‹ Lettres de voyage [microforme]Chapitre 5 sur 11 · RE EU · texte numérisé non relu

RE EU

Le dôme des Invalides a été doré à neuf il y a trois ou quatre ans. Il existe des dômes plus grands que celui-là, mais plus beaux, je ne le crois pas. Le ‘“ musée des souverains,” au Louvre, a été mis en magasin, par crainte de pillage, sans doute.

L'évacuation des départements de l'Est s'opère sans grandes démonstrations de joie.

Les paysans et les gens du petit commerce regrettent, dit-on, le départ des Prussiens, qui dépensaient beaucoup d'argent dans le pays.

“C'était la même chose pendant la guerre, me disait un Parisien. Les Prussiens ne manquaient de rien : la cupidité de nos paysans pourvoyait à leurs besoins. Et voilà, ajoutait-il, où en est le patriotisme français !”

MacMahon est très-populaire en province, et même dans Paris. 1 conservateurs sont décidément forts dans l'Assemblée Nationale de Versailles. Les petits journaux enragent.

Yæs journaux parisiens que l'on reçoit à Québec sont bien les meilleurs. Les autres, en sé sont mal écrits et sottement pensés,

’ignorance en matière religieuse est la grande plaie du monde lettré, et je puis vous affirmer que cette ignorance n’est pas mince,

mi Les élèves des lycées et même de certaines écoles spéciales supérieures,parlent,entre eux, un véritable argot qui a fait éruption un peu partout. es garçons de café et de restaurant parlent une langue à part, aussi

FR mr

sm ose

incompréhensible pour les Français de province que pour nous. (1)

(1) M. de Pontmartin a fait, à ce sujet, l'excellente charg? que voici. La parole est à un provincial qui reconte ses désenchantements des hommes et des choses de la vie parisienne :

Justement cinq ou six célébrités s’étaient groupées près de ma table. Ily avait là les héros

u succès d'argent, des hommes dont les calembours sont cotés entre l’Orléans et le Crédit mobilier ; des capitalistes qui, en faisait rimer je l'aime avec bonheur suprême, ont amassé cent mille livres de rentes. J'étais tout oreilles. Deux de ces messieurs avaient des physionomies d'employés aux pompes funèbres : un troisième veriait de jouer à la hausse : il perdait en huit jours.ses droits d'auteur de toute l’année : vingt bordées de sifflets ne l’auraient pas tant consterné. Deux autres discutaient violemment sur la question de savoir s'ils confieraient leur prochain rôle travesti à mademoiselle Alphonsine ou à Mademoiselle Virginie :

#— Je te dis qu'Alphonsine a plas de chien /

#—— Oui, mais Virginie est la foguade de ces petits gandins de l’orchestre…

“ Ils étaient là ce leur discussion, lorsque survinrent deux autres de leurs spirituels confrères ; la conversation #anima : j’écoutais à en perdre la respiration.

#— Bonjour ma vieille .… Eh bien, ce pauvre B… a remercié son boulanger !

Hélas ! oui ; c’est comme D... il vient de dévisser son billard.

#.— Ah! que veux-tu ? il était trop pochard ; il prenait trop de casse-queule ; il était paf quatre ou cinq fois par semaine ? il n’y a pas quinze jours que

fe le rencontrai aux Délass- Üom. ; il avait fordu le cou

à vingt ru Enfin, le pauvre diable, il a cassé

sms TO can

Rien n'’égale l’aplomb de ces messieurs du 4 diner à la carte. On m'a raconté que deux

‘© — Je vais siffler une chope, puis je dégoiserai une babillarde à papa, qui a le sac ; ensuite, je me mettrai dans une roulotte ; j'enverrai mon larbin chercher César.…., qui est dans la dèche, et nous irons boufer quelques pieds truflés au Pavillon...

" Pétais ahuri ; je me demandais si mes deux voi- | sins parlaient le lapon, Piroquois ou le taïtien, Un È garçon, à qui je donnai la pièce blanche, eut pitié À de moi ; lorsque tout le monde se fut levé pour aller

dîner, il me nomma les deux causeurs : c’étaient deux vaudevillistes éminents.

“— Mais, lui demandai-je, quelle est donc cette langue ?

#— C'est tout ce qu’il y a de mieux porté …… Ces messieurs, qui ont tar :d’esprit, ne peuvent pas parler comme vous et moi … ;

“— Soit ; mais que veut dire, par exemple, dévisser son billard, remercier son boulanger, casser sa

ipe ?

à — Ah ! l'on voit bien que monsieur est de la province : cela veut dire mourir !

‘— Et se mette dans une roulotte ? — Prendre une voiture, — Ki dégoiser une babillarde ? — Ecrire une lettre. — Et avoir le sac ? — Etre riche. — Et tordre le cou à vingt perroquets ?— Boire une infinité de . verres d’absinthe. — Et être dans la dèche ? — N’avoir pas le sou … Mais, pardon, monsieur, voilà le public

ui nous arrive : il faut que je me sy/phide … Une demie au cinq! pas de Cogne au six ! Apres demandé! Le Const. au neuf! Il est en main! V’là m'sieu, v'là ! …

“Là finit ma première et dernière leçon de fran

“ çais moderne, à l'usage des hommes d'esprit et des rçons de café. Je me remémorai le français de ascal, de la Bruyère, de Fénelon, ss... etje me dis que décidément la langue n’était pas en progrès.”

ou oo | ) 1

Canadiens étant un jour dans un restaurant de Paris, l’un d'eux, piqué de ne pouvoir se faire comprendre en parlant siraplement le français, appela le garçon de service et lui dit, avec le plus grand sérieux :

—Garçon, apportez-moi une téte d'orignal braisée à la Rimouski /

—]Impossible, répond l’homme au tablier, sans se déconcerter, je viens justement de servir la dernière ! 1 !

—Je suis battu ! dit on riant M. T..., à son compagnon,

Car c'était M. T...., le seul homme au monde À qui il ait pu venir à l’idée de demander une téte d'orignal braisée à la Rimouski.

Si non e vero e bene trovato,

ons di à

Cinquième Lettre.

Paris, 31 juillet 1878.

J'ai assisté, avant-hier, à la séance de clôture de l’Assemblée Nationale de Versailles.

Afin d'avoir accès à la chambre des députés, je m'étais muni d'une lettre pour M. Cazenove de Pradine et d’une autre pour M. Bescherelle; mais il n'est pas nécessaire de passer par tant d'intermédiaires : une petite

ièce À un messager fait l'affaire tout ausai

ien. Le président, M. Buffet, était à son poste, assis devant une espèce de comptoir, et ayant à portée de la main, à droite de son pupitre, une grosse cloche en cuivre aves poignée en bois.

Avant le discours de clôture, MM. Paul Morin et Leurent ont parlé, le premier assez longuement, pour demander la radiation d'une des dispositions du traité franco-anglais relative à la taxe sur les huiles de pétrole et de schiste. L'assemblée, pressée d’en finir, écoutait ces discours avec une impatience marquée, ou plutôt ne les écoutait pas du tout. Chacun parlait à haute voix, et, and la gauche faisait un tapage à tête endre. M. Buffet, de son buffet, avait beau agiter sa cloche d’encanteur, rien n’y faisait. Tout à coup le silence se rétablit; un homme d'environ cinquante-cinq ans monte à la tribune: c’est M. le duc de Broglie, ministre des Affaires Etrangères. Il vient lire un message du président de la république : ce que nous appellerions, nous, le discours de clôture de la session.

Voyez un peu si les Français sont extrèmes er tout: M.'Thiers attachait sa fortune à celle de ses ministres, se mêlait aux querelles des partis, venait À chaque instant faire des discours à l’Assemblée : c'était absurde. Arrive le gouvernement du 24 mai: on introduit une loi outrée, excessive, qui interdit tout-à-fait la parole au président.

Et voilà pourquoi M. le duc de Broglie, et non le maréchal MacMahon, est venu lire le discours de prorogation.

Le premier-ministre ne paie pas d’apparence. Bouche renfoncée; menton saillant.

C’est: un habile... écrivain, mais non un orateur; sa voix manque de sonorité, et il articule les 8 d’une manière défectueuse. Le message présidentiel a été fort applaudi par la droite et par le centre. La gauche boudait.

Le palais de Versailles, les tableaux d’histoire, le salon des glaces, les grandes pièces d’eau, les Trianons, tout cela est d’une splendeur incomparable. Les Prussiens n’ont touché à rien,

Le ‘trésor ”” de l'église Notre-Dame de:

Paris à été pillé ot saccagé par les communeux, On en a retrouvé presque toutes les pièces, mais on a dû en faire réparer un grand nombre qui avaient été fort endommagées.

Dans une des chambres du ‘“trésor,” une petite armoire contient les habits dont étaient xevêtus Mgr. Affre, Mgr. Sibour et Mgr. Darboy lorsqu'ils furent tués. Ces vêtements cg encore des taches de sang. Après que

gr. Darboy eût été fusillé, les communcux traitèrent son corps avec une sauvagerie sans nom; la soutane du prélat porte les traces d’un grand nombre de coups de baïonnettes, surtout dans le ds.

