‹ Lettres de voyage [microforme]Chapitre 6 sur 11 · A RU A D · texte numérisé non relu

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trappistes, passionistes et bénédictins, Co sont autant de types de bonté, de modestie et de politesse chrétiennes,

Nous vénérons,dans l'église Sainte-Croix-en- Jérusalem, les précieuses reliques de la Passion ; nous montons à genoux les degrés de la Seala santa, l'escalier que gravit Te Sauveur du Monde lorsque Pilate le fit voir au peuple, après la flagellation : nous lisons, dans le livre éloquent des monuments de Rome, la vie üe saint Pierre et de saint Paul, leur prédication dans le Ville-Eterneile, leur séparation à la porte d'Ostie au moment du supplice ; nous suivons sainte Agnès, la jeupe vierge romaine, dans le lupanar où eut lieu Le miracle de la croissance de ses cheveux et où elle reçut le martyre, et nous allons prier sur sa tombe en dehors des murs de É ville.

La jeune patricienno avait été enterrée dans la vigne de son père, et on ini avait élevé un tombeau. A quelque temps de là, des soldats romains aperçurent une jeune chrétienne qui priait sur la dépouille de la bienheureuse martyre ; ils la massacrèrent aussitôt à coups de pierres ; et, longtemps après, le corps d’Emérencienne fut trouvé auprès de celui d'A.

gnès, sa sœur de lait,

Dieu avait payé par l'éternelie félicité les deux courageuses jeunes filles ; l'Eglise a voulu aussi que les hommes rendissent hom-

mage à leur vertu et à leur foi. une église,

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que l’art a embellie de ses plus suaves productions, s'élève ordi sur leur tombe commune, et le seul nom d’Agnès ou d’'Emérencienne réveille au fond de tout cœur catholique un sentiment d'admiration et de douce pitié.

Nous visitons les grandes basiliques de Saint-Paul, de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Marie Majeure, et nous nous arrètons à une des églises élevées à la mémoire de saint Laurent, les heros chretien dix fois martyrisé. Je renonce à vous décrire toutes ces merveilles dont mes yeux gardent encore l’éblouissement.

Chaque jour nous retournons à Saint-Pierre, et toujours avec un bonheur, j'allais dire avec uve ivresse nouvelle.

Que dirai-je de Cécile, la glorieuse martyre, dont le corps, exempt de la corruption du tombeau et exhalant un suave parfum, repose toujours, malgré plusieurs exhumations, dans la même attitude gracieuse et virginale ! I faut lire la vie de la sainte par dom Guéranger, Ce que l’on avait pris jusqu'à présent pour un récit légendaire, trés-poetique mais voisin de la fiction, demeure, après les recherches du savant bénédictin, un récit historique d'une véracité inattaquable.

J'ai revu le premier lieu de sépulture de Cécile, aux catacombes, où elle fut d’abord déposée avec Adrien et Tiburce. Tout auprès est le tombeau de Lucine et celui de Séb.tion,

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deux autres figures poétiques du temps des grandes persécutions.

Nous parcourons ainsi la Ville-Eternelle, feuilletant les Actes des Apôtres, les Actes des Martyrs, l'Histoire des saints de tous les siècles, et nous reposaut à peine, malgré la chaleur intense.

Visite du Capitole et des monuments de la Rome paienne.

J'ai recueilli des statistiques sur les taxes imposées aux Romains par le gouvernement de Victor-Emmanuel, Elles s'elèvent, en comprenant la taxe municipale, à 40 pour cent sur le revenu. Sous le souvernement pontifical, tous les impôts reunis ne dépassaient pas 3, où, au plus, 5 pour cent,

J'ai éte faire visite aujourd'hui aux religieuses Ursulines de Rome. Le gouvernement leur a volé un de leurs bâtiments (l’externat) pour y établir une école laïque. En ce moment, on prend des mesures pour les dépouiller complètement et les chasser de la ville. On sait parfaitement ce que tout cela veut dire. On veut simplement supprimer la religion ; on se dit que lorsqu'une fois on aura 14 clef de l'église dans sa poche, personne ne pourra plus y faire le catéchisme où y dire la messe. Il n’y a que les Coquelets qui üe voient pas cela.

le vous disais, l'autre jour, que Victor-Emmanuel habite rarement Rome, Quand il y

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vient, il ne couche jamais au Quirinal. Quelqu'un, paraît-il, a prédit qu'il mourrait duns eo palais : à cause de cette prédiction, il a fait meubler, pour son usage, une maison des environs, et il laisse Humbert et Margucrite à peu près les maitres du logis.

M. de Corcelles, ambassadeur français auprès du Saint-Père, habite ordinairement le palais du prince Colonna. Toute la noblesse romaine est restée fidèle à Pie IX et n’a aucun rapport avec les buzzurri.

