NOËL
Au Révérend Père Le Révérend Père Dom Bernard de Montfaucon, à S^ Germian
des prez
A Rouen, ce 13 juin 1730.
Je reçois en ce moment, Mon Révérend Père, une lettre de M, le Garde des Sceaux, dont voicy la copie:
»A Versailles, le 11 juin 1730.
J'ai reçu, M^ la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 3 1 du mois dernier, par laquelle vous me donnez avis que le P. Dom Bernard de Montfaucon doit me faire remettre le manuscrit en trois tomes. Vous devez être assuré qu'aussitôt que je l'auray reçue, j'en rendray compte à son Ém", et que je seray ravy que vous obteniez ce que vous pouvez désirer. J'y contribueray même avec plaisir en tout ce qui dépendra de moy. Je suis. M', entièrem[enlt à v[ou]s. Signé Chauvelin«.
Cette lettre, Mon révérend père, semble nous ouvrir
une porte favorable; profitez en, je vous supplie, en
faisant remettre le M s. à M. le Garde des Sceaux, si
vos occupations ne vous permettent pas de sortir, ou
en luy présentant vous même, ce qui feroit un bien
meilleur effet. Je ne trouveray de ma vie une plus
belle occasion d'obtenir quelque faveur de la cour, et
vous êtes l'homme du monde le plus propre à faire
sentir le mérite de ce Ms., dont un homme très versé
dans l'histoire de France a dit autrefois, lors qu'il l'eut
feuilleté chez son ancien propriétaire, que c'étoit un
trésor où l'on trouvoit une multitude des choses qu'on
ne pouvoit trouver ailleurs. Je sçais cela d'un avocat
qui le luy a entendu dire deux fois. Mais de pareilles
autoritez sont bien inutiles à un homme comme vous
pour sçavoir à quoi vous en tenir sur le mérite du
Ms. J'aurois bien souhaité qu'il pût rester dans vos
mains assez de tems pour enrichir votre histoire de
quelques traits et payer son gite, mais la lettre de m.
le G. des Sceaux, quelque gracieuse qu'elle soit, semble
renfermer une plainte tacite de ce que le ms. ne luy
a pas encore été remis. Je vous demande en grâce de
m'en accuser la réception. On ne peut être avec plus
de respect, [etc.]