‹ Lettres de V. VoitureChapitre 93 sur 101 · LETTRE LXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIX

Je suis au desespoir de ne pouvoir me promener avec vous; mais madame la Princesse et madame de la Trimoùille me commandèrent hier d'aller à Ruel avec elles. Puis que vous vous promenez tous les jours, faites-moi demain, ou après demain, l'honneur que vous m'offrez à cette heure. En recompense, je vous laisseray disposer de moy comme il vous plaira. Vous n'en sçauriez pas user plus librement que vous faites de me donner de la sorte à qui il vous plaist. Il faut que vous gardiez quelque chose d'excellent pour vous, puis que vous faites de ces presens à vos amies. Mais, si elles sont belles, comme vous dites, laissez-moy seul à l'une d'elles et ne me mettez point en deux. Si je m'y pouvois mettre, je le ferois à cette heure pour aller à Ruel et pour aller avecque vous, et je vous asseure que vous auriez la meilleure part. L'avis que vous m'avez donné fera que je m'ennuyeray avec madame la Princesse, madame de la Trimoùille et mademoiselle de Rambouillet. Faites, s'il vous plaist, des complimens bien passionnez pour moy aux dames à qui vous m'avez donné. Je voudrois que madame *** en fust une, car, sans mentir, je la trouvay l'autre jour bien à mon gré. Mais voyez, je vous prie, le pouvoir que vous avez sur moy. Quoy que je ne les connoisse point, je

sens desja quelque inclination pour elles, et, bien que je n'aye jamais aimé deux personnes à la fois, je voy bien que je feray tout ce que vous voudrez.

A Monsieur Arnaud, Sous le nom du sage Icas.

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