‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 116 sur 197 · J. VERNET · texte numérisé non relu

J. VERNET

THOMASSIN MAZAUGUES A MONTFAUCON

Au Révérend Père

Le Révérend Père Dom de Montfaucon^ Religieux à l'Abbaye de

St Germain des Prés

A Aix, ce 11 May ij]\.

Mon Révérend Père.

J'jay lu avec beaucoup de satisfaction vos sçavantes observations sur les Basreliefs venus de Smyrne. Vous avez parfaittement dévelopé de sens de la première inscription. Je m'applaudis véritablement de m'étre rencontré avec vous, du moins pour l'essentiel. Je vous avoue pourtant que j'avois eu vne idée singulière sur le mot de MYjilNH, J'avois cru, indépendemment, que ce mot pour Molaris ne se trouve point dans les Dictionaires, mais seulement MYyilTH, que la pierre propre à faire des meules de moulin estoit trop grossière pour estre employée à des cercueils et sur tout pour en orner le dedans. Il me paroissoit aussi qu'il y avait vne espèce de contradiction de vouloir que Laudice fût morte et enterrée, et que cependant son mary eût construit vn monument sépulchral pour luy, pour' elle nommément, et pour son fils Polybianus, ce qui sembloit les supposer tous vivans; et en effet, quand on mettoit dans ces monuments construits par des gens en

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vie, des personnes mortes, on ne manquoit presque jamais de l'exprimer et de le distinguer: vous nous en donnez vn exemple dans le t. 9 de > l'Antiquité*, p. 39, dans vne inscript, de Smyrne comme la nôtre, aux enfants en vie et à ceux qui estoient morts. Suivant cette idée, j'avois cru que Mulina pouvoit estre le nom de la première femme de Polybius, et je lisois

ainsi ow t^ KUfÂerri aoQia laia Mvliw^ eV ^ haaxi fiov 17

yvrif*), cum hoc posito loculo intus, in quo inest Mutine mea vxor. Vous nous fournissez d'ailleurs vn exemple dans le monument de la Vigne Corsini d'iElia Elpinatis et Comunia Chrisis, deux femmes, l'une morte, l'autre vivante, de L. Valerius Félix, qui paroissent en même temps jointes dans vne inscription.

A la 6' Ligne, pour diminuer en quelque manière la défectuosité de ce nombre de mots qu'il faut supléer, j'ay formé deux conjectures fort opposées; je vous les propose pour les soumettre à votre jugement et voir si l'vne ou l'autre pourroit vous agréer. ' Je couppe en deux le mot de BAAH^ ainsi BAA.m en abrégé, et H vel, alioquïn, l'équivalent de la formule ordinaire

eàr de t/^*).

Dans l'autre conjecture, je suppose que le mot AN sert à deux emplois, qu'il finit le mot qui précède et qu'il en forme vn second, vne préposition, de quoy il y a des exemples, surtout dans les anciens MS., comme dans les fameuses Pandectes florentines; et je traduis ainsi nemine habente licentiam, en sousentendant d'y porter vn corps étranger: Si (vero) extraneum corpus inducat, impendat, etc.

A l'égard du lion qui vous embarrasse, dans le

•) Orthographe de l'original.

THOMASSIN MAZAUGUES A MONTFAUCON \^]

tombeau d'Amphipolis, c'est la faute du graveur qui a donné vne crinière à cet animal. Dans la vérité c'est vn chien, que l'on trouve quelque fois sur les tombeaux des anciens, et plus souvent dans ceux du moyen âge, comme vous l'avez observé.

Le père Bougeret de l'oratoire, qui est de nostre ville et de nos amîs, aura l'honneur de vous voir au sujet des monuments de la Monarchie françoise, dont vous voulez me gratifier. Je vous avoue que je suis honteux d'accepter vn présent si beau et si magnifique et qui a tant de disproposition avec quelques bagatelles que je puis vous avoir communiqué. Je serois presque tenté de refuser la grâce que vous voulés me faire, et je ne l'accepteray qu'à condition que vous me fournirez des occasions à pouvoir vous estre de quelque vtilité à l'avenir dans le cçurs de votre ouvrage. Je ne sçay si vous avez les desseins des deux tombeaux de nos anciens comptes de Provence, de la branche d'Arragon, qui sont dans l'Église de St. Jean de l'ordre de Malthe, dans notre ville. Je m'offre de vous les faire dessiner, s'ils vous sont nécessaires.

Je m'amuse agréablement à lire la nouvelle hist. du Languedoc, dont je suis extrêmement satisfait; elle est travaillée avec soin et exactitude et fort bien escritte. Je vous prie de communiquer aux autheurs de cet ouvrage, vos confrères, l'observation cy jointe. Comme elle regarde vn point d'antiquité, vous ne serez peut estre pas fâché d'y jetter les yeux. J'ay l'honneur d'estre, [etc.]

THOMASSIN MAZAUGUES.*)

•) Suit un petit traité intitulé: ^Observation sur l'inscription de Narbonne qui est à la fin de la préface du p[remie]r volume de l'hist. du Languedoc*.

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Au Révérend Le Révérend Père Dom Bernard de Montfaucon, religieux Bénédictin

à Tabbaie de S< Germain des prés

à Paris.

Mon Révérend Père.

J'ose espérer que vous voudrez bien ne pas imputer à trop de liberté l'honneur que je me donne de vous escrire: je suis un de ces trois étrangers qui eurent l'honneur d'être admis chez vous quelque fois le mois de juin passé; mes deux compagnons de voyage désireroint fort vous pouvoir témoigner leur respect autrement que par le présent d'un [sic] estampe, et moy, qui ne vous suis pas toutafait si étranger qu'eux, car j'ay cela de commun avec vous que la Lucine Languedocienne a présidé à ma naissance, — je m'y sens doublement engagé. Pour cet effet, j'ay été à huit lieues d'icy chez My Lord Pembrock, où parmy ses antiques j'ay trouvé le Bostrophadon qui, selon mylord, est l'unique en son genre. J'en ay fait un dessein de la vraye grandeur, que j'auray l'honneur de vous envoyer par la première commodité; en attendant je vous en feray une description succincte.

Dans un marbre d'environ deux pieds et demy sur deux, on voit deux figures en bas reliefs, d'un goût médiocre; l'une représente Jupiter assis, ayant dans la main gauche un aigle, et un trépié devant luy; l'autre est un jeune homme nud, debout, lavant ses mains dans un espèce de bassin (ou plutôt de marmite sans anse), sur un trépied différent de l'autre; entre les

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