‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 13 sur 197 · V. OBRECHT · texte numérisé non relu

V. OBRECHT

Au Révérend Père P. Mabillon à l'Abbaye de St. Germain

A Paris.

Johanni Mabillonio Edvardus Bernardus Salutem aeternam.

Spero equidem, praeclarissime Asceta, et valde confido, nullum posse silentium, absentiam nullam, nullas deniq[ue] vivendi vices etia[m] cu[m] superis, quam ex tuis erga me meritis concepi opinionem ac gratitudine[m] unqua[m] abolere: quin ob animum saepe restituam pietatis tuae speciem vultumque, quali me

apud idem S. Germani excepisti pridem, omnibus Aulicorum hominum blanditiis suaviori. Quanta autem ipse interea temporis edideris in lucem, omnis Officina Literaria dicit, omnis Theologus intelligit, sed et Antecessoru[m] collegia valdè gratulantur. Ego tamen nihil ex hoc Theatro, nihil quasi Flavii Judaei expressi. Sic est ingenii nostri pigrities, magisq[ue] illepida illa typorum nostroru[m]. Cœterum iuvabo te, bone Pater, in severo, si queam ex Mss. Curabis intérim apud juventutis Gallici oratores ac magistros Historicus ta[m] purae dictionis inter primos addiscatur; scis etia[m] materiem ordinemq[ue] operis, utraq[ue] divina. Cedat itaque Sulpitio nostro Annaeus Florus cu[m] imbelli et declamatoria sua facundia. Cedat eidem Tacitus, difficilior multo ac brevior quam indoles iuvenis ferat. Livius etia[m] tanto p[ro]lixior. Usu[m] verô suum habet Justinus post Severu[m] omniu[m] p[ro]ximu[m] Latinitatis historiarumq[ue] informandorum. Quin imo majoribus adhuc votis urgeo, (scio enim per monasteria cuncta Occidentis famam ire tua[m] reverentiafm]), ut opéra B. Hieronymi novis typis, ablatis mendarum aliquot millibus prodeant, idq[ue] cura professorum pietatis Bethleemiticae. Namque ex omnibus scriptoribus Ecclesiae unus ille presbyter rectè intellexit Biblia Hebraica, unus Traditiones Pharisaeorum. Januarius tuus, si vita[m] adhuc cis beatos trahat, tali operi iuvando egregiè posset Propter literaturam Graecanicafm] [sic] et illa[m] Orientis, ne adiiciam modo tua[m] gratia[m], valdè aveo videre Lutetiam. Plus enim habet veteris scientiae urbs una, quàm aliquot alia régna Europae omnibus suis provinciis locisq[ue] complectuntur. Saluto autem D. Germanum, charum tibi pectus mihiq[ue] ceu virtutufm] omniu[m] ac scientia[rum] bonaru[m] Bibliotheca[m].

sacra[m] veteremq[ue] accessit itinere illo Germanico? non me celabitis. Saluto etiafm] D. Acherium, quo viro venerabilius nihil in terris. Premo iam multa, Sancte pater, aliis literis scribenda, ni prius tacendo prohibueris à te id molestu[m] et interpellans. Quid autem est quod magis invidia[m] miser mortalis, aut sanè quod cupiam esse meum, quàm animi sollertia illa deq[ue] Ecclesia p[er] merendi studiu[m], quo tu viges, posteroru[m] saeculoru[m] ô certus honos, et, quod rarius, tui.

Vale.

Illustrissimu[m] Spanhemiu[m], Doctiss[imum] Huetiu[m] ac similem tui virum D. Baluziu[m], mali aevi bono immerito datu[m] addictumq[ue], p[er]amanter, quaeso, saluta meo nomine.

Oxoniae, vin. Kal. Martias.

Deniq[ue] super tuis sic scribes, p[er] Tabellariu[m] Publicu[m] hue mittendis:

For Mr. EDWARD BERNARD,

Astronomy Professor in

Oxon.

Pour le R. Père D. Luc D*Achery. *

Mon Révérend Père.

Je dois vne lettre à V. R". au commencement de cette année, et il y a peu de debte dont ie m'acquitte

*) Avant i68ç.

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avec plus d'obligation et plus de plaisir; je la dois par reconnoissance des faveurs que l'ay reçu de vous, et pour marque de la continuation de l'estime que ie fais de vostre vertu et de vostre mérite. La distance des lieux ne me fera jamais oublier les témoignages de tendresse et de bienveillance que vous m'avez donné [sic] durant le séjour que i'ay fait à Paris, et la longueur du temps ne servira qu'à en imprimer plus profondement le souvenir dans mon esprit et le juste ressentiment dans mon coeur.

11 y a environ vn mois que le R. P. Procureur me permit d'aller à Sublacq pour visiter la solitude queN[otre] B[ienheureux] P[atriarche] a sanctifiée par sa pénitence ; peut estre ne serez vous pas fâché que je vous fasse vne petite description de nostre voyage, et que je vous fasse part des remarques que j'ay fait [sic] dans les lieux, et des lieux mesmes où il a fallu passer. Vous avez vne dévotion si solide pour N. S. Patriarche, que je me persuade que vous ne pouvez tout à fait mépriser ce qui a quelque rapport à sa personne vénérable; et lidée, quelque foible qu'elle puisse estre, de ces lieux où ce grand s\ a jette les premiers fondements de son ordre, ne peut estre que très agréable à vn fidelle observateur de la Règle qui y a esté si longtemps et si fidellement observée. Je sçay que je ne puis presque rien dire de ces lieux que vous ne sachiez et que vous n ayez lu dans les ouvrages de ceux qui en ont fait la description d'une manière plus étendue et plus exacte; mon dessein est seulement de réunir ensemble quelques petites circonstances qu'vn historien obmettroit sans doute, mais qu'vn amy, si vous me permettez d'user de ce terme, peut, ce me semble, dire familièrement à son amy. Recevez donc, M. R. P., ce petit témoignage

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de mon respect, et soyez persuadé que je suis vostre

très humble et aflF. conf.

