DEUXIÈME LETTRE
Hôtel Continental PARIS, 2 nov. 1888.
J'arrive à Paris en pleine excitation boulangiste et tous les journaux s'occupent du grand banquet offert au général à la salle Lowendahl et du mariage de sa fille Marcelle avec le capitaine Driant, du 4e zouaves. On ne parle que du général, et le gouvernement semble s'occuper de lui avec une sollicitude toute paternelle. La police -. même trouvé moyen de s'occuper du mariage et tout s’est terminé, comme on s'y attendait d’ailleurs, par une immense manifestation en faveur de l’ancien ministre de la guerre. Le Figaro juge ainsi la situation :
“ Nous ne savons pas quel est:le sort qui est réservé au général Boulanger, mais le député des trois départe-
ments serait bien difficile s’il ne considérait pas la journée de mardi comme une apothéose.”
Je ne prétends pas juger ici qui a tort ou raison dans toute cette affaire, mais il st indiscutable que la popularité du général Boulanger grandit chaque jour et qu'il est difficile de prévoir comment tout cela pourrait bien finir. En attendant, on annonce que M. Farcy, député de la Seine, aurait l’intention de donner sa démission de député pour permettre au général Boulanger de se présenter à Paris.
J'ai eu le plaisir, en débarquant au Hâvre de trouver une dépêche de M. Léon Meunier, ancien rédacteur en chef du Courrier des Etats-Unis de New-York, qui habite maintenant Paris, m'invitant à assister au banquet annuel donné par l'Union Franco-Américaine pour célébrer l'anniversaire de l'inauguration de la statue de la liberté à New- York. Le banquet a eu un grand succès.
Environ cent convives y ont pris part.
L'amiral Jaurès, sénateur, présidait, ayant à sa droite M. Goblet, ministre des affaires étrangères et à sa gauche, M. Poubelle, préfet de la Seine. En face du président, avaient pris place M, MacLane, ministre des Etats- Unis, ayant pour voisins M. Darlot, président
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du conseil municipal, et M. Georges Berger, directeur de l'exploitation de l'Exposition universelle de 18809.
__ On remarquait parmi les convives la présence de MM. Maze, Rousselle, sénateurs ; ï.
Poubelle, préfet de la Seine ; Claverie, direc- hi: teur au ministère des affaires étrangère ; Fu Robert, chef du cabinet du ministre des affai- À res étrangères; Vignaud, premier secrétaire e. de la légation des Etats-Unis ; Chabrié, ad- ‘3 ministrateur général délégué de la Compagnie 4 Transatlantique ; Visinet, agent de la Com- 1 pagnie des chemins de fer de l'Ouest en F.
Angleterre; Léon Meunier, notre confrère du ne Courrier des Etats-Unis, organisateur du banquet ; Bartholdi, Herbette, et une foule d’autres notabilités politiques et littéraires. de
Au dessert, M. Jaurès s’est levé le premier, 4 et a exprimé tous les regrets de M. de Les- 4 seps, qui devait présider, et qui, absent en 3
ce moment de Paris, n'a pu, à son grand re- Egret, assister au banquet. 4
C'est M. Goblet qui a parlé après le prési- e. dent. Portant d'abord la santé de M. Cleve- L land, président des Etats-Unis, M. le ministre 4
des affaires étrangères ajoute : “ On dit que U la France est isolée parmi les nations: la -4
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réunion d'aujourd'hui prouve le contraire ; la France a des amis dans les eux mondes, et elle en a qui se souviennent encore, après un siècle, de l’aide qu'elle leur a donnée pour conquérir leur indépendance.”
M. Goblet dit encore que l'Amérique sera largement représentée à l'Exposition de 1889, car son industrie ne craint pas d'être jugée.
M. MacLane a répondu à M. Goblet, par un discours empreint du plus pur sentiment de sympathie pour la France et il a terminé en disant qu'il s'arrêtait, craignant de dire trop d'amabilités à la France, ce qu'un ambassadeur ne peut jamais faire sans danger.
M. MacLane boit au président de la République Française, M. Carnot.
Plusieurs autres discours sont prononcés et il faut assister à ces fêtes pour se former une idée de la sympathie et de l'entente amicale qui existent entre les gouvernements de France et des États-Unis. L'influence américaine se fait sentir d’ailleurs dans les cercles diplomatiques européens et le consu' général américain à Paris, sur l'invitation du secrétaire d'État des États-Unis, a convoqué tous ses collègues de France à une réunion qui se tiendra le 15 novembre à Paris, et dans la-
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quelle, —fait digne d'être relevé et imité,— seront discutées toutes les questions qui intéressent les fonctions consulaires.
Le service géographique de l’armée française, dirigé actuellement par le colonel Derrecagaix, successeur du général Perrier, exécute en ce moment, de concert avec l'observatoire royal de Greenwich, une opération astronomique de haute précision des plus intéressantes.
Il s'agit de mesurer à nouveau la différence de longitude entre Paris et Greenwich en | appliquant les nouvelles méthodes d’enregistrement des passages d'étoiles par l'électricité.
Les commandants Bassot et Deforges, collaborateurs du général Perrier et continuateurs de son œuvre, représentent la France dans cette opération, tandis que MM. Turner nu. et Lewis, astronomes, <.nt délégués par l'An- 3%
oleterre.
Ce travail servira, paraît-il, de vérification À
à la mesure de la nouvelle méridienne de 4 France entreprise par le général Perrier en 4 1870 et terminée cette année, ainsi qu'il en a été rendu compte, par le commandant Bassot au Congrès international géodésique de Salzbourg, en septembre dernier.
J'ai eu l'honneur de rencontrer hier, à diner, chez M. Herbette, le grand astronome français, M. Jannsen, qui m'a longuement causé de ses travaux et qui, malgré son grand âge, prétend qu'il ne mourra pas sans aller visiter le Canada, cette s‘rance d’outremer que tous les Français aiment tant.
Mercredi matin a eu lieu l'exécution de Mathelin, condamné à mort le 8 septembre dernier par la cour d'assises de la Seine pour avoir assassiné au mois de mars, à Esbly, M.
Cudin, surveillant du balayage municipal.
On avait pensé il y a deux mois que l’exécution de Mathelin n'aurait pas lieu. Le malheureux, en effet, était atteint de phtisie et paraissait devoir succomber rapidement. Mais bientôt on constata que le condamné exagérait beaucoup son état dans l'espoir d'obtenir une commutation de peine.
Tout s'est passé dans l'ordre ordinaire et j'ai refusé un permis spécial que lon m'avait offert pour assister à l'exécution. J'ai déjà vu guillotiner un homme en 1867, et j'en ai eu assez de ce spectacle sanglant. Le corps de Mathelin a été transporté aussitôt après l'exécution, à l'Ecole de médecine, où quelques expériences ont eu lieu, La tête portait deux