Tout près de Notro-Dame se trouve La Con-

tiergerie, l'antique et célèbre prison où fut incarcérée Marie-Antoinette, et, plus tard Robespierre et les Girondins, 1l y a là, en ce moment, un prisonnier bien connu à Québec: M. le baron de Gauldrée-Boilleau. Je suis allé lui rendre visite, et j'ai eu avec lui une longue conversation. Naturellement, je ne puis rapporter cet entretien privé: ce que je vous dirai ici sont des faits connus du public, sauf quelques détails peu importants. |

M. Boilleau a abandonné à peu près toute sa fortune et celle de sa femme en faveur des actionnaires du Memphis el Paso, et cela avant son procès. Madame Boillean habite Boulo gne. Elle et ses six enfants vivent de la générosité de leurs amis ei du produit de quelques terres situées aux Etats-Unis. (1)

(1) Trois mois plus tard je rencontrai madame Boilleau à la Conciergerie. Elle se montra très-reconnaissante de l'intérêt que je témoignais à son mari Sa figure était pâle, et sa voix sympathique avait des, inflexions qui allaient à l’âme. Elle était occupée à meubler des appartements, 24, avenue Freidland, à Paris, et se rapprochait ainsi du pauvre prisonnier, qui, en ce moment, paraissait fort abattu. Je n'avais pas revu madame Gauldrée-hHoilleau depuis les années de son séjour à Québec, alors que son mari était entouré de tart d'estime et de considération. était la dernière fois que je devais la voir. Le Moniteur du 12 mars suivant (1874) contenait les lignes que voici :

4 On nous ann: :ce la mort de Mme Gauldrée-Boilleau, femme du »aron Gauldrée-Boïlleau, condamné

AE 7 qui

Les cellules, disons mieux, les cachots de la Conciergerie ont à peine six pieds de long et son mul aérés. Les prisonniers reçoivent de l'Etat une nourriture indescriptible qui coûte environ vingt centimes (quatre sous) à jour ! Le baron, par exception, reçoit du

ehors une nourriture plus saine dont ses amis font les frais. On a, d'ailleurs, des égards

ur lui, et il a pu me receveir dans une salle

’attente, voisine de cette chambre où brûle constamment une lampe, que l’on voit souvent représentée dans des gravures.

M. Gauldrée-Boilleau à beaucoup vieilli. II est maintenant tout gris, barbe et cheveux ; mais il se tient droit ; ses mouvements sont toujours vifs, etil cause avec tout le charme d'autrefois. Si je ne me trompe, le sentiment qui domine chez lui est moins l'ennui que l'indignation ; cependant, dans 14 conversation, il s’exprimc avec autant de gaité que que d'esprit. Des personnes à qui j'ai eu occasion de parler de son affaire, à Paris, le considèrent comme victime de malhonnètes gens qui ont abusé de sa bonne foi, et aussi comme

Van dernier atrois ans de prison pour l'affaire du Transcontinental-Memphis.

“Mme Gauldrée-Boilleau n’avait que trente-neufans.

est certainement la douleur qu’elle a éprouvée de la

. condamnation de son mari qui a hâté sa fin préma-

turée. C'était une femme de beaucoup de caractère et

ét de cœur, et qui était hautement considérée dans la

société parisienne, Elle laisse six enfants, tous mipeurs, dont lun est gravement malade. ”

victime de certains personnages politiques.

On a blâmé l’ex-consul-général d’avoir quitté le Pérou et d’être venu passer par l'épreuve des cours de justice lorsqu'il lui était si facile d’y échapper. A cela son avocat, M. Oscar de Vallée, a répondu : ‘“ Pour un homme tel que lui, la vie sans l'honneur ne vaut pas qu'on la garde : ” il est venu défendre son honneur. On sait avec quel succès,

M.-Aubry, ancien rédacteur du Courrier du Canada, aujourd’hui avocat à la cour d’appel d'Angers, est à Phris depuis hier. L'HohGaSls M. Irvine cet M. A. P. Caron, de Québec, sont aussi à Paris depuis quelques jours. Madame ot mesdemoiselles Cartier sont allées passer quelques semaines au château de Meung sur Loire, près d'Orléans, chez leur parent M.

Edouard Bossange,

Les examens se poursuivent activement à la Sorbonne et dans les autres écoles de Paris. Les étudiants de province ont, en grande partie, quitté la ville. Plusieurs de ces jeunes gens sont très-bons par nature, mais très-canailles par éducation. C’est une des grandes fautes de l’empire d’avoir laissé la direction des lycées à des hommes qui faisaient profession d'athéisme. Napoléon a eu près de vingt ans de règne ; il eût pu, pendant ce temps, élever une génération d'hommes religieux qui lui eussent été fidèles même dans les revers. Ici on considère les habitudes les plus abominables comme choses toutes naturelles et très-permises, tant elles sont générales. Les

femmes comme les hommes en parlent ouvertement, et d’un ton honnète, je pourrais dire, qui montre jusqu'à quel point le sens chrétien s'est effacé chez oux. Ces gens-là ne méprisent pas la religion:. ils l'ignorert, Pour eux les questions de religion et de morale so réduisert à des questions d'économie sociale ou d'hygiène : ils ne voient rien au delà.

A côté de cette classe de vicieux par ignorance, il y a les beaux esprits du libéralisme et de l'impiété. Ceux-là font dans le Journal des Débats et dans la petite presse, Ce qui les occupe surtout, en ce moment, ce sont les pèlerinages ! Le Rappel fait un reproche amer à M. de Broglie de n'avoir pas réglé la question des pèlerinages (sic) avant la prorogation de l’Assemblée Nationale !

Mais il ne faut pas croire que tout soit mauvais dans Paris. Il y a ici de braves gens, et ceux qui sont bons le sont tout-àfait.

L'Union, l'organe des royalistes, est en trèsbons termes avec l'Univers. Laurentie (1) et Veuillot font toujours vailläamment leur

remier-Paris, et leur talent ne se dément pas.

e Pays soutient la cause des Napoléons, et le petit Français celle des princes d'Orléan . . Le Monde compte dans le personnel de sa ré» daction des hommes de talent et de mérite.

(4) Mort au corumencement de février 1876.

Louis Veuillot publie ce s ‘re un article trèsserré et très-serrant à l'adresse du Siècle. Ce dernier journal a bien baissé ; il est loin d’avoir l'importance qu'il avait autrefois,

Je remarque que le gouvernement a fait écrire, en grosses lettres, sur les édifices publics, les mots Liberté, Egalité, Fraternité. On en est encore à cette vieille nouveauté | Pour des gens délurés comme les Parisiens, l’idée de faire imprimer cela, officiellement, sur des murs, me semble superlätivement naïve. Si l’ou tient absolument à écrire ces mots quelque part, ce devrait être dans le Code,--sauf pourtant le deruier mot, car la fraternité est un sentiment sur lequel les co: | des ni les placards ne peuvent absolument rien,

J’ai été passer la soirée, hier, à Passy, chez M. Vervoitte, le célèbre maître-de-chapelle.

Vers minuit, comme je descendais de voiture, sur la place de la Concorde, le pied me manqua, et j'allai tomber... dans les bras du docteur Pourtier, de Québec !

Sixième Lettre.

En waggou, 8 août 1873.

Une séance de distribution de prix extrêmement solennelle a eu lieu, lundi, à la Sor-

AN je

boune, à la suite des concours de tous les colléges et lycées de Paris et de Versailles, et aussi, pour certaines matières, de tous les collèges de France.

M. Batbie, ministre de l’Instruction publique, des Cultes et des Arts, a prononcé, À cette occasion, un discours fort remarquable, et, contrairement à l'usage, fort accentué dans le sens chrétien. Les élèves couronnés de tous les lycées, réunis en groupes distincts, ont applaudi chalenreusemont ce discours, sauf les élèves du lycée ** *, Ces derniers, par contre, ont applaudi à outrance lorsque le {ecteur annonça les prix d’un concours établi par le ministre de l’Instruction publique au mois de mai 1812 Pour bien comprendre le sens de ces applaudissements, il faut se rappeler qu’à cette époque, M. Jules Simor occupait, dans le gouvernement Thiers, le poste qu'occupe aujourd'hui M. Batbie.

Des membres de l'Institut, les professeurs des trois facultés de la Sorbonne (théologie, lettres et sciences), les proviseurs des lycees, ete., ete., tous en costume officiel, assistaient à la cérémonie. M. Ferdinand Duval, préfet de Seine, était assis à la droite du ministre.

Lorsque le nom d’un élève était proclamé, tous ses confrères du même collége ou du même lycée applaudissaient, criaient br1wv0 ! sans la moindre retenue, tandis que les autres élèves s'abstenaient complètement.

Il n'y eut d'applaudissement général que

dire ul EE: A bi nf 21 CE PC, NS RS

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vends 35 le lecteur annonça un prix remporté par M. X...... , de Strasbourg. À ces mots : de Strasbourg, un frémissement parcourut la foule ; l'assistance toute entière éclata en exclamations et en marques de sympathie ; l’émotion soulevait toutes les poitrines, et, tout près de moi, je vis des vieillards s’essuyer les yeux d’où s’échappaient de grosses larmes.

J'ai encore entendu M. Batbie, mardi, à la distribution des médailles de l'Ecole des Beaux-Arts (rue Bonaparte), et à une séance analogue au Conservatoire de Musique et de Déclamation. Le ministre de l’Instruction publique parle de peinture et d'architecture comme les gens du métier ; au conservatoire (où, soit dit en passant, on vient de créer une chaire d'esthetique et d'histoire de la musique), il a parlé d'art musical, non pas comme les gens du métier, mais beaucoup mieux,

Voulez-vous savoir dans quelle partie de la France le langage ressemble le plus à celui

- du Canada ? Ce n’est ni dans la Bretagne, ni

dans la Normandie, mais e’est à Chartres et

dans toute la Beauce, et peut-être aussi dans

le Perche. Les Chartrains prononcent : Franais— avoir— Versailles exactement comme es Canadiens,

Quelle belle cathédrale que celle de Chartres! C’est une des quatre merveilles de l’art chrétien en France :

Clochers 4e Chartres, nef d'Amiens, Chœur de Beauvais, portail de Reims,

PET PET RTE NRNNIN EN ARRET ENNER EPERE EESEERON RIRE PEER 7

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On sait que les grottes et la forêt de Chartres formaient ce que l'on pourrait appeler la capitale ou le centre du druidisme dans les Gaules. C’est dans la forêt de Chartres que le grand prêtre des Druides faisait ehaque année, au solstice d'hiver, la cueillette du gui de l'an neuf, qu'il distribuait ensuite au peuple par petits morceaux.