F. lEAN DURAND.

Sublacq, qu'on appelle en ce peïs icy Soubiaco et non pas Solago comme veut la Mère de Blémeur, est distant de Rome d'environ 40 milles, du costé du Royaume de Naple. En y allant, on passe ordinairement par Tivoly, ville de Testât ecclésiastique à la moitié du chemin; on y demeure le reste du jour, tant parceque la journée seroit trop longue, particulièrement à ceux qui vont à pieds, que parcequ'il y a quelque chose de remarquable dans cette ville.

le sortis de Rome dans l'octave de la Toussaint, en la compagnie d'un Révérend P. Chanoine Rey, compagnon du Procureur général de la cong. de S^* Généviefve, et d*un Gentilhomme François, qui avoient tous deux le mesme dessein que moy de faire ce s^ pèlerinage. Nous primes le chemin de Tivoly, et comme cette ville n'est éloignée de Rome qu'environ 18 à 20 milles, et que nous estions encore tous frais, nous y arrivâmes d'assez bonne heure. Deux milles avant que d'arriver à Tivoly, on trouve vn petit fleuve qui se fait sentir de loin; l'odeur en est puante comme celle de souffre, et la couleur est semblable au verd de mer; il coule avec beaucoup de rapidité et forme vne certaine écume semblable à du salpêtre. Ce fleuve rend stérile la terre par où il passe, et inhabitable par sa puanteur. On l'appelle Aqaa solfarata\ il prend sa source dans les Appennins, mais d'un lieu inconnu, et qui apparemment est voisin de quelque minière de soufre. De ce fleuve on traverse vne plaine assez désagréable, jusqu'au pied de la montagne où est scituée [sic] Tivoly. Cette ville est appellée Tybur par

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les anciens, elle est scituée sur le penchant d'une montagne qui borne la campagne de Rome de ce costé la. La Riuière D'Anio, qui se forme des Torrents qui coulent des montagnes voisines, se vient précipiter parmy les rochers qui sont au dessous de cette ville. Elle passe pour estre plus ancienne que Rome, et, si nous en croyons Tite Live et Strabon, Catillus, général de l'armée navale d'Évandre, la fit bâtir avant l'arrivée d'Énée dans l'Italie. Quoiqu'il en soit, elle est beaucoup plus considérable à présant par son antiquité que pour la magnificence de ses habitants. Virgile peut avoir eu raison de dire d'elle de son temps

Tela novant, AUna potens, Tyburque superbum; maintenant ce seroit luy faire injure que de l'appeller orgueilleuse, si ce n'est qu'on ait égard à sa scituation qui est fort élevée, et qui fait qu'on découvre vne veue assez agréable des maisons qui regardent sur la plaine et sur les coteaux des montagnes qui l'environnent.

Estant arrivez, nous nous reposâmes vn peu, et puis nous allâmes saluer le s^ sacrement dans le Dôme ; c'est ainsy qu'on appelle les Églises cathédrales en Italie. Ce dôme n'est ny beau ny ancien. Nous vismes plusieurs autres églises, mais nous n'y remarquâmes rien qui mérite de vous estre rapporte. Nous allâmes ensuitte voir la vigne d'Esté, où les Princes de cette maison n'ont rien épargné pour la rendre magnifique et achevée, et véritablement on peut admirer dans cette maison, digne de la grandeur des plus grands Roys, la nature surmontée par l'art, les fonteines, les canaux ou plutost les rivières entières par des conduits souterrains occuper la place des sablons stériles et des terres altérées. Elle est bâtie sur le haut de la n. 4

montagne, du costé de Rome; son extérieur n'a rien de surprenant pour les édifices, et on auroit de la peine à s'imaginer en la voyant, qu'il y eut tant de si belles choses cachés sous de si petites apparences. L'entrée en est presque semblable à celle d'un maison religieuse; elle est jointe à vne Églize qui est bâtie comme les anciennes basiliques de Rome et qui conserve encore quelque reste d'antiquité, ce qui pouroit faire croire qu'elle n'auroit pas toujours esté de service par des cordeliers comme elle est à présant; quelqu'vn pouroit peut estre penser que s'auroit [sic] esté autrefois vne Abbaye dont les revenus et l'agréable scituation auroit occasionné ce triste changement, qui n'est que trop ordinaire dans ce peïs cy. La i". cour conserve encore plusieurs marques d'un ancien cloistre qu'on a accommodé aux vsages de ce Palais. 11 y a du logement assez pour loger trois princes ensemble ; toutes les sales et les chambres des premiers appartements sont peintes à fresque de la main de Raphaël d'Urbin; il y a peu de plus belles peintures dans les plus magnifiques palais de Rome. La beauté charmante de la veue ne se peut assez exprimer; les vignobles qui sont élevez en forme de treille en ce peïs là, s'élèvent sur les coteaux qui environnent cette montagne jusqu'à la première terrasse, et forment ensemble comme vne espèce d'amphitéâtre à différents étages, qu'on découvre des fenestres et des balcons, et qui font vne veue très agréable. Quand l'air est serain, on voit Rome comme en perspective, quoy qu'elle en soit éloignée de près de 20 milles. Mais le plus beau de cette maison sont les jardins; ils sont scituez sur la pente de la montagne et coupez par degrez en quatre terrasses où il y a quatre cascates, plusieurs grotes et vne infinité

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d'ouvrages d'eau. On a coupé le roc de la montagne, pour tirer de l'eau de la rivière d'Anio qui est derrière les palais, de sorte que le jardinier n'a qu'à tourner vn robinet pour en tirer de l'eau autant qu'il luy en faut pour remplir les fonteines, les cascades, les grotes, les girandoles et les autres ouvrages d'eau, qui sont peut estre les plus beaux de l'Italie. On y voit encore l'ancienne Rome en perspective, avec les plus illustres monuments, et plusieurs autres belles choses que j'obmets de peur de vous ennuyer.

