prologue avoit été mis seulement par un disciple de
ce sainct, il auroit fait mention de lui, mais ne s'y en
trouvant point, c'est signe qu'il l'a fait lui même.
A Dieu; voilà Complies qui vont sonner. Croiez
moi, (etc.)
fr. JULIEN BELLAISE.
A Seez, ce 2. avr.
Mettes vo[tr]e réponse, s'il se peut, dans la lettre du R. p. assistant.
des commentaires sur L'Escriture qui sont fort longs; le n'en pus voir quVne petit partie, à cause qu'ils rebâtissent leur bibliothèque et que leurs livres mss. et imprimez, qu'ils font tous relier de nouveau, sont tous meslez et en confusion, et qu'ils n'ont point de Catalogue séparé des Mss. En vn ou deux ans que tout sera en ordre, vn plus habile homme que moy y poura faire vne ample moisson. Je vis le registre de Pierre
*) Fragment, sans doute avant 1685.
Diacre, escrit en caractère Lombard, qu'on me dist estre Toriginal; ils le tiennent dans l'archive comme dans vn lieu plus assuré. Je ne vous diray rien de la scituation [sic] ny des autres particularitez de ce fameux monastère, puisqu'elles vous sont assez connues.
Après deux jours de séjour au mont Cassin, j'en partis avec messieurs nos compagnons, pour aller à la Cava, qui est vn fameux monastère de nostre ordre, fondé par S* Alfère, moine de Cluny. La scituation de ce monastère a quelque chose de surprenant La campagne heureuse, quoyque la plus belle et la plus fertile de l'Italie, ne laisse pas d'estre bornée de hautes montagnes des deux cotez. Depuis Capoue jusqu'à Naples ces montagnes s'éloignent beaucoup et laissent vne vaste étendue à la campagne, qui est tout plantée de belles rangées de Meuriers en droit ligne, qui servent d'appuy aux vignes qui serpentent autour, et fournissent des feuilles pour les vers à soye, qui fait vne partie du trafic du peïs. Ces belles allées de Meuriers et de vignes n'empeschent pas que le reste de la pleine ne soit semé de grains de différents espèces, ou qu'il serve d'agréables prairies, de sorte qu'vn mesme terroir produit le bled, le vin, la soie, le foin et toute sorte de légumes, et satisfait agréablement la vue. De Naples à Salernes les montagnes s'approchent peu à peu et enfin, environ quatre milles avant d'arriver à Salerne, les montagnes se joignent, et c'est entre ces montagnes que le monastère de la S" Trinité de la Cava est scitué. S* Alfère avoit tenté plusieurs fois de bâtir son monastère dans vn lieu plus agréable, mais Dieu luy ayant fait connoistre par ses prodiges qu'il avoit choisy ce lieu pour y estre honoré, il se résolut d'y bâtir vn monastère qui pouroit contenir vn très grand nombre
de R[e]l[igieu]x. L'ancien bâtiment subsiste encore; ce sont de grandes voûtes, à peu près semblables à celles du mont S* Michel, avec cette différence que les voûtes du mont S* Michel sont bâties sur le sommet de la montagne, d'où la vue a toute la liberté de s'étendre, au lieu que celles de la Cava commencent à la racine de la montagne, qui n'a pour vue qu'vne autre montagne opposée qui n'en est pas éloignée d'vn jet de pierre. 11 y a trois grands voûtes, l'vne sur l'autre, qui servoient autre fois de dortoirs aux S" Rlx, qui y observoient la règle avec tant de fidélité. Maintenant elles servent de celliers et autres vsages, et on a bâty sur ces voûtes deux dortoirs qui ont vn peu plus d'agrément. Le cloistre est fort petit, mais il a cela de particulier, qu'il est sous vn gros rocher qui le met à couvert de la pluye et du grand soleil. Le monastère est plus commode que le Mont S* Michel, en ce qu'il a d'excellente eau et en grande abondance: il y a des fonteines dans toutes les officines, et mesme il y en a de très belles à chaque dortoir. L'Église est vénérable pour la quantité de s** qui y sont enterrez; mais pour la magnificence de l'édifice de l'Église et des autres bâtiments, il n'y a rien de comparable au Mont S* Michel. l'avois vne lettre du R. P. Procureur gén. de la Cong. du Mont Cassin pour le R. P. abbé de ce monastère; il ne s'y trouva pas, ny le P[rieu]r non plus, mais le Maistre des novices me fit vn acueil le plus honeste et le plus obligeant qu'on puisse faire à vn Rlx Étranger. l'y demeuré [sic] vn jour entier. Il n'y a point de bibliothèque, mais il y a vn bel archive. Les pièces qui y sont, ne sont peut estre pas si anciennes que celles du mont Cassin, puisque la fondation du monastère de la Cava ne passe pas 700 ans, mais