Notre-Dame de Sous-Terre est une ancienne grotte druidique; elle forme aujourd'hui la crypte de la cathédrale de Chartres. C'est dans ce lieu que les Druides avaient élevé un autel à une Vierge qui devait enfanter, Virgini parituræ, et qu'ils faisaient tous les jours leurs prières et leurs sacrifices. Au fond d’une des chapelles de la crypte (la chapelle aux cent lampes), on voit une statue en bois, bien exécutée : elle représente une femmo portant un enfant dans ses bras. Au dessous sont écrits les mots de la fameuse prédiction druidique : Vürgini parituræ. C'est une copie de l'antique statue en bois de figuier vénérée en ces lieux mêmes par les Druides (s'il faut en croire la tradition) et qui fut conservée dans la chapelle aux cent lampes jusqu'en - 1793. Les révolutionnaires d'alors, intelligents comme ceux d'aujourd'hui, brûlèrent la relique si précieuse et si extraordinaire devant la “ porte royale” de la cathédrale.

Le Mans. Vieilles constructions ; vieux murs lésardés, Belle cathédrale. A droite de la orte d'entrée principale se trouve une trèsbolle pierre druidique. Nos très-doux an-

fi

cêtres sacrifiaient des victimes humaines làdessus. S'il vous vient à l'esprit de leur jeter . la pierre, ne tentez pas de vous servir de cellelà : dix hommes ne sauraient la remuer d’un cheveu.

Septième Lettre.

Abbaye de Solesmes, 8 août 1878.

Si jamais vous venez en France, ne manquez pas d'aller demander l'hospitalité aux bénédictins de Solesmes. Vous y verrez un vieux monastère, qui remonte à l’an 1010, et une belle église remplie d'objets d'art ; puis vous y rencontrerez des hommes extrémement distingués, aussi aimables que savants.

On m'a donné une chambre spacieuse de l’ancien prieuré. Sous mes fenêtres, au delà d’une étroite plateforme, la Sarthe roule silencieusement ses ondes tranquilles. Les petites maisons blanches de l’autre rive se mirent sur sa surface unie, Pas un nuage au ciel.

Nous sommes arrivés ici ce soir, à l'heure du souper. Le R. P. sous-hôtelier, dom (1) Fonteneau, nous à fait entrer dans le cloître, et,

{1} Dom, abréviation de Dominus.

mn 32

avec l’'empressement que l’c3 mettrait à recevoir des amis, nous a introduits dans le réfectoire, où étaient réunies une soixantaine de pions, y compris quelques pèlerins. En ‘absence du Révérendissime Père Abbé, dom Guéranger, que nous verrons demain, nous fûmes accueillis par le R. P. prieur, dom Couturier, qui, suivant l'usage traditionnel, nous pré-enta un bassin et une serviette pour nous laver les mains. Le plus profond silence régnait dans la salle. Lorsque chacun fut à sa place, le R. P. prieur commença le Benedicite, qui fut suivi de quelques prières psalmodiées. Pendant le repas, lecture en français par un des moines. Action de grâce et psalmodie. Le R. P. hôtelier, dom Bérangier, auteur de la Vie de saint Turibe, nous fait parcourir les différentes parties du monüstère. Dom Bérangier, comme tous les bénédictins, est très-instruit : chemin faisant nous entendons un cours d'histoire, de statuaire et d'architecture. Entr’autres belles choses, l’église de l'abbaye contient un groupe d'une dizaine de personnages, en pierre, enfermé dans une sorte de grotte. Le sujet de ce groupe est la Sepullure de la sainte Vierge. C'est un chef-d'œuvre, rien de moins. Je suis resté oi à le comtemyler, et j'y retournerai encore, Il y a là toute la fleur mystique du moyen-âge unie à la beauté de formes de la renaissance, Ce monument, que l’on attribue à Michel Colomb, date du seizième siècle,

Complies à neuf heures,

mi: DD Retirés dans nos appartements, nous nous accoudons à une fenêtre et nous regardons l’orbe étoilé du ciel reflété dans les ondes de la Sarthe. La fraiche brise de la nuit nous fait oublier la poussière du chemin de fer et le soleil brûlant, De l’autre côté de la rivière, des voix de femmes et d'enfants arrivent jusqu’à nous, On p-rle le français, comme dans nos campagnes |! N'’étaient ces beaux monuments artistiques du quinzième et du seizième siècles et cette vieille tour romane du onzième siècle que nous venons de contempler, nous pourrions nous croire au Canada.

Il y a eu hier, à Paris, trois tentatives de suicide et un enterrement civil C'est un petit garçon de un an qu’on a ainsi enfoui, au cimetière du Père Lachaise; le père du pauvre petit, un certain Dusvaillant, a refusé les cérémonies de l'Eglise pour son enfant. Ce serait d’un ridicule à faire rire, dit le Figaro, si le sujet n'était pas si triste.

Toute la presse s'occupe de la récente entrevue du comte de Chambord avec le comte de Paris; dans tous les rangs de la société française on attache une grande importance à la démarche de ce dernier. (1)

(1) Les événements qui suivirent immédiatement k, l’entrevue de Frohsdorf et les manœuvres des hommes L: du Correspondant sont encore présents à l'esprit du lecteur. On sait que ce sont les chefs du parti catholique-libéral qui ont einpôché, ou au moins sjourné, *

sue Die

. Onze heures sonnent au beffroi de l’abbaye : il est temps d'aller prendre quelque repos.

Huitième Lettre.

Blois, hôtel de Blois, 12 août 1873,

Encore quelques mots sur Solesmes, L’illustre auteur de l'Année liturgique, dom Guéranger, (1) n’a que soixante-neuf ans: je le croyais beaucoup plus âgé. Il travaille en ce momont à une troisième édition de son ouvrage intitulé: Sainte Cécile et la societé romaine.

ones à

l’avénement de Henri V au trône de France. Délaissés par les princes d'Orléans, ils inventèrent le prétexte du drapeau, sauf à soulever d’autres obstacles si Henri V avait eu la faiblesse de céder. Les légitimistes sincères voulaient le roi avant tout; les républicains n’en voulaient pas, même avec le drapeau tricolore. Mais le roi, c'était l’abandon de l’idée chère à l’école catholique-libérale ; la conciliation impossible des principes catholiques avec les principes révolutionnaires. Malgré leur petit nombre—-car le concile du Vatican et la réconciliation de la famille royale les a considérablement affaiblis—les catholi- | mp gs réussirent dans leur dessein, grâce à la

ivision qui régnait parmi les membres de l Assemblée Nationale, Maintenant le masque est lèvé, et l’on sait à quai s’en tenir sur le compte des faux légitimistes,

(1) Mort en 1875,

NUE Dr

Des images et des statues de la jeune vierge dont le Père Abbé a médité la vie et le martyre ornent l’église et presque toutes les chambres de l'abbaye. L'église des bénédiclines, élevée à peu de distance, par les soins de dom Guéranger, est aussi dédiée à sainte Cécile; partout on y voit, entrelacées, des fleurs de lys, emblèmes de la virginité, et des roses, emblèmes du martyre.

Le R. P. Ablé a bien connu Mgr. Taschereau, L’archevêque de Québec n'avait aloré que dix-huit à vingt ans. Il l’a aussi revu depuis, et en a conservé un excellent souvenir, Le Révérendissime Père nous a priés de dire à Sa Grandeur beaucoup de choses aimables que la discrétion proverbiale des journalistes m'empêche seule de rapporter ici.

Le bibliothécaire de l’abbaye, dom Piolin, est un érudit de renom. Il publie en ce moment unenouvelle édition du Gallia Christiana, immense travail qui formera seize volumes in folio, dont trois sont déjà imprimés. Le bon bénédictin désire avoir des renseignements sur l'Eglise du Canada, et recevrait avec reconnaissance les livres que l’on voudrait bien lui adresser sur ce sujet tout-à-fait négligé jusqu’à

résent dans les ouvrages publiés en France,

1 sait que l’histoire de l'Eglise de notre pays lui fournirait dos pages des plus intéressantes, mais les pièces lui manquent pour cette partie de son travail. Si quelques uns de vos lecteurs voulaient bien aider à l’œuvre du savant bénédictin par l’envoi de quelques volumes, voisi

D Es

comment ils pourraient les adresser : “ R. P. dom Piolin, abbaye de Solesmes, près Sablésur-Sarthe (Sarthe), France.”

On nous a beaucoup parlé de Louis Veuillot à Solesmes. C’est un des habitués de l'abbaye. Il y vient se reposer de ses travaux, mais surtout consulter dom Guéranger.

Solesmes est à deux kilomètres (une demilieue) de Sablé, où passe le chemin de fer de Paris à Nantes A Sablé, le “ château de la duchesse,” habité par madame la duchesse de Chevreuse, a été refait à neuf et est magnifiquement situé.

Nous avons passé deux bonnes journées à Angers, dans la famille de notre respecté ami M. À. É. Aubry. Madame Aubry ne se lasse pas de parler du Canada. M. Pierre Aubry est u” jeune bachelier en herbe qui promet de faire honneur à sa famille.

Toute cette excellente famille jouit de la plus grande considération dans le quartier qu’elle habite et dans un cercle d'amis res-. treint mais choisi.

Le château d'Angers est justement célèbre, La ville elle-même est fort belle. Jolie promenade (le Mail); beau musée, qui contient un grand nombre d'œuvres de David (d’Anrt beaucoup d’arbres ; statue du ‘“ bon roy

éné,’ due d'Anjou, comte de Provence et :

héritier du royaume de Naples.

ae: D

Dimanche soir, il y a eu conférence, ou mieux conversation Sur le Canada, au ‘“ patronage ”’ de la paroisse de Saint-Serge. M.

l'abbé Bachelot, M. l'abbé Bodin et une cinquantaine de personnes y assistaient,

On parait tellement s'intéresser au Canada chez les Angevins que M. Aubry a été invité, séance tenante, à donner prochainement une autre conférence sur notre pays et ses habitants.

J'aimerais beaucoup à vous parler de l’hospitalité des habitants de Blois, mais il me fandrait pour cela entrer dans des détails intimes qui ne sauraient trouver place ici.

