à la lune, aux flambeaux. La première fois contre le président des Hameaux; la seconde, contre Lacoste pour le jeu. Le troisième combat fut à Bruxelles, contre un Espagnol, au clair de la lune, et le quatrième et dernier (le plus célèbre], fut dans le jardin de l'hôtel de Rambouillet, aux flambeaux, contre Chavaroche, intendant de la maison. Leur querelle venoit de l'aversion qu'ils avoient l'un pour l'autre dès le temps qu'il y avoit trois sœurs à l'hôtel de

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