elles ne sont pas moins sincères, ce monastère n'ayant jamais esté pillé, à cause de la difficulté de son accez. Il a néanmoins esté abandonné pendant quelque tems, après vne furieuse peste qui ravagea tout le peïs et fit mourir la plus part des Rlx; ce fut au commencement du Pontificat d'Alexandre 7. Il y a quelques années qu'on l'a rétably, et la communauté est de 35 à 40 Rlx, à ce qu'on m'a dit, quoy que je n'y en vis pas plus de i;. le trouvay quelques Mss. dans l'archive. Dans vn ms. escrit en caractères lombards, qui contient les ouvrages de Bède, il y a vne petite chronique du monastère de la Cava. Dans vn autre Ms. de mesme caractère il y a les vies des quatre premiers abbez de ce monastère: S^Alfère, S* Léon, S* Pierre, S*Constable, et à la fin de ce mss. il y a vn catalogue des abbez jusqu'à Léon, 2. abbé de ce monastère, avec le temps de leur administration, en cette manière:
Abbas Alferius primas, virtute coruscus,
anno centeno bisdeno vixit in orbe,
Quem Léo subsequitur, vir providus atque benignus,
qui laudabiliter ter dénis prasfait annis,
Ordinis instructor post Petrus, tertius abbas,
Ipse quater dénis est loris fortius vsus,
Quartus Constabiiis, puer inclytus et venerandus,
Ecclesiam rexit vno féliciter anno.
Dilectus candis, prudens et mitis vt agnus,
Saccessit Symeon, sedecim qai prœfait annis.
Sextas adest Falco, palchro sermone refalgens:
Quinos hic pastor fertar vixisse per annos.
Abbas Martinas, vir magno nomine pollens,
Prœfait Ecclesiœ viginti qaatuor annis.
Bonica, sapias, pradens et pastor opimas.
Successif; digne fovit, rexitque bénigne. Octavus residens vicenis et tribus annis, Oelica régna petens fruitur nunc sedibus almis. Vit plus atque bonus successif in ordine nonus, Lingua veridicus Petrus abbas, mente pudicus, Prœfuit hic annis dénis et quatuor, agnis Ipse magis mitis, inimicus et vtique litis. Sucadens decimus bene vixit in ordine digne BalsamuSf in cunctis tractavit cuncta bénigne. Gemma sacerdotum, Prœlatorumque monile, Lustris quinque Dei bene rexit et auxit ovile. Ad bona
[Le reste manque].
Ce 25* feburier 1685.
Mes Révérens pères.
J'ay esté surpris d'apprendre, que vous vous préparés pour faire le voiage d'Italie et que vous devés partir le quinzième du mois prochain. l'espère que vous aurés satisfaction dans ce voiage, et que vous aurés suiet de vous louer de l'honnetteté, de la civilité «t courtoisie des Italiens, autant que de celle des Flamans et AUemans, et i'ose dire des François, parceque vous auez parcouru tous ces pays pour rechercher cequi est renfermé [?] dans les bibliothèques et qui
mérite de voir le iour. le vous assure plus positivement, que ne pourroit pas peutestre faire un autre, parceque i'ay parlé par ma propre expérience, l'ay trouvé toutes les bibliothèques d'Italie ouuertes à quelque heure que i'aye souhaitté et à tel iour que i'aye voulu, les dimanches et les festes. Vous aurez un grand avantage pour ce voiage, parceque vous sçaués ce qui se trouve dans les bibliothèques de France, Flandre et Allemagne, et vous n'aurez plus qu'à adiouster à vos mémoires ce que vous n'auez point trouvé dans les bibliothèques. Le père Henschenius m'a dit qu'il auoit eu regret de n'auoir veu les mss. de France auparavant d'auoir esté en Italie, parcequ'il auoit fait copier en Italie, à grans frais et auec beaucoup de peine, plusieurs vies qu'il auoit trouuées depuis en France, qu'il auroit pu faire copier facilement et à peu de frais. De plus, si vous voulez bien vous donner la peine de lire les lettres mstes de Claudius Puteanus*), conseiller au Parlement de Paris, père de m" du Puy que vous avez connus, qu'il auoit escrites à Vincentio Pinelli et qui se trouuent reliées en vn volume**) in folio dans la bibliothèque Ambrosiane de Milan, vous trouuerés cette proposition qu'il avance, qu'il y a en France plus de mss. Lajtins qu'en Italie; vous en pourrés décider aussi certainement que luy. le vous conseille de lire ces lettres; ie les ay leues toutes entières auec beaucoup de satisfaction. Les deux ou trois premières sont en latin, toutes les autres en françois. Toutes ces lettres sont d'une feuille ou deux et parlent de tous les liures qui s'imprimoient alors, auec son iuge^
*) Souligné.