Un prélat italien disait un jour en ma présence que les communautés d’Ursulines se distinguent toutes par un caractère, un cachet particulier qui se retrouve partont : en Italie, en France, et même en Amérique. Rien n’est plus vrai, du moins si j'en puis juger par la ressemblance qui existe entre les Ursulines de Blois et celles de Québec.

La supérieure des Ursulines de Blois, la Mère Ste. C....,,est une parfaite grande dame, causant simplement, onctueusement, agréablement, La sous-prieure (Mère E.....,) écrit en vers avec facilité. Elle a l'air si modeste qu’on ne dirait jamais d'une femme poëte.

Tous les tableaux qui ornent la magnifique chapelle du couvent sont dus au pin-

ae DE

ceau vraiment inspiré de la Mère St. D...

jeune religieuse guérie dernièrement d'une grave maladie à 14 suite d’une neuvaine à la véneérablé Mère Marie de l’Incarnation, et qui travaille en ce moment à un portrait de la fondatrice des Ursulines de Québec, Les tablesux de la chapelle ne sont pas des copies

mais Lien des compositions de la Mère St, à 1 AMEN

Une religieuse a exécuté pour nous, sur l’harmonium (instrument donné à la communauté par une des princesses de la famille . 'Oriéans), et avec beaucoup de talent, l'an: dante de la symphonie en {a de Beethoven.

La Mère St. J....,la Mère de la N.... et la Mère Ste. U.... ont demeuré plusieurs années à Québec. Nées en France, élevées on grande partie au Canada, ce sont de véritables Canadiennes-Françuises.

Il m'a aussi été donné de saluer la doyenne du couvent, la Mère de la Providence (1), qui à aujourd'hui quatré-vingt quinze ans, et qui fut la dépositaire des célèbres prédictions do la Sœur Marie-Anne.

Blois passe pour être, avec Tours, la ville ou l’on parle le mieux la langue française.

Partout, en France, la haute classe parle bien (il s'agit ici de la correction du langage et non de la prononciation) ; mais ce qui dis-

{ t) Morte quelques mois après.

ver 3

tingue Blois et Tours des autres villes, c'est que la prononciation y est excellente, et que le peuple ÿ parle presque aussi correctement que la classe instruite, Et cela est vrai même pour le peuple des campagnes voisines de ces deux villes,

Au reste, les populations des rives de la Loire ont toujours joui d’un grand renom pour leur beau langage. Sans parler des chants des trouvères, en la langue d’oïl, qu'on me permette de citer ce délicieux rondel, composé vers 1440 par Charles d'Orléans, “ le

rince le plus accompli de son temps,’ un des Éabttnte du château de Blois :

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure & de pluye, Et s’est vestu de brouderie

De souleil luysant, cler & beau +

I1 n’y a beste, ne eyseau

Qu'en son jargon ne chante qu crie :

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure & de pluye.

Rivière, fontaine & ruisseau Portent, en livrée jolie, {routtes d'argent Poutivatie, Chascun s’abille de nouveau ; Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure & de pluye.

M. l'abbé Richaudeau, aumônier des Urgulines, à eu la complaisance de nous servir de cicerone dans la ville, et nous a présentés à quelques-uns de ses amis.

sien 6 vos

Au double point de vue historique et architectonique, le château de Blois. est un des monuments intéressants de la France. M. de La Saussaye à fait sur ce château une étude qui, elle-même, est un monument. (1)

Je sieur Gambetta à fait démolir une des arches du beau pont qui traverse la Loire visà-vis Blois, afin d’empècher les Prussiens d'entrer dans la viile, — laquelle, du reste, n'était pas défendue.

Les Allemands ont dû bien rire de cet effort de génie |

Une passerelle en madriers fut aussitôt improvisée, et la marche de l'ennemi ne fut retardée que d’une heure ou deux. Gambetta s'était enfui à toutes jambes.

A Paris, le “ général” eût été chansonné d'importance pour cet acte de haute stratégie. Les Biésois rebâtirent tranquillement l'arche démolie et se contentèrent de lever les épaules.

Neuvième Lettre.

Blois, 12 août 1878.

Je suis encore tout ému de ce que je viens de voir et d'entendre,

(1) Histoire du Château de Blois, par L. de La Saussaye, Paris, 1866.

PES + pe

Il y a près de vingt-trois ans, une jeune enfant de quelques jours fut déposée sur le seuil du couvent des religieuses hospitalières de Blois. Un papier que l'on trouva sur elle recommandait aux religieuses de l'appeler Constance, afin qu’. n pêt la reconnaitre lorsqu'on viendrait la réclamer (ce que personne n’a encore fait). Quand la petite enfant eut atteint l’âge de trois ou quatre mois, on s’a ae Pa qu’elle étaitcomplétement sourde. Elle

ut élevée à l'Hôpital de Blois, et on peut dire que toute la ville, dont la population n’est que de 20,000 âmes, la connait, Les religieuses l’envoyèrent passer quelques années à Orléans, dans une éeole spéciale, où elle apprit à lire, à écrire, etc., et aus'i à s'exprimer par signes selon les règles de l’art. Son éducation terminée, elle revint à Blois, chez les religieuses hospitalières, où elle réside encore,

Or, au mois d'octobre de l'année dernière, un grand nombre de personnes partaient de Blois pour N. D, de Lourdes. ne d’eiles, au moment de quitter la ville, dit : Si nous emmenions avec nous Constance la sourdemuette ? Qui sait si la sainte Vierge ne la guérirait pas ? Constance partit avec les autres pèlerins, et, le lendemain, elle assistait à la messe dans l’église de l’Immaculée-Conception ou de la ‘ grotte.” Au moment où À clochette sonnait, l'office fut un instant troublé : c'était la jeune fille, chez qui venait do se réveiller le sens de l'ouïe, et qui, étonnée, émerveillée, manifestait sa surprise par des exclamations ! Le célébrant s’aperçut qu'il se

passait quelque chose d'extrarodinaire, et, aussitôt après la messe, il apprit, de mêmè que toute la foule qui se trouvait à Lourdes ce jour-ià, que Constance venait d’être l’objet d’un prodige éclatant.

Le télégraphe annonça lo miracle, et lorsque le chemin de fer partit pour Blois emportant la bienheureuse jeune fille, la nouvelle de sa guérison était déjà connue au loin. À une station, un étranger se présente et demande à la voir, (C'était un médecin spécialiste. 11 parle par signes à Constance, et celle-ci lui fait comprendre, par signes aussi, qu'elle entend depuis quelques heures. Le médecin s'adresse alors aux voyageurs et leur dit : “Cette personne était sourde de naissance, je puis vous l’affirmer ; je le vois à sa manière de s'exprimer ”’; et il ajouta : ‘ Vous êtes tous bien heureux ! ”” puis il s’éloigna.

Depuis lors la jeune fille apprend à parler. Je viens de lui faire visite avec M. l’abbé Richaudeau, qui la cornait depuis longtemps et qui est un des témoins du miracle. Elle balbutie encore eomme un enfant, et parle très-lentement. Elle articule les r et les s avec difficulté, et a poine aussi à prononcer les w. Il lui faut faire un grand effort, par exemple,

our dire le mot Lourdes. Le mouvement de a langue et des lèvres, qui est pour nous si facile et si spontané, est toute une affaire pour elle, Elle sait prononcer tous les pronoms et auss les articles, mais elle ne connait au scn qu'un petit nombre de substantifs et de ver-

is DE

bes, Quand sa science nouvelle lui fait défaut, elle écrit ou s'exprime par signes, Os qu’il lui faut apprendre, c’est le son des mots et la manière de les dire elle-même : quant à leur emploi, ce n’est pas pour elle un embarras puisqu'elle sait déjà écrire.

Il m'est impossible de vous exprimer ve que j'éprouvai en l’entendant parler. On reste stu-

éfait en constatant tant d’inexpérience dans l'osige de la parole à côté de tant de vie et d'intelligence dans les gestes et dans le regard ; en entendant les inflexions douces mais étranges de cette voix inculte, de ce gosier qui fut vingt ans sans “ clameur.” (1)

(1) M. mer qe 7 au retour de cette visite, me lut quelques pages d’un travail qui parut peu de temps après, et que le Courrier du + [ler mai 1874] signala en ces termes :

“On a bien voulu nous adresser un exemplaire d'un ouvrage récemment publié en France : ia Vie de la Hévérende Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure du monastère des Ursulines de Québec, par M, l'abbé P. F. Richaudeau, chanoine honoraire, aumônier des Ursulines de Blois.

‘ Nous donnerons plus tard une appréciation de cet ouvrage remarquable. En ce moment de fièvre politique, il nous serait difficile de parler comme il convient de ce livre profondément tique, de ces pages recueillies qu'il faut lire dans ia solitude du cabinet nous allions dire de l’oratoire.

“ L'auteur s’est attaché surtout à faire connaître In vie intérieure de la femme vraiment extraordinaire

ui illustra de ses vertus et l’Eglise de France ei celle du Avant lui, M. l’abbé Casgrain avait écrit

wi hi se

Je lisais ce matin les lignes suivantes, d'un journal allemand, le Morgen-Blatt :

‘ Décidément la nation française est finie, et 2ous pouvons dire que bientôt, au lieu de nous

sa vie extérieure, et on peut dire qu’il & fait delle une intéressante esquisse comme figure historique ; mais il ne s’est guère attaché à faire connaître /a sainte. Le livre de M. Casgraïn a préparé les esprits ; celui de M. Richaudeau achèvera de les fixer et de les convaincre.

“M. Richaudeau eet déjà auteur de plusieurs ouvrages estimés. On sent en le sant qu’il n’écrit pas pour le plaisir d'écrire, et que c’est à un homme d’expérience que l’on a affaire. Il n’est guère de chapîtres, dans le livre que nous avons sous les yeux, qui ne contiennent des conseils sur l’édncation des enfants, la direction des âmes, etc ; puis des explications sur les vérités de la Foi, et des considérations, très-attachantes dans leur mysticité, sur Les communications de Dieu avec les âmes fidèles et privilégiées, les miracles, la grâce, la vertu toute-puissante du sacrifice.

