‹ Lettres de V. VoitureChapitre 36 sur 101 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

Mademoiselle, n'ayant pas moins d'admiration de vostre courage et de vostre bon naturel que de ressentiment de vostre douleur, je suis si fort touché de l'un et de l'autre que, si j'estois capable de vous donner les louanges qui vous sont deuës et la consolation dont vous avez besoin, j'avoue que je serois bien empesché par où commencer : car quelles obligations peuvent estre également plus pressantes que de rendre à une si éminente vertu les honneurs qu'elle mérite, et à une si violente affliction le soulagement qu'elle désire? Mais j'ay tort de des-unir ces deux choses, puisque vostre charité les a si parfaitement unies que l'assistance incomparable que vous avez rendue à feu monsieur vostre frère vous doit estre maintenant une consolation nompareille, et que Dieu vous donne en cela, par justice, ce que les autres luy demandent par grâce, sa bonté infinie ne pouvant laisser sans reconnoissance une action si extraordinaire de bonté que

celle qui vous a fait mépriser vostre vie pour porter les devoirs de la meilleure sœur du monde au delà de vos obligations, et, par une constance admirable, demeurer ferme au milieu d'un péril qui fait trembler les plus courageux. Cette mesme raison ne me peut permettre de douter qu'il ne vous en préserve et qu'il ne verse sur vous, pour recompense de vostre vertu, les bénédictions que vous souhaite, Mademoiselle, vostre, etc.

A Madame la marquise de Sablé.

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