AUBRET A NIC. TOUSTAIN IO
Vous trouverés dans la feuille que j'ay l'honneur de vous envoyer, plusieurs mots qui estoient dans mon i*"" mémoire, mais je ne vous les envoyé que parceque j'avois omis de citer les termes des titres où ils sont, que vous souhaittés d'avoir. J'ay tiré cinq ou six de ces mots des preuves de M^ Quichenon et de l'Usage de Bresse de M"" Revêt; je ne sçay pourquoy M^ Ducange, qui me semble avoir lu les preuves de Quichenon, les a omis. 11 se pourroit faire qu'il en auroit omis bien d'autres. Si j'ay le loisir de relire ces preuves et que vous ne les ayés pas relu vous même, je pourray voir s'il y aura quelques autres termes dont je sache l'explication et que je puisse vous envoyer. Je profite de l'occasion d'un de mes parents qui vat pour affaire à Paris, sans quoy je n'aurois pas osé vous envoyer vn aussy petit Receuil que celuy que je vous envoyé. Je
suis, [etc.]
AUBRET.
A Trévoux le 22* juin 1725.
Au Révérend Père
Dom Bernard de Montfaucon, religieux bénédictin à l'abbaye de
Sî Germain
à Paris.
Évreux, ce 3* sept. 1725.
Mon Révérend Père:
J'aurois déià eu l'honneur d'envoyer à votre Révérence l'autel dessiné de l'Abbaye de La Noue, sans
l'accident qui est arrivé à un Père Capucin de cette ville, qui m'avoit promis de me le dessiner et qui passe pour en sçavoir assés pour vous satisfaire. Ce bon religieux commence à se bien rétablir d'une apoplexie en laquelle il étoit tombé, et j'espère qu'en peu nous pourons aller à La Noue ensemble. Il n'est pas si facile de trouver en ce pays cy gens qui sachent dessiner, et c'est ce défaut, et non point aucune négligence, qui est la cause que je n'ay point encore envoyé à votre révérence cet autel dessiné. Nous avons icy à notre église un portail qu'on dit être ancien de six cent ans; on y voit le goût ancien dans quelques figures qui y sont; les quatre Evangélistes y sont représentés en sculpture et écrivant sur une espèce de petit pulpiture qu'ils ont chacun sur leurs genoux. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que chaque evangéliste a pour tête la figure de chaque animal qui luy est attritué par les interprètes du prophète Ezéchiel, en sorte qu'on voit le corps d'un homme depuis les épaules jusqu'aux pieds, mais sur les épaules, au lieu de tête humaine, on y voit la tête ou d'un beuf ou d'un lion ou d'un aigle. Nous avons dans notre sacristie nn livre d'évangiles dont la couverture est d'argent d'un côté et de vermeil de l'autre; cette couverture paroît ancienne, et elle a d'un côté un crucifix qui est entre la lune et le soleil, qui y sont représentés aux deux côtés. Si j'ay connoissance de quelque autre antiquité, j'en feray part à votre révérence de qui je suis, [etc.]