‘Traiter un pareil sujet avec une telle hauteur de vue suppose un talent, une science théologique et une connaissance du cœur humain peu ordinaires, Hâtonsnous de dire que le vénérable et savant hagiographe n’a pas trop présumé de ses forces : c’est ce qui ressort des approbations dont son œuvre est revêtue, et c’est aussi le témoignage que ous avons recueilli de la bouche de plusieurs membres du clergé de cette vitle.

“Quant à nous, laïque, nous déclarons que nous avons été étonné de l’attrait que M. l’abbé Richaudeau a su donner à son livre. Nous avons lu avec une véritable avidité non-seulement ces pages où figurent nos héroïques ancêtres et où sont racontés les commencenients de l'Eglise huronne-algonquine, mais engore celles où le théclogien nous transporte dans les

forcer à la haine, elle ne nous inspirera plus qu'un sentiment de p'tié ! On devait penser que la libération de son territoire éveillerait chez elle un éclair de patriotisme, ou, au

régions supérieures, déchirant les voiles qui cachent les horizons lumineux, expliquant les admirables opérations de la grâce dans l’âme humaine, et commentant avec autant de clarté que de justesse les paroles inspirées de la vénérabie Marie de l’Incarnation sur les vérités dogmatiqnes de l’ordre le plas élevé.

‘M. l'abbé Richaudeau parle avec ce ton d'autorité exempt de toute raideur que peuvent seuls donner la maturité du talent, les fortes études et le commerce der âmes. Son style est ferme, sobre, concis, En le lisant on pense à ce qu’il dit et on ne songe guère à remarquer comment il le dit, L'écrivain, en gardant la mesure et le ton convenables, s’efface presque complètement, et la grande figure de la sainte et les autres figures qui l’entourent restent seules en lumière. Or savoir attacher le lecteur et se faire oublier soi-même est déjà un grand art : c'est la marque par excellence des écrivains de bonne école,

‘ Au moment de terminer cet article, deux des choses que nous venons de lire nons reviennent à la mémoire. La première, c’est que Notre Seigneur Jésus- Christ a daigné faire connaître à notre sainie canadienne l'efficacité irrésistible de la dévotion à son Cœur sacré cinquante ans avant l'apparition de Paray:le- Monial, La seconde, c’est que l’œuvre de sainte Angèle Mérici, l'institution des Ursulines, a la promesse d’une durée éternelle, Nous nous bornons pour aujourd’hui à faire mention de ces deux faits sans y ajouter aucun commentaire, et nous laissons nos lecteurs si profondément catholiques aux sentiments doux et consolants qu’ils feront naître dans leurs cœurs.”

# Exxesr GAGNnon.”

eh

moins, une dernière Ineur de bon sens. Nous, mêmes, nous étion: persuadés que notre départ serait pour queiques jours l’occasion d’un grand élan national.

“Il n'en a rien été ; et les défenseurs acharnés de ce peuple corrompu doivent enfin reconnaitre la vérité. Nos soldats étaient encore dans les faubourgs de chaque ville, que les cris furieux de: Vive (fambetta ! vive Thiers ! les demandes d’amnistie et les chants de la Marseillaise éclataient de toutes parts, accompagnés d’outrages et de menaces contre les fonctionnaires français, si bien que nos généraux étaient sur le point de rebrousser chemin pour aller à leur secours...

‘ T1 est probable qu'avant peu, les provinces de l'Est, prises entre une démagogie furieuse et la guerre civile déchainée par les prétendants, regretteront l'ordre et la paix que nos armées leur ont assurés pendant deux années...”

S'il n’y avait en France que des criailleurs et des gambettistes, le Morgen-Blatt aurait raison : la nation serait finie. Mais à côté de la France qui crie, il y a la France qui prie: tout le salut est là.

Dixième Lettre.

Lourdes (Hautes-Pyréneés), 14 août 1875,

Lourdes offre aux regards un des paysages les plus pittoresques qu’il soit possible d'ima.giner.

La petite ville, cachée dans l'étroite vallée de Lavedan, est entourée de collines à demi sauvages, et dominée par un rocher surmonté d’un château-fort.

À quelque distance, assise sur les célèbres Roches Massabielle, l’église de l’Immuculée- Conception (1), avec sa flèche élancée, se dessine eur le fond sombre de la montagne.

Tout auprès, une jolie rivière, le Gave, (2) descend des Pyrénées en chantant sous les peupliers et les rosiers sauvages ; des sentiers bordés de fleurs sillonnent en tous sens des collines et des gorges profondes, et, dans le

(1) Elevée depuis au rang de basilique.

(2) Le Gave de Pau, Gave veut dire cours d'eaw, Pau, situé à quelques kilomêtes de Lourdes, était la capitale du Béarn. Sa population est de 27,000 habitants, Le château où Ag Henri IV aété coms plètement restauré. 11 est admirablement situé, et domine la chaussée que suit le chemin de fer.

Pau est toujours la première étape des fugitifs de distinction qui arrivent de la frontière espagnole.

de M jé

iwintaiïn, des pics élevés, couverts de neige, se confondent avec les nuages.

Nous sommes ici à huit lieues de la frontière d'Espagne.

Au dessous de la grotte de l'apparition sont suspendues une quantité étonnante de béquilles et d’autres objets ayant appartenu à des miraculés.

Aujourd'hui même, quelques heures avant mon arrivée, madame la bäronne de la Rüe, qui avait perdu l'usage des jambes depuis près de douze ans et qui se mourait d'une débilité générale, a été complètement guérie pendant une visite à la “ grotte,” et a marché en présence de toute la population de Lourdes et des pèlerins.

Je renonce à vous décrire l’intérieur de l'église de l'Immaculée-Conception, bâtie au dessus de la grotte. Je tombe des bannières, d'objets en ôr et en matières précieuses envoyés de toutes les parties du monde au sanctuaire de Marie est quelque chose d’incroyable. Une des bannières, la plus belle peut-être, a été reçue de Montréal, il y a trois semaines. On y lit ces mots : “ CanapaA— N.- D. de Montréal à N.-D. de Lourdes.” Au centre brille l’église paroissiale de Montréal, brodée en or. Le bas est orné d'un castor avec feuilles d'érable,

Demain, 15 août, fête de l’'Assomption, pres eession solennelle. La musique de la ville et

une société chorale répètenten ce moment des hymnes religieux pour la cérémonie, à quelque distance de l'Hôtel de la Grotte, où je suis descendu.

On aperçoit d'ici un des points les plus élevés des Pyrénées, le Pic du Midi, dont l'altitude est d'environ 8,600 pieds. Si l’on veut avoir une idée du beau naturel uni au beau surnaturel, c'est à Lourdes qu’il faut venir.

Un moraliste religieux aurait de belles choses à dire sur les pèlerins, sur leurs misères, leurs espérances, leur recueillement, leur foi. Ily a plaisir à faire parler les gens du

euple des merveilles dont ils sont tous les jours les heureux témoins. Avec cela que leur langage est vraiment beau à entendre.

Je ne les comprends pas toujours, mais il y a dans leur manière de dire une musique que tout le monde peut saisir et qui est réellement charmante.

Lourdes fut, au moyen-âge, la capitale da Lavedan en Bigorre. ‘était une des places fortes de la Gaule au 15:mps de César. Sa population actuellé est d'environ 4,000 âmes.

Onsième Lettre.

Lourdes (Hautes-Pyrénées), 15 août 1873.

Il faisait, ce matin, un temps délicieux.

L’incomparable paysage de Lourdes était ombelli encore par les rayons du soleil matinal. La rivière semblait plus limpide, les montagnes plus vertes, et la belle église de la ‘“ grotte,” dans son cadre de collines couvertes de

rands arbres, ressemblait à un diamant enchassé dans des émeraudes. L'air frais du matin était saturé de parfums délicieux. Sur la route qui conduit à la “grotte, ” les pèlerins marchaient, isolés ou par groupes, dans un profond recueillement. Quelques-uns tenaient de longs bâtons à la main ; d’autres avaient de grands rosaires passés au cou ; des familles entières portaient l’insigne du Sacré- Cœur. Les femmes du peuple étaient revêtues du capulet, coiffure blanche, noire ou rouge, qui descend jusqu'à la taille, et sert aussi de mantille, (1) Dans l’église, il y avait une foule immense, Des hommes et des femmes

1) Eugénie de Guérin écrivait de Cauterets (13 juillet 1846) :

# Le costume des femmes est remarquable par une grande mante, noire, ronge ou blanche, dont elles se couvrent en tout temps. Or appelle cela un capulet. Il est en laine, et les malheureuses doivent étouffer là-dessous y il fait chaud, Mais c’est le voile des Orienta es ; sortir sans capulet serait un déshonneur.

EM Laye in on

de tous rangs, de tous âges et de tout pays assiégeaient les balustres.

Après la messe, dite par Mgr. Blanger, évèque de la Gruadeloupe, je descends à la grotte où je trouve beaucoup de monde réuni. Je contemple un instant la statue placée à l'en. droit mème où eut lieu l'apparition, et je me disposais à puiser de l’eau à la fontaine lorsque, tout-à-coup, un prêtre fend la foule, et, s'adressant à un fonctionnaire, il dit avec rapidité :

— Vite, un cierge, un grand cierge!... Un nouveau miracle !..

Un énorme cierge est aussitôt allume et pie au pied de la statue, en dedans de la balustrade vers laquelle tout le monde se porte aussitôt. Je m'approche d’un petit groupe où l’on cause à demi-voix.

—C'est le comte de Musy, prêtre du diocèse d’Autun, qui vient d'être guéri.

—Ce prêtre que l’on trainait dans une petite voiture ?

—Précisément, Il était malade depuis vingt ans et n’a pas dit la messe depuis onze ans,

—Je l'ai bien connu, fit une autre voix ; il tomba malade en sortant de Saint-Sulpice, ou peu de temps après.

—Je lui ai servi de secrétaire: il y a trois

ans, dit un jeune prêtre ; il avait les yeux malades, et était perclus de tous ses membres. Tenez, le voici !

—Le voici, le voici !