Après avoir considéré toutes ces curiosités, nous sortîmes du jardin et traversâmes la ville pour aller à la grande cascate. Elle est formée de la rivière d'Anio qui tombe tout d'un coup et se précipite dans les rochers avec vn bruit et vne rapidité extrême; elle se renferme, en tombant, entre deux rochers, assez proches lun de l'autre, et court ensuitte quelque espace avec vn murmure sourd et confus, comme si elle estoit en colère de se voir renfermée dans vn si petit espace. Comme la cheute de cet [sic] eau, qui est ce qu'on apelle icy cascate ou cascade, fait vn bruit très grand et très incommode, les habitans du peïs y trouvent aussy leur commodité: ils ont bâty des forges d'airain tout proche de cette cascate, et l'agitation de l'air que cette eau cause en tombant leur sert de soufflet pour allumer et pour entretenir leur feu, mais de peur que l'agitation de l'air trop violente et trop continue n'étouffât leur feu au lieu de le conserver, ils ont fait vne muraille entre la cascate et les fourneaux, où ils ont laissé des ouvertures qui s'ouvrent et se ferment à mesure qu'ils ont besoin de vent. Au dessous du rocher où l'eau de cette rivière se va engouffrer, sont les restes du Temple de la Sybille Tyburtine, ainsy

nommée du nom de cette ville où elle avoit pris naissance et où elle avoit fait sa demeure; on voit que ce temple estoit bâty en forme de rotonde, et l'on peut connoistre quelle estoit sa beauté, par quelques piliers de marbre et quelques corniches très bien travailliés qui en restent encore. Nous nous retirâmes ensuite dans rhostellerie, où la pluie et le vilain temps nous renferma la reste de la journée.

Le landemain, après la messe, nous nous disposâmes à continuer nostre voyage. De. Tivoli il y a deux chemins qui conduisent à Sublacq: IVn qui est moins rude, mais qui est plus long et qui passe par Vicovarre, où l'on voit encore quelque reste du Monastère dont N. B. Père prit la conduite en sortant de sa solitude et qu'il abandonna ensuite à cause de l'incorrigibilité des moines qui l'habitoient; l'autre qui traverse les montagnes et qui est beaucoup plus fâcheux, mais qui abrège le chemin de près de 5 milles. Nous fîmes choix de celuy ci comme du plus commode pour des piétons.

Dieu qui nous vouloit faire éprouver vne petite partie de la peine que N. B. P. avoit souffert en traversant ces affreuses montagnes, permit que la pluie nous accompagna presque toujours. Après avoir marché au travers de ces Appennins, l'espace de 8 à 9 heures, avec assez de fatigues, nous aperçûmes vn village sur le pénétrant d'une de ces montagnes, d'où la faim nous fit approcher. Nous apprîmes de quelques pauures villageois que nous rencontrânies sur le chemin, que cette terre s'appelloit Girande, et qu'elle dépendoit de Sublacq. Nous y arrivâmes enfin après avoir longtemps escaladé la montagne par plusieurs détours. L'entrée en est si cachée, que ceux qui n'y sont pas accoutumez

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feraient le tour du village sans le trouver. En y entrant, je fus surpris de voir la disposition des rues et des maisons: les rues sont faites en forme d'escaliers taillez dans le roc d'une manière très grossière et très malpolie. Les maisons, dont les murailles sont pour l'ordinaire entées sur le roc, se dérobent mutuellement le peu de jour et de clarté que leur laissent le sommet des montagnes qui l'environnent, et qui sont beaucoup plus élevées que ce village. Les hommes qui l'habitent sont plutost des squelets et des ombres que de véritables hommes; leurs visages hâles, secs et basanez sont les témoins des misères qu'ils endurent. J'avoue que, voyant des gens si misérables, je crus estre dans les montagnes de l'Arabie la plus déserte, et ie ne pouvois pas m'imaginer qu'à vne seule journée de Rome on pust trouver des marques si sensibles d'une misère extrême. Nous demandâmes où estoit l'hottelerie, car selon la coutume des petites villes d'Italie il n'y a jamais q'une hostelerie, qui est ordinsirement très sale et très mal garnie de tout ce qu'ont besoin des voyageurs; celle de Girande l'est au delà de ce qu'on peut s'imaginer. le dirois qu'on y entre par la fenestre, si y estant entré ie n'y avois remarqué vn trou par où l'on tire le jour et qui est différent de la porte. 11 n'y a ny lit ny cheminée. Nous fûmes obligez de faire allumer du feu au milieu de la place, et pour comble de misère on ne trouva point d'autre pain pour nous donner qu'vn pain fait de bled de Turquie, qui est pesant comme du plomb et qui est si insipide, que ie ne pus en avaler vn morceau que ie mis dans la bouche, quoyque j'eusse bon appétit. Toute fois ces pauvres gens se nourissent de ce pain et de quelques herbages qui croissent sur

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ces montagnes. En vérité, M. R. Père, N. S. Patriarche ne cherchoit pas des lieux délicieux pour sa retraitte, et il estoit bien éloigné de la conduite de ceux qui cherchent les lieux où rien ne manque pour faire une pénitence commode.

Nous nous reposâmes quelque temps dans ce lieu, et puis nous continuâmes nostre voyage, et nous arrivâmes enfin sur les 24 heures à Sublacq, où nous demeurâmes pour coucher, à cause que la nuit estoit proche et qu'il y a encore environ vn mille de chemin très rude jusqu'au Monastère de S^*. Scholastique, où il y a communauté de nos Pères. Le landemain, la pluye qui avoit presque toujours continué estant vn peu cessée, nous nous mismes en chemin pour aller à la s*«. grote faire nos dévotions. Neus entrâmes premièrement dans le Monastère de S^*. Scholastique, pour saluer le R. P. Abbé et pour luy en demander la permission. On me conduisit à son appartement, où Ton entre par le dortoir de la communauté; il vint me recevoir à la porte d'une manière fort honneste et fort obligeante. Après les premières civilitez, ie luy témoignay le désir que j'avois de dire la s^'. messe au lieu que N. S. P. avoit sanctifié par sa pénitence; il prit la peine de me conduire luy mesme jusqu'à la porte qui mène à l'hermitage, et me pria ensuitte de retourner pour disner. Il y a environ vn demy mille depuis le monastère de S*«. Schoastique jusqu'au Monastère de S^ Benoist où est la s^*. grote, et la chemin n'a pu encore estre applany par la longueur du temps, nypar le fréquent passage de ceux qui visitent ce sK lieu. Au sortir du monastère de S^*. Scholastique, on trouve vne petite chapelle qu'on a bâtie au lieu où S^ Romain trouva S^ Benoist lorsqu'il cherchoit vn lieu propre

