‹ Lettres de V. VoitureChapitre 33 sur 101 · LETTRE VII · texte numérisé non relu

LETTRE VII

Mademoiselle, voicy le lion du Nort et ce conquérant dont le nom a fait tant de bruit dans le monde , qui vient mettre à vos pieds les trophées de l'Allemagne, et qui, après avoir défait Tilly et

abbattu la fortune d'Espagne et les forces de l'Empire, se vient ranger sous le vostre. Parmy les cris de joye et les chants de victoire que j'entends depuis tant de jours, je n'ay rien oùy de si agréable que le rapport qu'on m'a fait que vous me voulez du bien; et, dès lors que je l'ay sceu, j'ay changé tous mes projets et arresté en vous seule cette ambition qui embrassoit toute la terre. Cela n'est pas tant avoir retranché mes desseins comme les avoir eslevez, car encore la terre a ses bornes, et le désir d'en estre le maistre est quelquefois tombé en d'autres âmes que la mienne. Mais cet esprit qu'on admire en vous et qui ne se peut mesurer ni comprendre , ce cœur qui est si fort au dessus des sceptres et des couronnes, et ces grâces qui vous font régner sur toutes les volontez, sont des biens infinis que personne que moy n'a jamais osé prétendre , et ceux qui desiroient plusieurs mondes ont fait en cela des souhaits plus modérez que moy. Que si les miens peuvent réussir, et si la fortune qui me fait vaincre par tout m'accompagne encore auprès de vous, je n'envieray pas à Alexandre toutes ses conquestes, et je croiray que ceux qui ont commandé à tous les hommes n'ont pas eu un empire de si belle estenduë que moy. Je vous en dirois davantage, Mademoiselle; mais jevayà ce moment donner la bataille à l'armée impériale , et prendre, six heures après, Nuremberg. Je suis, Mademoiselle, vostre tres-passionné serviteur, etc.

Gustave-Adolphe .

A la mesme.

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