Un homme brun, grand, bien pris, mais très-pâle traversa lentement la foule. La rille s'ouvrit et ! passa de l’autre côté de a balustrade, immédiatement au dessous de la grotte. Chacun put le voir, à genoux d’abord, puis debout, pendant que tout le peuple chantait le Magnificat.

Le grandiose de cette scène dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Nous nous sentions effrayés en quelque sorte de ce qui 8e passait dans ce lieu auguste. La rivière, les montagnes, la végétation, le ciel d'azur plein de lumière et de soleil chantaient avec nous. Il y a dans ce cantique de la Visitation des beautés que je n'avais jamais comprises COMme en ce moment. Tout le monde chantait.

Parfois une forte voix de basse attaquait un verset avec chaleur, puis, soudain, faiblissait, brisée par l'émotion. Les femmes chantaient comme les hommes.

Quand le Magnificat fut fini, M. de Musy s'approcha du grillage, et s’adressa à l’assistance à peu près en ces termes :

« Mes frères et mes sœurs,

“Ilyaune heure, environ, j'étais encore le pauvre infirme que plusieurs d’entre vous

sis EU es

ont connu et que l’on trainait d’un endroit à l’autre dans une voiture, comme un petit enfant, Il y a onze ans que j'ai perdu tout-àfait l'usage de mes jambes, et mes souffrances datent de plus si eus encore. J'ai prié la sainte Vierge d'intercéder pour moi et d'obtenir ma guérison. J'ai prié longtemps avant d’être exaucé. Ce matin, j'ai entendu deux messes. Pendant la première je me suis senti guéri, et j'ai entendu la seconde en partie assis et en partie debout. Je me suis rendu jusqu'ici à pied, sans effort, et je vous parle sans fatigue. Aidez-moi à remercier Dieu et sa sainte Mère. Priez la sainte Vierge pour que j'obtienne la ge d’être un bon prêtre et de bien diriger les âmes qui me seront confiées.”

Il était alors neuf heures du matin. Nous primes un des jolis sentiers qui longent la rive gauche du Gave, et nous allâmes faire visite à madame la baronne de la Ruë, femme du sous-préfet de Saint-Malo, guérie miraculeusement la veille

Madame la sous-préfète nous reçut avec beaucoup d’affabilité. Elle avait auprès d’elle sa mère, qui l’a accompagnée depuis Saint- Malo, et son enfant, un jeune garçon de onze ans, qui, avant le miracle d'hier, ne l'avait jamais vu marcher.

Madame de la Ruë a fait usage de béquilles pendant huit ans, mais, depuis trois ans, elle n’était plus capable de s’en servir. Elle avait,

en outre, complètement perdu l'œil gauche, sur lequel la paupière restait toujours fermée, et était sujette à des crises excessivement douloureuses. Enfin elle ne pouvait plus rien digérer de solide.

Depuis longtemps elle désirait "faire le pèlerinage de Lourdes, mais son mari s’y était toujours opposé ; les médecins prétendaient qu'elle n'aurait pas la force de faire un si long voyage. Quand son mari eut consenti au pèlerinage, elle ne douta pas un instant de sa guérison, et, le long de la route, elle disait à ceux qui la portaient et se la passaient de l’un à l’autre ‘ comme un paquet : ” Merci de vos bontés : vous n'aurez pas cette peine à mon retour de Lourdes, car je serai guérie.

‘ C’est que, nous dit-elle, j'avais une foi !.. une foi telle que le bon Dieu seul pouvait mettre un pareil sentiment dans mon âme !

Je suis arrivée ici avant hier soir, Hier matin, après avoir fait res dévotions, je me fis DT à la grotte où jy me mis en prières.

out-à-coup, mon œil s'est ouvert ! Je me mis alors à marcher vers lu balustrade. Ma mère craignait de me voir aller ainsi seule, mais je lui dis de me laisser faire. J'étais guérie, complètement guérie !.... ;

‘“ Après mon action de grâce, je me rendis jusqu'ici (un demi-mille) à pied. Je marche ; je vois de mes deux yeux, et, depuis hier, j'ai pu manger de la viande sans éprouver sucun

a DE —

malaise. Vous voyez qu'il s'est opéré en moi un triple miracle, Publiez-le partout ; puis, priez ner moi, car j'ai une grande dette à payer ! ”

Nous Fons congé de madame (le la Ruë, qui voulut bien apposer sa signature sur quelques photographies que nous emportons en souvenir, et nous retournâmes à la grotte où il y avait toujours une foule considérable,

Messe à onze heures, Sermon par le R. P, Vadon, jésuite. Tout Lourdes est là. Je suis invité à toucher l'orgue. M. de Musy, le miraculé, dine chez les RR. PP. de l’Immaculée-Conception, qui desservent l'église de la “ grotte.” Il parle peu mais sourit volontiers. Il est midi ; voilà juste quatre heures que s’est opé 5 le miracle de sa guérison. Il veut bien, lui aussi, me laisser sa signature en souvenir. À la même table sont l'évêque de la Guadeloupe, M. le marquis de Franclieu, : député de l’Assemblée Nationale, un prètre polonais à qui les Russes ont cassé les dents, et plusieurs autres étrangers.

Je pars à l'instant pour Toulouse, Nimos et Puy-Ricard (près d'Aix-en-Provence), où demeure M. l’abbé Bouchy, autrefois de Québec. Nous partirons de là pour Marseille et l'Italie.

avuülouse, grand hôte! du Midi, 16 août,

Toulouse (Haute-Garonne) — 130,000 habi.

tants-—est située sur la rive droite de la Garon-

ol 6

ne et le canal du Languedoc. Ancionne capitale des Volces Tectosages,elle devint, successivement, capitalo du royaume des Visigoths, siége du duché d'Aquitaine, capitale du comté de Toulouse, et enfin, on 1271, capitale de ia ET du Languedoc jusqu’à la division

e la France en départements. Tous les dictionnaires vous diront cola.

Le praetpe monument de lu ville est le capitole,(de création romaine, au dire des antiuaires)—(1}) où se voit la statue de Clémence saure, la fondatrice de l’Académie des Jeux- Floraux.

A l'extrémité du faubourg Saint-Cyprien, au point où s'opère la jonction du canal du Midi avec le canal de Hilane. se trouve un lieu de promenade magnifique. L'église dédiée à saint Saturnin, premier évêque de la ville, contient des reliques préciouses,.

Toulouse est la ville aux parckemins du midi de la France. Un ancien privilége concédait le titre de noble à ses échevins, ou capitouls : de là le dicton : |

Cil de noblesse a grand titoul Qui de Toulouse est capitoul.

Celui-là a grand titre de noblesse qui est

capitoul de Toulouse.

(1)... D’autres, dit Mme. Tastu, nient l’origine romeine de ce nom (capitole) et l’attribuent tout simplement à la destination de l’édifice où les magistrats municipaux de la ville se réunissaient en conseil ou

pra en roman capitol, d’où ils ont pris le nom

Grand-hôtel du Luxembourg, Nîmes, 17 août,

Nulle part en France on ne trouve d'aussi beaux restes de la grandeur romaine que dans Nîmes, Ce sont : la Maison Carrée, ancien temple d’une admirable architecture, où l’on a placé le musée de la ville ; les ruines d’un tem-

le à Diane, la Tour Magne, la Porte d' Auguste, a Porte de France, et les célèbres Arènes, immense amphititéâtre, beaucoup mieux conservé que le Colisée de Rome, ef où pouvaient s'asseoir 30,000 spectateurs.

Nîmes est une des plus jolies villes de France. Sa population s'élève à au delà de 60,000 habitants,

Douzième Lettre.

Puy-Ricard, château de la Rostolane, 18 août 1873,

Nous voici en pleine Provence, dans le pays des troubadours, où l’on chante Magali, la poétIqRe légende citée par M. Hubert LaRue

ans 808 chansons populaires el historiques ; — où vécut Jasmin et où vivent encore Audebal, Mistral et Roumanille.

C'est ici même qu'eut lieu la célèbre bataille où les Toutons et les Cimbres furent vaincus, À quelque distance s’élève la Tour de Marius, qui rappelle la victoire du général

NS a

En

romain, Au delà de la tour, un cap élevé découpe une large échancrure dans le ciel bleu : c’est le commencement des Alpes. Do l'autre côté de ce promontoire, une femme étrangère vint mourir il y a dix-huit cents ans, Marie-Magdeleine était son nom. C'était cette même Marie qui répandit des parfums sur les pieds du Sauveur, et qui, pour cette action, sera louée partout où sera prèché l'Evangile.

La Rostolañe est la propriété de madame de Régis (de la famille de saint François Régis), nièce du général de Rostolan qui commandait à la prise de Rome, en 1849, Madame de Régis habite ordinairement Nîmes, Elle

asse l’été ici avec son père, M. le comte de Lafare (ancien militaire qui a fait la campagne de Russie et terminé sa carrière puolique à Alger), avec sa fille et ses deux fils.

Tout cet aimable monde est très-royaliste.

M. l'abbé Bouchy, qui habite aussi la Rostolane, ne se lasse pas de parler du Canada. Il va nous faire le plaisir de nous accompagner jusqu'à Marseille.

Je fais l'inspection de l’école communale de de Puy-Ricard. Elle est bien tenue, et est fréquentée par environ cinquante élèves. On n’y voit qu'une seule carte de géographie :

la carte de La France, naturellement. L'instruction primaire n’est pas aussi avancée en France qu'elle l’est au Canada, mais il y a progrès sous ce rapport. Je fais causer les petits éco»

PS Po

liers, et leur fais dire quelques mots en provençal. Plusieurs de ces mots sont du latin tout pur, comme schola, campana, etc ; mais la similitude ou même l’étymologie latine n’est Le aussi générale qu'on pourrait le croire.

e provençal est une langue à part ; sans étude spéciale, les plus forts latinistes y perdraient...leur latin.

La vigne est la grande richesse du pays.