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pour son dessein. On voit à la porte de cette chapelle vn reste de colonne de pierre canelée, d'environ 5 pieds de hauteur, fort vsée et ancienne, où l'on dit que S^ Benoist attacha les habits qu'il avoit aporté du monde, lorsque S* Romain l'eut revestu de l'habit monastique; mais il n'y a guère d'apparence qu'il se soit trouvé dans ce temps là vne colomne si apropos dansvn lieu qui est presque encore inaccessible, quoyqu'il soit habité depuis tant de siècles, où S< Benoist pust ériger le trophée de la victoire qu'il venoit de remporter sur ses ennemis. le croirois plutost qu'on auroit mis dans ce lieu cette colomne, dans la suitte des temps, pour mémoire de cette action si glorieuse à son autheur et si vtile à toute l'Églize, et que le vulgaire, comme il arrive souvent, auroit pris pour monument du zèle de S^ Benoist ce qui n'est qu'vn témoignage de la piété de ses enfans. De cette chapelle on marche par vn chemin fort rude jusqu'à vne porte distante de celle du monastère de deux ou trois cents pas. Il y a défense aux femmes, sous peine d'excommunication, d'entrer par cette porte, mais afin qu'elles ne soient pas entièrement privées de la consolation de pouvoir visiter ce s* lieu, il y a vn autre chemin par où elles y peuvent aller. De cette porte jusqu'à l'entrée du Monastère il y a une allée d'orangers et d'oliviers fort agréable; tout le coteau de la montagne jusqu'en bas est planté de la mesme manière et forme vn ombrage fort divertissant.

Nous attendismes assez long temps à la porte après y avoir frappé, et nous eûmes le loisir de considérer cette affreuse solitude avant qu'on vint nous l'ouvrir. Cette montagne qui semble estre le centre de toutes celles de l'Appennin, estant presque également

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éloignée de terre plaine, se partage en deux dès le pied, et n'y laisse quVn espace assez médiocre à la rivière d'Anio qui y court plutost comme vn fleuve; elle s'élève ensuitte également des deux cotez à la hauteur d'environ deux milles. Il ne faut pas s'imaginer,, que les montagnes soient comme nos collines de France qui conservent toujours leur verdure et la gayeté du printemps, et qui ne s'élèvent dans les plaines que pour en diversifier la beauté. L'horreur de celles cy surprend également l'habitant et l'étranger; ces précipices passent l'imagination mesme, et quand j'y fais encore réflexion, il faut que ie contienne mon admiration dans quelque sorte de bornes, émeue et excitée qu'elle est encore par des objets si affreux: j'oublirois le lieu et la personne à qui ie parle, et ie passerois à des figures trop hardies. On diroit que le feu du ciel auroit frappé le sommet de ces montagnes, tant ils paroissent noirs et stériles; le peu d'embelissement qu'on y a pu ad jouter par le travail et vne longue suitte d'années, n'est que dans vn petit espace, et assurément elles estoient dénuées de cet agréement au temps que S^ Benoist y chosit [sic] sa demeure. Ceux qui ont veu la solitude de la S^^ Baume, où la Magdelaine fit sa pénitence, disent qu'elle n'est aucunement comparable à celle de S^ Benoist. Ce grand S\ qui cherchoit à se mortifier en tout, choisit le costé de la montagne le moins exposé aux rayons du soleil, afin aussy de donner moins d'incommodité au s* qui luy fournissoit son petit ordinaire, qui demeuroit dans vn monastère bâty sur le haut de cette montagne, et non pas dans vne plaine, comme dit La M[ère] d[e] B[lémur]. Pendant que nous considérions avec étonnement ces lieux qui avoient paru mille fois plus charmants à

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N. S. P. que tous les plus magnifiques palais de Rome» on nous vint ouurir la porte. L'entrée de ce Monastère n'a rien de la grandeur ny de la magnificence de ceux d'Italie, mais en récompense elle respire vn air de pénitence et de dévotion si tendre, qu'il est difficile d'y entrer sans en estre touché. Quoy que ce Monastère soit assez grand, il n'y a toutefois qu'vn seul R'ix, qui est ordinairement vn vieillard consommé dans la vertu et dans la pratique de la règle. Celuy qui y demeuroit pour lors, estoit tel: il nous receut avec beaucoup de charité et nous donna fort obligemment ce qui estoit nécessaire pour dire la S*« messe. Je fus bien aise de la dire sur l'autel qui est dans la s*« Grote; c'estoit le jour de la dédicace de S^ Sauveur, et lorsque ie commençay l'introïte Terribilis est locus iste, etc., j'avoue que je fus saisy de cette s^« horreur dont parle S* Aug. dans ses confessions: horror honoris et tremor amoris, et ie remerciay Dieu de la grâce qu'il me faisoit de pouvoir offrir le sacrifice de nostre rédemption dans le mesme lieu où S^ Benoist avoit offert si souvent celuy de ses larmes.

