‹ Lettres de V. VoitureChapitre 24 sur 101 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

ingénieusement, les témérités de son esprit ne lui servent qu'à en montrer la souplesse et l'agilité; il aime à inquiéter la pruderie, et il ne l'offense pas. C'est qu'au fond son esprit vaut mieux que l'emploi qu'il en fait; il le gâte sciemment pour mieux divertir l'auditoire, dont il aime la surprise et les applaudissements. Il ne s'abuse pas sur la valeur des traits qui lui attirent des suffrages; homme du monde plutôt qu'écrivain, et voulant vivre parmi les grands sur le pied d'égalité, il lui fallait compenser le tort de sa naissance en prenant ses avantages du côté de l'esprit. Courageux, familier, quelquefois hautain, toujours soigneux de sa dignité d'homme, dans son rôle d'amuseur, il a fait reconnaître les privilèges de l'intelligence, parmi les privilégiés de la naissance qui n'étaient pas des sots. »

On a dit de Voiture qu'il avait pris la livrée qu'avait l'esprit en son temps, mais nous pouvons ajouter quil honora cette livrée, qu'il sut l'embellir en y ajoutant du sien, et qu'il la porta si gentiment que nul autre mieux que lui ne saurait la personnifier aux yeux de la postérité. Pour bien comprendre le mérite, le haut ragoût et le friand de ses lettres, il faut être bien au fait des mœurs et des mille incidents de la société gu il vécut. Avec Victor Cousin, le public peut être à demi initié à l'existence mondaine du XVIIe siècle, mais les commérages de Tallemant des Kéaux peuvent seuls servir presque entièrement de commentaires aux épîtres que nous publions. Si l'on

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