La santé du Souverain-Pontife a inspiré des inquiétudes dans Rome ces jours derniers. On s'en parlait à voix basse, et on répétait la parole de Pie IX lui-même : “ Simon meurt, mais Pierre ne meurt pas. ” Je tiens du KR.

P. Brichet (un prêtre français bien connu et bien estimé au Canada) que tout danger es disparu depuis deux jours.

Ce bon et complaisant P. Brichet est toutpuissant dans Rome. Grâce à lui, j'ai pu me promener, hier, dans le jardin privé du Souverain-Pontife, au Vatican. Sa carte équivaut à un passeport général : il suffitde la montrer pour que les serrures tombent des portes.

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Quinzième Lettre.

Rome, 10 septembre, 1875,

— Benedicamus Domino !/ —Deo gratias ! quelle heure est-il donc ?

—Cinq heures. Allons, levez-vous, Breton du Canada !

—Tout de suite, père Brichet,

Deux beaux chevaux noirs piaffaient à la porte du séminaire français. Je rejoins M, l'abbé Peyret, chanounc de la cathédrale d’Auch, M. l'abbé Lagacé, de Québec, et le P. Brichet. Nous partons ensemble pour Albano et les montagnes du Latium.

Pour la première fois depuis six mois la nuit a été assez fraiche. L'air est humide ; ce serait le temps de prendre la malaria si nous n'étions pas si presses.

Le beau rayon de lumière que le soleil noi:

envoie par dessus les cimes de la Sabine! Pax de fête sans soleil. Nous tombons tous d’accord sur ce point important,

Nous passons près de Saint-Jean-de-Latran, dont les murs portent encore des traces du dernier siége. Porte Latine. Plaine immerse, Ruines.

La Rome antique s’étendait très-loin au sud, Elle comptait alors près de deux mil.

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lions d'habitants, dont les trois quarts étaient sclaves. C'était le beau temps! le temps que les progressistes modernes voudraient ‘amener sur la terre,

À notre sauche s'élèvent des ruines d’arcbes gigantesques, restes d'anciens aquedues. Sur la route, une inscription porte: Dite Ave Maria...À mesure que le soleil se lève, la gaite gagne les esprits : véritable gaité d’écoliers ; chassé-croise de bons mots et d’anecdotes ; feu d'artifice ! Mais cela dure peu. Chez ceux qui ont connu les douleurs de la vie, la guité n'est qu'un sentiment passager et accidentel : quand le P. Brichet donne le signal de la médita' ion, les fusées sont toutes consumées depuis longtemps.

Tombeau de Pompée et des fils de Tarquin, Nous descendons de voiture à Albano, et nous passons à pied le pont, ou plutôt le viaduc de l’Ariccia. C’est une construction superbe et un des innombrables travaux accomplis

par Pic IX.

Nous continuons notre trajet dans la montagne. J'inscris sur mon carnet des noms familiers aux zouaves canadiens: Monte Cavo, Rocca di Papa, Castel-Gondolfo, Marino (villa de Cicéron), Tusculum, Frascati, etc. Nous dinons dans un couvent de Franciscuins, sur les bords élevés du lac Albano, que Fon dit être un ancien cratère. Nous avions emporté nO$ provisions : ces Franciseains sont si pauvres qu'ils meurent presque de faim. Le

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gouvernement les a taxés 3,000 francs par an sur lesaumônes qu'ils peuvent recevoir et sur les messes dites dans leur église. Comme ils pe pourront pas payer, on fera vendre le couvent, et le tour scra joué.

Castel-Gondolfo. Nous passons devant un palais particulier de Pie IX, qui sert actuelment d'asile à de pauvres religieuses que le gouvernement piémontais a jetées sur le pavé, Avant de reprendre le chemin de la ville, nous faisons une dernière halte à Frascati, et nous visitons la villa Torlania, d'où le regard embrasse un horizon très-vaste mais d'une suprème mélancolie.

Je n’ai guère le temps de vous raconter la suite de mes courses dans Rome, J'aurais bien à dire quelque chose de l'observatoire du P. Secchi ; de la merveilleuse invention du célèbre astronome, le météorographe, et des explications que nous en a données son disciple, le P. Ferrari; mais, outre que Je n'en aurais pas le temps, je n'ose m'aventurer sur ce terrain. Je vois d'ici le savant gM.

Hamel, de l’université de Québec, qui me loue de ma prudence.

La ville Doria Paraphili était un des doux souvenirs de mon premier voyage à Rome.

Pourquoi la trouvé-je moins belle aujourd’hui ? Elle est restée ce qu'elle était ; c'est moi qui ai change et vieilli.

J'ai recueilli beaucoup d'informations sur les travaux des congrégations et des prélats

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