Après la s^^ messe et que nous eûmes satisfait à nos dévotions, ce bon R'ix nous vint joindre pour nous faire voir le monastère et nous faire remarquer les lieux que S* Benoist a sanctifié [sic] d'une manière plus particulière, le commenceray par la scituation et lestendue de ce Mnre, et puis ie diray son mot de chaque chose en particulier. Ce Mnre est bâty d'une manière plus admirable que magnifique, quoyqu'il soit fort solide; il est scitué sur le flanc de la montagne également éloigné du sommet et du pied; comme cette montagne est fort en droite ligne, on diroit qu'il seroit cosé [sic] sur le costeau. On voit, au dessous, des précipices

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qui font horreur; et audessus, le rocher s'avance comme pour luy servir de dôme. Ce qui est de surprenant, c'est que cette roche est d'une grosseur prodigieuse; cependant on ne voit point par où elle tient au reste de la montagne, et si elle venoit à se détacher, elle écraseroit le monastère. Les lieux réguliers ne sont pas magnifiques, mais ils sont assez commodes et d'une grandeur fort raisonnable. L'église est fort dévote et paroist ancienne; il n'y a point de nef: on entre d'abord dans le choeur; il est assez grand pour tenir tous les R'ix de S^' Scholastique qui viennent y faire l'office vne fois la semaine. Au costé droit du grand autel, on descend environ 7 à 8 marches dans vn espace assez grand, où il y a comme vn tour de chapelles où la dévotion trouve beaucoup plus de quoy se satisfaire que la curiosité. C'est là que les séculiers et les femmes peuvent venir entendre la messe. De cet espace, passant dessous le grand autel, on descend vn escalier de 15 à 20 marches qui conduit à la s" Grote. On l'a laissée dans son estât naturel, sans beaucoup d'ornement; il y a vn autel où l'on dit la messe, et derrière l'autel, au fond de la grote, il y a vne figure de marbre blanc qui représente S^ Benoist en oraison, qui est fort dévote. Vostre Piété et mes propres sentiments ne me permettent pas de passer aussi légèrement sur un lieu si souvent arrousé des larmes de ce s^ pénitent, sanctifié par son application à la prière, par ses jeûnes, par ses austéritez. Cette grote est sur le milieu de la montagne; elle n'a pour toit et pour plancher que le rocher, qui se courbe par le haut en forme de voûte, mais d'une manière si irrégulière qu'elle laisse vn libre passage au soleil, à la pluie, aux vents et aux autres injures de l'air. Le

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lieu où il prenoit son repos est vn peu plus enfoncé, et le rocher se courbe tellement dans cet endroit qu'on ne sauroit mesme y demeurer à genoux, et il a plutost la forme d'un tombeau que la figure de la demeure d'un homme vivant. Avant qu'on eust bâty le mon"^*, il n'y avoit proche de là aucun arbre ny aucune source d'eau, qui sont les consolations les plus innocentes et les plus ordinaires des plus fervents anachorètes. Tel estoit le lieu que Dieu avoit destiné à S^ Benoist, afin de l'y exercer par la pénitence et de l'y remplir de l'esprit de tous les justes. 11 ne voyoit rien, en sortant de sa grote, qui ne fust capable de choquer son imagination, et il n'avoit rien audedans qui pust luy donner la moindre consolation sensible, et l'on pouroit dire de luy, quoyque dans vn sens différent, ce que S* Aug. dit sur les pseaumes: non est quo exeat quia dura sunt, non est quo intret quia mala sunt.

le descendis ensuitte dans le lieu où S^ Benoist se roula sur les épines; il y a à présantvn petit jardin planté de rosiers que l'on tient par tradition avoir este entés sur les épines de la main de S* François d'Assize Il faisoit vn si grand orage de pluye, que je ne pus entrer dans ce jardin que pour cueillir quelques feuilles de ces rosiers, qui demeurent verds en tout temps. De là nous remontâmes au Mnre pour voir la reste des lieux réguliers. Le dortoir est extrêmement obscur, il n'y a de jour dans les cellules que ce qu'on en peut tirer par la porte et par vne petite fenestre qui donne sur l'allée du dortoir, comme il y en a au dortoir de S* Denys. Nous passâmes par la sacristie qui est fort propre, nous y vîmes le trésor, où il y a beaucoup de richesses. J'y remarquay, entre autres curiositez, la cloche dont S^ Romain se servoit pour avertir

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S* Benoist lorsqu'il luy apportoit quelques morceaux de pain, et que le démon cassa d'un coup de pierre. Il n'y a point de cloistre qu'vn petit coridor qui conduit de la porte à TÉglize et qui communique encore à quelques officines. Ce monastère, où il n'y a maintenant qu'vn seul R'ix, estoit occupé autrefois par vn grand nombre de serviteurs de Dieu; il y a encore à présant vn revenu très considérable, et l'on me dit que le Cardinal Carlo Barberin, qui en est Abbé commendataire, en tiroit 7 à 8 mille escus, sans se mettre en peine d'y entretenir communauté ny d'y faire le moindre accommodement. Les Princes de la maison des Colomnes ont possédé cette Abbaye et celle de S" Scholastique près de deux cents ans, et il y a environ 55 ans qu'elle est des Barberins. Ces Mssrs regardent le bien de l'église comme leur patrimoine: après que quelqu'vn a possédé longtemps vne Abbaye et qu'il commence à venir sur l'aage, il la résigne à quelqvn de ses parents et entretient les fruits durant sa vie; c'est ainsy qu'en a vsé le Cardinal Franc. Barberin qu'on enterra hier, qui a jouy, pendant 57 ans qu'il a esté Cardinal, de près de six vingt mille escus de biens d'églize, qui avoit des pensions sur les plus petis bénéfices et éveschez d'Italie, et qui les a tous résignez, à la réserve d'un de ses Abbayes et de l'office de Chancelier qu'il n'a pu résigner; c'est ainsy que ces princes de l'Eglize perpétuent autant qu'ils peuvent les biens de l'Eglize dans leurs maisons. Mais ce qui est horrible, c'est que souvent d'une Abbaye de seize mille écus de revenus il en prendront quinze sans se mettre en peine d'y entretenir communauté réglée ny de réparer les maisons qui tombent en ruine, et de sanctuaires de piété deviennent des déserts inhabités.

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L'Abbaye de S* Benoist de Sublacq est de ce nombre: l'Abbé commendataire ne laisse rien aux Rlx qui y devroient chanter jour et nuit les louanges de Dieu; et fondé sur ce principe dont il n'est pas permis de douter en ce peïs icy, que c'est que le Pape est le maistre absolu des biens de TÉglize, il croit estre en assurance lorsqu'il a la nomination du S. P. et croit en pouvoir disposer comme de son patrimoine, sans mesme donner à ceux aux quels il appartient de droit ce qu'ils n'ozeroient refuser à des valets; et le bon Rlx qui demeure seul dans cette abbaye nous asseura, que toutes les libéralités du Cardinal maintenant Abbé consistoient dans vn petit porte -bougie d'argent, que ses officiers laissèrent dans la sacristie, sans y penser, vn jour qu'il y avoit dit la messe.