Il y a aussi beaucoup d’amandiers. Je prends note, en passant, d’une sorte de légume inconnue chez nous : les aubergines. Il pleut trèspeu l'hiver en Provence, et il n’y pleut pas du tout l’été. Partant, il n’y a pas de pâturages. On boit du lait de brebis, et l'huile d'olive remplace ordinairement le beurre, qui ne parait sur la table que comme friandise.

Nous allons faire visite à M. l’abbé Roux, curé de Puy-Ricard, homme aussi savant que modeste. Chemin faisant, mon jeune ami, M.

Louis de Régis me montre los ruines du Castelas (grand château). De retour à la Rosto-. lane, M. George de Régis nous conduit du côté de la Tour de Marius, pendant que ma.

demoiselle de R.... (une vraie Nimoise qui sait son Jean Reboul par cœur) réunit quelques petits paysans pour nous faire voir et entendre une ronde populaire : la lune b'dole. J'écris sur mon carnet quelques fragments de ce chant rustique :

Au riban vert,

La lachtude, la lachtude [laitue] Au riban vert,

La lachtude, lou dgivert [persil]

Ras E Rae RES nan LA rene

cs ee

Prindrin achestre qu'a la coulour plus fresque ; Luïsserant l’aütre qu'a la coulour muaüte.

Au riban vert,

La lachtude, la lachtude ; Au riban vert,

La lachtüde, lou dgivert.

Roumanille vient de publier, à Avignon, une petite brochure, en langue provençale, qui a eu un grand succès. Élle est dirigée contre les partisans des enterrements civils, et est intitulée : Lis ÆEnterr - Chin, les Enterre- Chiens.

Vous connaissez Reboul, le poëte royaliste, vrai type populaire du Nimois. Celui-là n’écrivait pas en provençal; mais il y a dans ses ‘“ dernières poësies ” quelque chose de rustique et de doux qui sent le terroir du pays, comme dirait M. Charles Taché, et qui leur donne un cachet particulier. Je cite à l’ap-

ui un envoi à madame la comtesse de Cham- Hd. que me dicte un de nos aimables hôtes de la Rostolane :

“ Puisqu’on ne sait quel vertigo Est venu mettre l’'embargo

Bur nos vœux et sur nos prières, Quand l’an va se renouveler, Uu vieux Nîmois fera parler Le ciel, les arbres et les pierres,

# Voici d’abord les compliments De ces antiques monuments Dont la contrée est embellie ; Contré’ dont le géant romain, Avec l’empreinte de sa main, Fit une eœur à l'Italie ;

Enr

5 Puis ceux de cesriants côteanx D'où le vin descend à ruisseaux ; Ceux des oliviers du vieux Nîmes, Retentissants de la chanson

Où le nom sacré de Bourbon Revient si souvent sur les rimes.

Car, parmi nous, les cœurs vivants Ne tournent pas à tous les vents ; Et, malgré le siècle où nous sommes, Pour le droit et la royauté,

Les petits ont leur loyauté,

Et le peuple a ses gentilshommes !

# Mais surtout recevez les vœux D'un soleil chaud et généreux Qui des hivers brave l’empire ; Les vœux de ce beau ciel d'azur, Qui deviendrait encor plus pur S'il pouvait un jour vous sourire,

‘ Qui, madame, il vous sourira ;

Le Seignenr nous exaucera :

C’est pour nous chose manifeste.

Mais, hélas ! Blondel(l) se fait vieux... Et les pleurs qu’il sent dans ses yeux L’empêchent de dire le reste.

(1) Blondel, poëtedu douzième siècle, né à Nesle, en . Picardie, s’attacha à Richard Cœur-de-Lion, roi d’Anleterre, et devint son favori. L’anecdote d’après Liogalié ilaurait retrouvé le prince captif en chantant ses romances dans toutes les parties de l'Allemagne n’a guère d'authenticité. Grétry a beaucoup contribué à populariser cette figure historique. C’est Blons del qui, dans la partition de Richard, chante la célèbre romance : Une fièvre brûlante... Les chansons du oëte-treubadour sont consezvées à la Bibliothèque impériale et à celle de l’'Arsenal de Paris,

EE OO RER ROSE DR A TRES EE DORÉ RE DEEE ONE En es

“ Des pleurs en un moment si doux ! … Non non, madame, à vos genoux,

Je jure qu’en ce jour heureux,

(Si Dieu veut qu'avant je succombe) Malgré la mort et tous ses nœuds,

Je serai vivant dans la tombe !

‘ En attendant, à notre Henri, Qui ne fut jamais plus chéri, Faites promesse solennelle

Que nous préfèrerions cent fois Gratter la terre avec nos doigts Que marger d’un pain infidèle.”

Le Courrier du Canada estreçu à Puy-Ricard.

J'en parcours une dizaine de numéros, J’ap-

rends avec chagrin la mort de M. Ovide Lane et celle du jeune docteur Robitaille,

Marseille, hôtel du Louvre et de la Paix, 20 août.

Marseille, fondée 599 ans avant Jésus-Christ par une colonie de Phocéens, est aujourd’hui le chef-lieu du département des Bouches-du- Rhône. Sa population est d'environ 320,000 habitants,

Le palais du Château-d’'Eau, à l'extrémité de la promenade de Longchamp, est peut-être le plus beau monument, dans le genre, qui existe en Europe. Un canal d'irrigation, dérivé de la Durance, long de 120 kilomètres (30 lieues), apporte à la ville et à 5,000 maisons de campagne de la banlieue une eau pure et abondante, et arrive en bondissant dans un immense bassin, au centre du Château-d’'Eau, d'où surgissent des statues colossales repré-

sentant des personnages mythologiques £1 dos monstres marins.

Le musée de la ville a été transporté au château de Longchamp. Il contient des marbres remarquables dus au talent de Puget.

On connait le fameux dicton: ‘ Si Paris avait une Cannebière, ce serait un petit Marsoille.” Grâce à la prolongation de la Cannobière, qui n’était autrefois qu'un bout de rue, le mot parait aujourd’hui moins chargé.

Les journaux de Paris ont publié, dernièrement, une charade marseillaise qui a fait le tour de la presse ; la voici :

“ Mon premier me porte, mon second m'emporte, et mon tout me transporte | ”

Le mot est Canne-bière.

Les restaurants de la Cannebière sont peints à fresque et ornés avec goût. Sur ce point Paris est complètement battu.

Les Marseillais parlent, entre eux, le patois

proveneal, et prononcent le français en appuyant fortement sur toutes les consonnes.

Marseille est la grande capitale du sud de la France. Son commerce s'étend à toutes les parties du monde. L'église Notre-Dame de la Garde, dont je n'avais vu que les fondations en 1858, est maintenant terminée. On travaille au parachèvement de la nouvelle cathédrale,

Le célèbre potage national, la bouille-abaissé, dans lequel il entre une grande variété de poissons, n’est jamais oublié par les touristes an-

lais. Je n’y ai pas même goûté : je le dis à ma grande confusion.

M. Thiers est natif de Marseille.

Treizième Lettre.

Roms, 89 août 1873.

Le vaisseau sur lequel nous nous étions embarqués, à Marseille, ayant touché à Gênes, où il y a du choléra, quelques jours auparavant, un ordre est parti de Rome défendant de l'admettre en libre pratique dans aucun port de l'Italie avant le 25 août. Nous avons dû nous rendre à Naples pour finir la quarantaine.

Avant de nous permettre de débarquer, on nous à fait encore attendre six mortelles heures, Le capitaine invoquait la commune à grands renforts d’imprécations: pour lui le remède à tous les maux serait de ‘ mettre le feu aux quatre coins du monde ! ” (1)

(1) Le second du vaisseau était un républicain pur.

— Eh bien ! lui dis-je, vous devez être content : votre belle France est maintenant en république.

— Mais non, mais non, je n’appelle pas cela une répe

-— Mais il me semble ….

Naples est toujours beau,de 8a mélancolique beauté. J'ai parcouru autrefois tout le golfe, depuis Sorrente et Capri jusqu'au cap de Mizène ; (1) cette année, j'ai dû me hâter da-

— Une république avec des lois de rois !.

— Que désirez-vous donc ?

— Je voudrais …. je veux qu’on ôte les aumôniers de l’armée !

— Ah 1...

Chacun a son grief contre les hommes ou les choses de ce monde, Le grief de monsieur notre second c'étaient les aumôniers |

(1) Je trancris ici une page du journal de voyage que je tenais alors.

Naples, 5 juin 1858.

“.. Après avoir vu Pompéi, nous nous rendîmes à Castellamere, d’où nous primes une voiture pour aller à Sorrente, Nous suivimes une route vraiment royale, pratiquée sur le flanc de montagnes souvent taillées à pic au dessus de la mer, et couvertes d’orangers, d’oliviers et de citronniers.

‘“ Arrivés dans la ‘patrie du Tasse, ” notre cocher nous conduisit à l'hôtel Villa Nardi, la plus charmante habitation possible, Comme le jour commençait à décliner, nous prîmes un guide, louâmes des ânes, et nous mîmes immédiater ten selle.

‘ Notre cicerone nous conduisit par la ville partout où quelque chose pouvait nous intéresser, Il y a dans Sorrente d’immens $servoirs — bâtis par Antonir le Pieux — 0-8 lesquels on entend un merveille écho. Une. mp' émission de voix, quelque brè

v’elle soit, rend un son qui se prolonge très-longtemps. e me plaçai dans une ouverture de l’une de ces citernes, et chantai à plusieurs reprises des notes qui s’har-

um 06

vantage : je me suis contenté de revoir Pompeiï, Baïa et Pouzzoles.

Le Vésuve laisse à peine échapper une légère fumée ; en revanche, une vapeur assez dense s'élève de la Solfatara. L'ancien cratère est tout brûlant; nous avons dû nous tenir à une certaine distance de l'orifice d’où s'échappaient du soufre et de l’alum en ébullition,

Baïa. Deux heuros de dolce far niente. Nous

monisaient entr'elles. Ces notes que, naturellement, je chantais l’une après l’autre, se faisaient entendre simultanément dans le lointain : on eût dit un chœur de voix d'hommes.

