‹ Lettres de V. VoitureChapitre 11 sur 101 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

rien ne lui manquait, et, dit Martin de Pinchesne, « il approchait fort près, au jugement de toutes les dames, des perfections qu'elles se sont proposées pour former celui que les Italiens décrivent sous le nom de parfait courtisan, et que les Français appellent un galant homme. »

Ce que Voiture avait d'incomparable, c'était l'en- i jouement ; soit qu'il parlât, soit qu'il écrivît, il montrait des grâces ondoyantes, faisait des pointes originales, appuyait sur tout, en ayant Vair de glisser. Il fallait le voir et Ventendre, avec son œil perçant et malicieux, son fin sourire toujours ironique que dissimulait à peine sa moustache légère ponctuée d'une royale, avec les narines mobiles et voluptueuses de ce nez divisé sur la pointe par une manière de fossette très friponne, avec cet organe plein d'onction et de brièveté à la fois : on ne savait jamais s'il se gaussait ou s'il demeurait sincère et sérieux. Il inquiétait les femmes par cette préciosité de Mascarille de génie ; il tenait toujours leur esprit en haleine par ses jeux de pensée et ses équivoques; il était audacieux parfois avec elles, mais il habillait toujours ses désirs des métaphores les plus congrues. C'était bien le poète folâtre qu'il fallait à ces cercles où. l'on raffinait sur tout et où chacun s'alambiquait les idées pour trouver

Rambouillet, qui estoient honnêtement coquettes. » Dans tous ses duels, Voiture eut une bravoure et une contenance remarquables.

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