Vous, M. R. Père, à qui tous les siècles sont présents comme le nostre et qui voyez avec douleur les vicissitudes humaines s'étendre à tout ce qui devroit y avoir de plus immuable parmy les hommes, jusqu'à la religion, jusqu'aux autels, remontez à 8 ou 9 cents ans dans nos histoires, plus loin encore. le ne sçay si vous y trouverez des exemples plus funestes de la cupidité. Les barbares ont pu détruire les temples, ruiner lesMnres et massacrer les Rlx; fnais outre qu'ils l'ont fait en haine de la religion, ils ont au moins laissé, après s'estre retirés, les moyens de réparer ces pertes. Mais que des gens qui non seulement font profession de la conserver, mais qui veulent encore passer pour en estre les Colomnes, réduisent à vn estât si triste et si honteux, des lieux que la saincteté devroit leur rendre vénérables, c'est ce que je ne puis voir sans indignation ny exprimer sans emportement.

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Nous retournâmes ensuitte au Mnre de S** Scholastique, la pluie estant vn peu cessée. En y descendant, nous remarquâmes, sur le penchant de Tautre montagne opposée, q[uel]ques restes de bâtiments qu'on dit estre le lieu où estoit la maison du prestre Florent, dont les persécutions et les violences obligèrent N. S. P. de quitter Sublac pour aller au Mont Cassin, et de qui il tira cette double gloire, et de faire hautement réparer l'injure par la justice de Dieu et de l'oublier. Comme la communauté estoit encore au réfectoir quand nous arrivâmes, nous eûmes le temps de considérer le monastère à loisir. Sa scituation n'est pas si gehennée que celle de S* Benoist: comme la montagne n'est si élevée, on a trouvé vne place vnie et assez commode pour bâtir vn monastère de juste grandeur. L'églize n'est pas belle; elle est néanmoins assez grande et assez commode. Le cloistre seroit beau, s'il estoit entier, et si on n'en avoit pas enfermé deux cotez pour les officines; les dortoirs sont beaux et grands. La veue est bornée d'un costé par la grande montagne qui en est proche, mais de l'autre costé, où est l'appartement de l'Abbé régulier (car les commendataires de ce peïs icy se contentent du revenu et laissent le titre aux Rlx), la veue s'estend jusque sur le village de Sublacq et sur les coteaux des montagnes et qui est assez divertissant. Il y a deux réfectoirs; le grand où la communauté mange les jours d'abstinence, est beau, le petit où ils mangent de la viande les jours de récréation, est fort mal bâty. Pendant que nous faisions la visite des lieux réguliers, on sortit du réfectoir; nous nous retirâmes au cloistre, où le Père Abbé nous y vint accueillir avec quelques Rlx, il nous conduisit jusqu'à la porte de la chambre des hostes, et puis nous

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laissa avec ce Rlx. Nous y trouvâmes du feu allumé. Après nous estre vn peu seiche [sic], on nous conduisit au réfectoir de récréation, où la communauté avoit disné ce jour là. D'abord on me servit vne Menestre de viande à l'Italienne avec quelques hachis de poulets ou autre chose. Je les priay de m'excuser, et leur dis que je ne mangois [sic] point de viande; ils firent semblant d'en estre surpris, et après m'avoir entretenu assez longtemps on me servit dans vn petit tegame deux oeufs cuits dans l'huile, qui firent tout mon disner. Après ce léger repas j'eus vn assez long entretien avec vn Rlx de S^ Vennes, qui tasche de se stabilier dans ce monastère et qui avoit souhaité me parler. Ensuitte nous allâmes prendre congé du R. P. Abbé, qui me dit que ie pouvois demeurer si ie voulois. le m'en excusay sur l'engagement que i'avois de suivre ma compagnie qui retournoit à Sublacq, pour pouvoir partir le landemain plus commodément. En descendant la montagne, nous vîmes vne chapelle bâtie au raesme lieu où estoit le lac où S* Placide tomba dans leau et d'où S* Maur le retira miraculeusement. Si S* Grég. le grand, Pline et d'autres auteurs ne nous asseuroient qu'il y a eu autrefois vn lac dans ce lieu, on ne pouroit pas se l'imaginer en considérant les choses en Testât où elles sont. Cette chapelle est sur le penchant de la montagne, élevée à près d'un mille au dessus de la rivière d'Anio qu'on dit avoir formé ce lac. Quelques auteurs disent, que cette rivière estoit élevée à cette hauteur par des aquéducts qui portoient cette eau jusque dans Rome, qui en est éloignée de 40 milles, et qu'on avoit occupé près de trante milles personnes pendant onze années pour faire ces aquéducts, qui furent enfin achevez sous l'emp.

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Claude, l'an de I. C. ;i. Ils ont duré entiers jusqu'au Pontificat du Pape Vigile, environ l'an 539, que Vietiges, Roy des Gots, ruina tous les aquéducts qui portoient les eaux dans Rome. Ils furent restablis «nsuitte par le Pape Adrien I, l'an 780. Ils se conservèrent jusqu'en environ l'an 1305, qu'ils furent entièrement ruinez par vn grand débordement d'eau; ainsy l'eau de cette rivière reprit son cours naturel. On ne voit dans ce lieu aucun vestige de ces aquéducts, <juoyqu'on en trouve encore plusieurs restes entre Tivoly et Sublacq. Nous y retournâmes coucher. Le landemain nous primes des chevaux, à cause du vilain temps. Nous prîmes le chemin de Rome par Palestrine, <jui est l'ancien Preneste et l'un des six Éveschez suffragants de Rome. Le Cardinal Cibo en estoit Titulaire; peut estre qu'il changera après la mort du Card. F. Barberin. Le chemin de Sublacq à Palestrine est incomparablement plus rude que celuy de Tivoly: ce ne sont que montagnes très hautes et très fâcheuses, <iu'il faut perpétuellement monter et descendre. Quoyqu'il n'y ait que 4 ou 5 lieue [sic] de France, nous y passâmes toute la journée sans nous arrester que l'espace d'un quart d'heure pour prendre vn doit de vin. Nous arrivâmes à Palestrine sur la fin du jour. Cette ville est encore scituée sur le penchant d'une montagne à la veue de Rome. Le Palais du Prince, qui est de la maison des Barberins, est assez beau; mais la ville ne vaut pas le village de Gonnesse. Nous y passâmes la nuit presque entière sans ozer nous coucher, tant leurs iits sont malpropres. Le landemain, jour de S* Martin, nous partîmes après la s^' messe; nous renvoyâmes nos •chevaux et reprîmes le chemin de Rome. Le vent, la

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pluie et le tonnaire nous firent bonne compagnie, et comme la campagne est toute nue, nous avions besoin de nous seicher quand nous fûmes arrivez.

