LETTRE XLV
Monsieur, je ne sçay pas bien certainement qui vous estes; mais je suis asseuré que la lettre que j'ay receuë ne peut estre que d'un extrêmement honneste homme, et je dois attendre quelque jour de grands secours de vous, s'il est vray ce que vous dites, que vous me sçaurez mieux servir que vous ne sçavez escrire. Que si vous estes celuy que j'imagine , ce bien ne me pouvoit venir d'aucune part dont il me fust plus cher, et j'ay une extrême
joye de voir tant de bonté en une personne en qui j'avois desja remarqué toutes les autres excellentes qualitez. Comme en cela vous m'avez fait plus d'honneur que je n'en pouvois attendre, je vous asseure, Monsieur, que je le reconnois mieux que vous ne sçauriez penser, et que je ne suis pas moins généreux à ressentir cette faveur que vous l'avez esté à me la faire. Je pense que vous avez assez bonne opinion de moy pour le croire, et vous, qui en vous laissant seulement connoistre gagnez le cœur de tous ceux qui vous voyent, vous ne sçauriez douter que vous ne soyez extrêmement aymé de ceux que vous y obligez si particulièrement ; mais je vous puis jurer, Monsieur, qu'entre tant d'affections que vous avez acquises, il n'y en a pas une qui soit accompagnée de tant de respect et d'estime que la mienne, et que je suis, comme je dois, plus que personne, Monsieur, vostre, etc.
A Lisbonne, le 22 octobre 1 63 3 •
A Monsieur le marquis de Montausier, Qui fut tué depuis en la Valteline.