NOËL
J'ay reçu une lettre d'un de mes amis, qui me mande qu'un libraire de Paris étoit dans la disposition de l'achetter et de courir les risques de l'impression. Mylord Oxford qui fait amas de Manuscrits et a une des plus belles Bibliothèques de Londres, a écrit à Mylord Stafford, qu'il prioit qu'on luy gardât le manuscrit proposé. Une autre personne m'offroit de me le faire achetter par un libraire de Hollande, qui n'auroit
pas hésité sur le prix. Il y va, comme vous voiez, de votre honneur, que tout cecy tourne bien, et je suis très persuadé que je vous auray une obligation essentielle.
Mille pardons, mon révérend père, des distractions que je vous cause. Si votre étude en soufre, cette perte est remplacée par une bonne Oeuvre.
Au Réuérend Père le Révérend Père Ûom Bernard de Montfaucon, de Tabbaye de S^Ger-
main des prez à Paris.
Mon très Révérend Père.
J'aurois déjà du, il y a longtems, vous remercier de la lettre dont vous m'avez honoré en date du 7 Septembre 1729. Vous détourner de vos occupations, si utiles au public, n'est pas une petite complaisance; et le peu que j'ai fait pour exécuter vos ordres en Italie ne méritoit pas le gré que vous m'en témoignez. Mess. Turrettin et Abauzit sont aussi fort sensibles à votre souvenir et me chargent de vous assurer de leur estime et de leur respect. Le premier attend impatiemment la suite du S* Chrysostome et voudroit aussi savoir ce que deviennent deux projets formez dans votre maison, l'un de donner une nouvelle édition d'Origène avec des pièces qui n'avoient point encore paru, l'autre de rimprimer les Historiens des François et des Normands de
Duchesne. C'est avec un grand déplaisir que les vrais amateurs des lettres voyent de beaux travaux suspendus en France et dérangez par les disputes frivoles du tems qui occupent les demi-savans et font taire les autres. Je me souviens, Mon Révérend Père, que vous m'étonnâtes beaucoup un jour, en me parlant de Timmense quantité d'or qu'il y a eu autrefois dans le monde, soit dans les trésors des Rois de Perse, soit dans celui pes Ptolomées, soit à Rome. J'avois bien appris, en lisant les historiens, qu'il y a eu plusieurs mines dans la Colchide, en Thrace, en Espagne, etc., qui sont épuisées, et apparemment que les Indes orientales en étoient surtout bien pourvues. Mais je trouvois quelque difficulté, 1° à croire que ces anciennes richesses fussent aussi grandes que les faits que vous m'alléguiez le supposent; 2° à comprendre ce que tant d'or est devenu, n'étant pas certain qu'on en ait enterré une quantité si prodigieuse. Si vous vouliez bien, mon très Révérend Père, me rapeller les plus considérables preuves et réponses que vous m'alléguiez alors, je vous en serois très obligé, ayant besoin incessamment de quelques éclaircissemens sur ce fait qui semble paradoxe. Ce qui est dit dans l'ancien Testam[ent] des grandes richesses de David et de Salomon, paroitra moins surprenant après cela. Lors que je voulois vous envoyer quelques desseins que j'ai tiré à Aix en Savoye de certains monumens, je les ai trouvez dans le grand Théâtre de Savoye, à peu près dans leur véritable état. Encore peut on croire qu'on les a déchiffrez alors mieux qu'à présent, parce qu'ils étoient mieux conservez. Cepend[ant], ce que nous avons remarqué, M*" Abauzit et moi, et, depuis, M^ Lullin^ pouroit fournir quelques corrections et additions.
THOMASSIN MAZAUGUES A MONTPAUCON I5I
J'ai l'honneur, [etc.] Genève, ce } ç*»" 17^0.