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Mon Révérend Père:

Nous pensions déjà tenir V. R. co[mm]e par la robbe, quand elle vint jusques à S^ Evroul, et que n[ot]re R. p. Visiteur la prioit de venir à Seez, mais n[ot]re espérance fut trompée. Il est vrai qu'il n'y a pas tant de si bons Mss. ni un chartrier si curieux, mais nous aurions tâché de faire de n[ot]re mieux, et peutêtre aurions nous trouvé de quoi paier son voiage. J'ai fait un catalogue des Mss. aussi bien qu'à S^ Evroul, et elle auroit vu tout d'un coup ce qu'il y auroit eu de propre pour son dessein. Elle peut avoir remarqué bien des choses pour ses Actes dans l'Inventaire de S* Evroul, si néanmoins nos confrères le lui ont fait voir, car quand le R. p. visiteur leur demanda ce qu'ils avoient de S* Jérôme, il me dist qu'ils s'étoint mis quattre ou cinq à feuilleter les Mss., et reconnut, par le brouillard que j'ai gardé d'un Inventaire, qu'ils en avoient omis la plus part, et s'étonna qu'ils n'eussent pas eu recours à l'Index que j'y ai mis, qu'il trouva fort commode. J'ai eu dessein plusieurs fois

*) De la fin de 1684 ou du commencement de i68ç. n. ç

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d'en faire un extrait pour faire connoître à v. R. ce qui seroit le plus propre pour ses ouvrages; mais, les affaires se succédant les unes aux autres, je ne Tai point fait et ne le ferai point, à moins que v. R. ne me le voulût ordonner, parcequ'elle a vu les choses par elle même. J'ai mis ici un mémoire de ceux de Seez qui peuvent servir.

Reste maintenant à lui faire quelques questions, 1° sçavoir si l'on travaille à la nouvelle Édition de S* Bernard, si nous aurons bientôt quelque tome de S^ Augustin, et enfin si le voiage d'Italie est rompu tout à fait. Je la supplie aussi de me dire en ami ce qu'elle pense des tablettes chronologiques de M^ Marcel, que j'ai vues par le moien du p. Muguet, et si l'on y doit faire fond co[mm]e sur quelque chose de bien exact. Le dessein en est commode: mais au lieu d'en faire deux, en augmentant le corps de la grande d'un feuillet par siècle, il auroit pu mettre les papes et les Patriarches co[mm]e ils sont et ensuite les Empereurs et les Rois, pour joindre ensemble ceux qui ont tenu le gouvernem[en]t dans l'église et dans l'État: 2. les Conciles co[mm]e ils sont, j. les auteurs ecclésiastiques, 4. au dessous les Hérétiques. Cela lui auroit donné lieu de s'étendre même plus où il seroit nécessaire. La table alphabétique augmenteroit de peu.

J'y ai fait quelques remarques tant pour le bien que pour le mal. Je ne sçaurois en passer une peu supportable en un ho[mm]e de lecture, qui est d'avoir mis la mort de S* Cyprien en 258 et d'avoir reculé celle de Sixte 2 à 261, vu qu'il est constant par S* Cyprien même que S^ Sixte avoit déjà été martyrisé le 6. d'août à Rome avant qu'en partissent ceux qui rapportèrent aud[it] S* Cyprien, qu'il étoit vrai qu'il y avoit des

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commissions expédiées pour le faire aussi mourrir» co[mm]e Ton fit en effet au mois de septembre ensuivant Le P. Labbe ne s'y est pas trompé.

On vient de me donner v[ot]re 5. siècle, à Touverture du quel j'ai trouvé la Translation de S* Evroul. V. R. y a omis l'os de l'épaule et celui du doigt, qui sont attestez suffisemment par Gall[\a] cAr/j/[iana] et par la Chronique mss.; pour le chef, nous n'avons que le front, avec un morceau de la mâchoire d'enhaut, et ceux de Montfort n'ont que [le] haut du crâne qui est beaucoup moindre que la n[ôt]re (je l'exprimois par ce qui est rasé sur la teste du Chanfoine] régulier); ainsi il reste encore le derrière de la teste, les deux temples et les mâchoires presque entières. Je ne trouve rien à redire que v. R n'ait pas inséré les mémoires que je lui avois addressez pour justifier led[it] chef; ce qu'elle dit ne fait point de tort à n[ot]re possession, c'est assez. Montfort n'est éloigné que d'une bonne lieue, ou lieue et demie, de S^ Evroul.

Pour les Cérémonies dont elle parle n. 17., elle a été mal informée.

Pour les p[er]sonnes aliénées du sens, on leur dit la messe pendant neuf jours, à la fin de laquelle on leur pose le bras de S* Evroul sur la teste par dessus rÉtole, et on lit sur eux l'Évangile, un verset et oraison de S* Evroul. Le 9* jour on fait la bénédiction de l'eau dans lëglise, car ils ne se baignent jamais dans la fontaine. L'eau se prend au bié ou réservoir du moulin qui est dans la cour, où se décharge l'eau de lad[ite] fontaine. Il y a sept prêtres revêtus d'aubes, detoles et manipules, qui récitent ensemble toutes les prières, qui sont fort longues. Il y a diacre et soudiacre, et avant de commencer la bénédiction on tinte

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la grosse cloche, et la bénédiction faite on dit la dernière messe co[mni]e dessus, et l'aprèsdiné on les baigne dans lad[ite] eau dont on les fait boire, étant assistez chacun des p[er]sonnes de son sexe. L'on transporte souvent de lad[ite] eau bénite pour boire à des personnes, dont plus[ieu[rs se sont trouvez soulagez. La même chose se pratique dans les grandes mortalitez de bestiaux, auxquels on en fait boire seulement.

