GAULTIER A LA TASTE
quarante ans que je suis doien de la cathédrale de Blois, et dans les différens emplois que j'ay eu [sic] dans le diocèse, je m'étois touiours obserué pour ne point faire parler de moy dans les nouvelles publiques. On n'a point uu mon nom dans la liste des appellans» on ne le uerra point dans les requêtes dont on parle; j'ay résisté aux instances qu'on m'a faites sur cela, et auiourd'uy vous me mettes, mon réuérend père, en spectacle dans une chose dont vous n'aués pas été bien informé. Il est uray, que le i$. nou. 1737. je vis la première fois la V Mercier, à l'hôpital dont je suis administrateur. Je ne luy dis pas vne parole, bien loin de l'entretenir; je ne fis point d'exclamation» ni ne marquay point d'étonnement; il ne m'arriva rien, en vn mot, de tout ce qu'on vous a fait insérer dans votre letre. Vous auriés pu vous en assurer, si vous m'auiés fait l'honneur de m'en écrire ou même vous adresser à monseigneur notre Éuéque, qui a été à Paris vne partie de l'esté et qui y est actuellement. Ceux qui composent le bureau, auec plusieurs autres personnes qui étoient présentes, auroient pu et peuvent encore vous certifier la vérité de ce q[ue] je vous écris. Et depuis le 15. nou. j'ay été huit mois sans voir ni entretenir la ve Mercier, et depuis quatorze mois je ne l'ay ueue et ne luy ay parlé que trois fois par différentes rencontres, et encore très brièuement. Je sens fort bien, mon réuérend père, que les mémoires qu'on vous a fournis sur cela, ne viennent pas d'une main amie, et que ceux qui en sont les auteurs cherchent à me faire de la peine; je leur pardonne de bon cœur. Si je pouuois retenir la langue et la main de ceux qui ont vne entière connoissance de cette affaire, il n'en seroit jamais ni parlé ni écrit; mais je le souhaite
l'abbé de MARSAN A LA TASTE 2O7
de tout mon cœur, plus que je ne l'espère. On ne me consultera pas sur l'article, et peutêtre m'attribuera-t-on des choses où je n'auray aucune part. Malgré ces plaintes que le chagrin m'arrache, je n'en conserueray pas moins de vénération pour vous; la nouuelle dignité où vous êtes appelle l'augmentera encore. Si je manque au style conuenable dans cette lettre, ie le fais par ignorance; vous aurés la bonté de m'excuser. J'ay l'honneur d'être, [etc.].
GAULTIER, doien de la cath^* de Blois.
A Blois, ce 20 janv. 1739.