“ Notre guide me conduisit encore sur le sommet d’un promontoire élevé, d’où le regard pent embrasser tout le golfe de Naples. Nous descendîmes de ce promontoire sur les huit heures. A notre gauche, le rocher, taillé presque perpendiculairement, nous laissait voir une vallée d’une admirable fertilité, la petite ville de Sorrente, et, clans le lointain, plusieurs villages échelonnés sur les montagnes. Il commençait à faire nuit; un carillon de cloches résonnait dans le val. Nous retournâmes à l'hôtel en passant sur les lieux

whabita l’auteur de “la Jérusalem ”… J'étais charmé

e ma promenade. Ce que je venais de voir réalisait l'idéal du pittoresque que je m'étais créé d’après toutes + descriptions de site et de paysages que j'ai jamais ucs. :

# Je passai la soirée à causer avec M. Sauvaigue (vice- consul du roi de Danemark à Savone), à la lueur du Vésuve, devant une des portes de l’hôtel qui

‘donne sur la mer, au milieu d’arbres, de fleurs, de

statues, et appuyé aur une balustrade, au bas de 1Ia-

not

descendons à uno jolie habitation où l'on nous offre des raisins de Procida et lo classique macaront.

Naples est la ville la plus populeuse de l'Italie ; si on pouvait en faire disparaitre les Napolitains d’une certaine classe, ce serait la plus aimable ville du monde. Du haut du fort Saint-Elme, la ville, le Vésuve, le golfe et les îles offrent un conp d'œil grandiose tempéré par ce je ne sais quoi de doux et de

po mnt |

quelle, à cent pieds au dessous de nous, nous voyions quelques barques de pêcheurs portées sur les eaux transparentes du golfe.

“Ni moi ni mon compagnon ne pûmes dormir de la nuit. Je me levai sur les trois heures et demie. L’aube naissante faisait pâlir les feux du volcan ; les ombres mystérieuses de la nuit ne couvraient plus qu’à demi la mer et son rivage ……. Je vis une petite embarcation de pêcheur glisser lentement à mes pieds : tout était silencieux encore,

‘ Quelques instants après, une barque montée de quatre rameurs nous conduisait à l’île de Capri. Le trajet dura plus d’une heure. Arrivés à quelque distance du rivage, nous primes une embarcation plus légère, conduite par un vieux batelier et un enfant, et nous eôtoyâmes cette île d’une si triste célébrité, et où planent encore les souvenirs sinistres de la tÿrannie et des cruautés de Tibère. Nous nous trouvâmes bientôt au pied d'énormes rochers dont le sommet g’avançait parfois au dessus de nos têtes, (C’est de l’un de ces rochers taillés à pic que le monstre romain faisait pee piter ses victimes, après leur avoir fait subir les plus affreuses tortures). Notre guide nous dit qu’en ces endroits la mer a 200 brasses rofondeur. Enfin nous arrivâmes au but de notre exCursion, devant uns

0 ” é ns + -

ET

mélancolique qu’on ne retrouve nulle part aillours.

L'église et le couvent des Chartroux de San Martino (au fort Saint-Elme) ont été volés par les Piémontais. Les religieux ont entassé là des chefs-d’œuvre d'art et de p#tience. Sur les autels, enrichis par le génie et la piété, il ne se dit plus de messe, et l’admirable balustrade où était distribuée la sainte communion est devenue aujourd’hui un simple objet de curiosité. L'église, sos tableaux, ses statues, ses ornements, sont conservés in-

grotte dont l’entrée à fleur d’eau est d’une telle étroitesse qu’il nous fallut nous coucher à demi dans notre barque pour y pénétrer.

‘Après avoir franchi cette espèce de couloir, nous nous relevâmes dans le Teu le plus enchanteur, le plus féérique qu’il soit possible de voir. Nous étions dans un antre spacieux dont les ondes et les paroïs sont du plus ravissant azur | … Nous en fimes le tour, puis nous mîmes pied à terre pour faire quelques pas dans un souterrain naturel (autant que nous pûmes en juger par les stalactites des parois), rempli de débris de rochers, et qui se prolonge jusqu’à Anacapri, à l’ouest de l’île. Nous revinmes ensuite nous extasier de nouveau dans notre “ grotte d’azur, ” et nous fimes encore quelques tours au milieu de ses ondes transparentes et bleues. Avant que d’en sortir, notre vieux pe se jeta dans l’eau, et un autre phénomène

rappa nos yeux. Son corps nous parut d’une blancheur éclatante, tandis que sa tête, sortie de l’eau, (effst de contraste sans doute) semblait parfaitement noire ! Je mis moi-même ma main dans l’eau, et elle

t aussitôt comme recouverte d’un gant blanc égèrement azuré@

ET en

tacts : des militaires très-polis font voir l'édifice aux visiteurs moyennant deux ou trois francs, exactemont comme on forait pour un musée, On vole l'Eglise comme on vole les

articuliers, sans la moindre vergogne. Les

apolitains dérobent quelques centimes à la cachette ; les Piémontais volent les trésors ouvertement, avec ordre : ils savent faire le mal correctement,

À Rome, on appelle les Piémontais buzzurri, expression qui veut dire à la fois affamé et voleur,

Ce matin, trois buzzurri, sous-officiers de l’armée italienne, fumaient sottement leurs cigaros dans l’église de Saint-Pierre-aux-Liens, Ces messieurs se vengent ainsi des railleries dont ils sont l’objet de la part des Romains, Deux petits journaux, {a Frusta (le Fouet) et le Cassandrino, se moquent d'eux avec une verve et un esprit sans pareils. Ils sont rédigés par des jeunes gens pleins d'intelligonce et de courage. Je dis courage, car on ne leur épargne pas les avanies: la Frusta a eu l'honneur d'être saisie quarante fois!

Depuis le gouvernement du 24 mai, en France, ces journaux parlent plus ferme que jamais.

Chose étonnante, la France, malgré ses revers inouiïs, est encore restée le baromètre de l’Europe |

Victor-Emmanuel n’est presque jamais à Rome. Lorsqu'il y paraît, on le regarde en face et on a l’air de lui dire: Qu'est-ce que vous

mn TQ

voulez ? Personne ne le salue, à l'exception des buzzurri; d'ailleurs on n'est pas sensé connaitre cet étranger-là. En ce moment, aucun membre de la famille royale n’est dans la capitale. Les ministres ne se plaisent pas plus ici que le roi; ils déguerpiraient bien vite s'ils ne craignaient le parti d'action,

Lo peuple romain est peut-être le peuple le mieux doué qui soit au monde. Au physique c'est le type lo plus parfait qui existe. J'ai été frappé de la tenue distinguée, de l'air de dignite et d'intelligence du clergé de Rome, J'ai adressé la parole à plusieurs prêtres, dans les rues : plusieurs savaient le français, quelques-uns mème un pou d'anglais,

Si on veut connaître les Romains, il faut venir les voir pendant l'été. En hiver, les étrangers les cachent, à moins que ceux-ci ne se cachent eux-mêmes derrière les Romains pour faire leurs mauvais coups, ce qui arrive souvent,

Notre première visite a été pour Saint- Pierre. doutes les personnes que nous avons rencontrées dans l'immense basilique étaient aussi recueillies qu'on l’est dans la cathédrale de Québec. Dans quelques semaines viendront …les Anglais, les Russes, les Américains, les Allemands, les Canadiens ete., ete. ete.; ils empliront les églises, guidés par leurs ciceroni, et se scandaliseront mutuellement par leur sans-gènc; mais les vrais Romains, eux, élevés mieux qu'aucun peuple de la terre dans

ttes

la foi ot le respect des chosos saintes, conserveront toujours leur recueiilement et leur dévotion, qui est édifiante.

Le Saint-Père est malade et affligé. La ville est triste: pas de fêtes; pas de cérémonies religieuses: Non-seulement le Souverain-Pontife est relégué au Vatican, mais 808 gardes mêmes ne peuvent se montrer dans les rues rovêtus de leur costume. Il faut avoir vu Rome dans le bon temps pour pouvoir se for mer une idée du changement qui s'y est opéré.

Les fondations pour l'instruction gratuite des enfants, le soutien des orphelins, des infirmes et des vieillards, l'établissement des jeunes filles pauvres, etc., ete., ont toutes été volées par le gouvernement piémontais, à peu d’exceptions près. Ajoutons que les im- En sont devenus excessifs ; que le pain que

‘on payait vingt-deux sous se vend auiourd'hui quarante, et qu'il vient beaucoup moins d'étrangers à Rome qu'autrefois. Les Romains sont mécontents, et1il fart avouer que ce n’est pas sans raison.

L’'assimilation des mœurs et coutumes, en Europe, fait des progrès rapides. Cette phrase sentencieuse est pour vous dire que les enseigves des barbiers italiens ont disparu !

C'était une des curiosités de Naples que ces enseignes. Elles consistaient, le plus souvent, en un tableau sur bois représentant un bras d’où le sang coulait dans un plat ; ou encore

a. TD in

en un bras sculpté entouré d’un mouchoir rouge. C’est qu'autrefois les barbiers saignaioent les malades, qui, du reste, réclamaient ce dangereux service à chaque instant. Ils étaient les rois de la saignée, les princes du sang! Aujourd'hui on ne recourt plus guère à ce traitement ; les médecins sont rentrés dans leurs droits, et les enseignes originales ont dû être décrochées.

Je ms suis accordé quatre jours de repos.

Je ne commencerai la visite régulière de Rome que demain ou lundi. Grâce à une lettre d'introduction beaucoup trop bienveillante de l'honorable M. Chauveau, le KR. P.

Freyd (1), supérieur du séminaire français, a biea voulu me donner l'hospitalité au sémimaire même.

Quatorzième Lettre.

Roms, 3 septembre 1875.

Je ne me iasse pas d'admirer la piété des Romains. Dans chaque église, et à toute heure de la journée, on trouve constamment dos hommes et des femmes en prières,

Je fais connaissarce de plusieurs religieux:

(1) Mort en 1878. .

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