Pour la procession avec les Reliques, on la fait par le cloître seulem[en]t pour obtenir du temps sec; et lorsque j'y étois, l'eau qui étoit preste à tomber quand on sortit dans le cloître, ne tomba point, et en moins d'un quart d'heure le temps devint très serein et dura trois semaines sans pluvoir, quoique le vent y fût disposé. Il n'assiste ord[inaireme]nt que le curé du bourg à cette sorte de procession.

La grande procession, où l'on a vu assister 90 et 100 parroisses de huit lieues à la ronde, se fait pour obtenir de la pluie dans les grandes sécheresses. Etant arrivée à la Chappelle, qui est à une lieue dans la forest, on pose les Reliques sur une forme d'autel qui est proche de la fontaine, on chante un Répons dans la Chappelle avec une oraison, et ensuite on descend à la fontaine qui est 30 pas au dessous, où tous étant à genou on commence des lytanies en vers avec une antienne, et à un certain vers, qu'on répète trois fois, à chaque fois l'officiant trempe à nud l'os du bras seulement dans la fontaine. L'effet s'ensuit presque sans y manquer, et l'on a vu très souvent le temps se changer tout d'un coup et la pluie tomber en abondance avant qu'on trempa la Relique pour la j* fois; et en ce cas le Cérémonial local ordonne de quitter les lytanies et de chanter Te Deum laudamus.

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Willermus Meruiensis, ou de Meruia, qui est cité par Ordri pour la transla(ti]on de S^ Josse au prieuré de Parnes ou Pernes, dépendant de S* Evroul, étoit de la famille des seig**^ du Mesleraut, qui est un bourg entre S^ Evroul et Seez. Jai lu dans le Chartrier plus[ieu)rs dona[ti]ons de ses parens, qui mettent pater frûkr, avunculus, V V, monachi, qui sont depuis 1070 jusques à 1 109. L'ancien catalogue de la bibliothèque» écrit vers l'an 11 40, contient Homeliœ Wlmi de Meruia, et en effet il leur reste un mss. intitulé HomeUœ totius anni, dont le caractère et l'écriture convient avec ce temps là; où il y a un prologue, à la fin duquel il donne grands éloges à son abbé, à l'examen duquel i\ les soumet, qui conviennent fort bien à l'abbé Mainier, dont il est parlé dans la transla[ti]on de S^ Evroul. Ses sermons sont environ du stile de ceux de S* Bernard, excepté qu'il ne cite pas tant l'écriture, et, selon le sentiment de plusieurs à qui je les a fait voir, ils sont aussi forts et aussi remplis de piété que ceux de S^ Bernard.

Voilà qu'un de nos confrères me fait souvenir, qu'il auroit été bon de mettre à la fin de la transla- [ti]on de S* Evroul un petit recueil des principales guérisons. La Dame de Blémur en a mis plus[ieu]rs au mois de décembre en sa vie. II y en a encore de manifestes et incontestables depuis cinq ans. Vers le mois de Mai 1681, une pauvre fille, s'étant échappée de ses parens par un excez de folie, vint par hazard à S* Evroul, où elle fit toutes les extravagances imaginables, jusques à se jetter plusieurs fois dans le grand étang par la chaussée, et s'en aller tout le long jusques aux lieux communs du Mon[astè]re, où elle se mettoit, etc. Néanmoins, lui aiant fait par charité sa

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neuvaine, pendant laquelle elle crachoit au nez du prêtre quand i\ lui disoit l'évangile, elle n'eut pas plutôt été baignée qu'elle revint à elle, et dist qui elle étoit et d'où elle venoit et demanda quelque personne fidelle pour la conduire chez son père, disant qu'il ne seroit pas honnête qu'une fille passât seule plus d'une lieue de forest, elle qui auparavant se dépouilloit tout à fait en pleine église et jettoit ses habits dans le choeur, si elle pouvoit trouver quelque porte ouverte. Voilà un grand changement, qui alla jusques à la parfaite guérison, dont elle vint remercier le R. p. prieur un mois après avec son père.

Vn peu auparavant, un garçon de n ou 14 ans fut aussi guéri, et son père, qui avoit fait voeu de venir avec lui tous les ans remercier son bienfaiteur, y aiant manqué 1683, le june [sic] ho[mm]e retomba en son infirmeté, et sitôt que son père eut renouvelle son voeu, il fut de nouveau guéri dès sa maison. Nous étions quattre ou cinq R[e]l[igieu]x quand ce bonho[mm]e nous raconta cela, avec bien des protesta[ti]ons de n'y plus manquer, quoi qu'il lui pût arriver. Ce sont là des faits constans, dont plus de cinquante p]er]sonnes séculières porteroient témoignage avec les R[e]l[igieu]x.

J'ai parcouru la préface du dix' siècle, où il y a de très belles choses. Je ne sçai, si le p. Alexandre ne vous fera point un procez sur l'ave Maria et sur le Rosaire, mais la vérité ne craint rien, surtout quand elle est bien appuiée.

Ce que v. R. touche de Formose fait que je viens d'emprunter le 4. tome des analectes, où j'ai trouvé la pièce extraite du Mss. de Fécan; v. R. a trop d'honnêteté, et assurém[en]t cela ne valoit pas de me nom-

J. BELLAISE A MABtLLON 7I

mer ainsi. J'ai encore jette la vue sur les remarques

des Mss. d'Allemagne, où j'ai reconnu la bonnefoi et la

sincérité de V. R., sur tout pour ce prologue de la

Règle de S* Colombai), qui est une pièce forte pour

l'opinion du R. p. Bastide, et l'on peut dire que si ce

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