‹ Lettres de V. VoitureChapitre 35 sur 101 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

Madame, voila cette élégie que vous m'aviez beaucoup trop demandée, et qui jusqu'icy avoit esté oùie de quelques-uns, mais qui n'avoit encore esté leuë de personne. Je voudrois bien qu'il m'en

arrivât autant qu'à vous, qui, après avoir caché long-tempslaplusbellechosedu monde, avezébloûy, en la monstrant, tous ceux qui l'ont veuë. Mais c'est estre trop amoureux de mes vers que de leur souhaitter cet avantage, et je ne voudroispas qu'ils fussent meilleurs, puis qu'ils n'ont pas esté faits pour vous. Si vous les trouvez fort mauvais, vous m'en devez sçavoir d'autant plus de gré de ce que, le connoissant comme vous, je n'ay pas laissé de vous les envoyer. Et, sans mentir, pour m'obliger à cela, il ne falloit pas avoir moins de puissance sur moy que celle que vous y avez acquise depuis quelques jours; et, sans vostre commandement, Madame, ils n'eussent jamais esté ailleurs que dans ma mémoire. Mais il est temps qu'ils en sortent pour laisser place à quelque objet plus agréable, et ce que mademoiselle Paulet me fit voir l'autre jour l'occupe tellement à cette heure que je ne sçay s'il y aura plus de lieu pour pas une autre chose. Je voy bien, Madame, que je vous fais un poulet en ne pensant faire qu'une lettre d'excuse et de compliment; mais je voudrois bien que les autres fautes que vous trouverez icy fussent aussi excusables que celle-là. Cependant je vous jure qu'il y a bien long-temps que je ne m'estois tant engagé, et qu'il y a beaucoup de personnes à qui je n'en voudrois pas dire autant, quand bien elles me tiendroient l'espée sur la gorge. Mais, puis qu'il n'y peut avoir de scandale, vous devez, ce me semble, Madame, recevoir favorablement ce commencement d'affection, pour voir comme je ferois si je deve-

nois amoureux, et ce qui en arrîveroit si on me laissoit faire.

A Mademoiselle de Rambouillet,

Sur la mort de son second frère, qui mourut de peste , et qu'elle assista pendant sa maladie.

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