**) Souligné.
ment le ne sçai si ie serois tout à fait du sentiment de m^ du Puy pour le nombre des mss. latins qui se trouuent en Italie; vous y en trouuerés en très grand nombre. Pour le moins ie voudrois faire une distinction des mss. de théologie et d'humanité, ie croi qu'il y en a plus d'humanité en Italie qu'en France, et outre cela ie doute fort s'il y a en France des mss. des Pères aussi anciens qu'en Italie. Ce seront des réflexions que vous fairés sur les chemins pour vous désennuier de la longueur des mauuais chemins. Vous ne mauez point mandé quelle route vous espérés prendre, si vous fairés ce voiage par terre ou si vous irés vous embarquer à Cannes en Prouence pour aller à Gennes, de là à Ligourne, Florence et Rome, ou bien si vous irés à Turin, Milan, Florence, Rome, Montcassin, Naples, pour venir par Venise, Vienne, Pragues, Nurenberg, Francfort, Cologne, etc. Pour faire ce voiage auec aise et auec tout le profit que vous souhaités, il vous faudroit y emploier deux ans. A Gennes taschés de voir la bibliothèque de l'Hospital. Vous y trouuerés les mss. grecs et latins que Philippus Saulus Episcopus Brugnatensis a légués par son testament à cet hospital, à ce que m'a dit autrefois*) le S' Ferrari, bibliothéquaire de la bibliothèque Ambros. de Milan, qui les auoit veus et examinés par ordre du cardinal Borrhomée qui auoit dessein de les achepter pour les mettre dans sa bibliothèque. Cet Éuesque estoit très sçauant. 11 a traduit le commentaire d'Euthymius sur les pseaumes, et Morel [}] a imprimé de luy vne lettre sur vn passage de S. Hiérosme qu'il prétend corrompu, où il est parlé de la Synthérèse de conscience; il monstre que ce passage
*) Souligné.
est corrumpu et que ce mot de Synthérèze n'est ny grec ny latin. Cette lettre, qui est très docte et très rare, mérite d'estre imprimée dans la nouvelle édition des oeuures de S. Hiérosme; ie l'ay et ie la presterai très volontiers pour la rimprimer. Vous trouuerés à Milan la pluspart des mss. de la bibliothèque deBobio; l'en ay copié la lettre d'Archelaus contre Mânes que mr, de Valois a fait imprimer*). Le mss. mérite d'estre veu, à cause de son antiquité, l'y ay conféré les traités de S. Hiérosme, Gennadius, etc., de scriptoribus eccles,, auec trois ou quatre mss., sans vous parler de plusieurs traités grecs que ie copié et conféré, le conserue vne grande idée de cette bibliothèque, qui ouure tous les iours, soir et matin. Attachés vous, s'il vous plaist, principalement à voir les mss. latins des pères, et marqués exactement l'âge des mss. Voies si vous n'y trouuerés point les œuures de Lucifer Calaritanus, de S.Paulin, Sévère Sulpice**). 11 faut auoir un catalogue des traités qui ont esté imprimés que sur un seul mss.^ parceque ces éditions ne peuvent pas estre bien exactes, le me souuiens de vous auoir oui parler des mss. qui sont dans le chasteau de Milan, dont ie n'ay point eu connoissance. le souhaitte que le bibliothéquaire soit aussi communicatif qu'estoit le s"" Ferrari et qu'estoit pour lors le portier, qui m'ouuroit la bibliothèque tous les dimanches et les festes à six heures matin et m'y laissoit seul tant que ie voulois. l'ay eu la mesme commodité à Florence, comme le S^ Magliabechi vous pourra le témoigner. A Florence voies la Bibliothèque des Cordeliers de Santa Cruce; vous y trouuerés grand
*) Souligné.
**) Souligné.
nombre de mss. latins. Il n'y en a pas beaucoup dans celle de S. Laurens. Aux Jacobins de San Marco examinés les deux volumes du commentaire de S. Jean*) Chrys. in Matthaeum, et voies quel aage peuuent auoir ces deux volumes. le conserue dans ma mémoire vne pensée, que ces mss. me parurent auoir esté escrits il y a cinq ou six cens ans, et sur cette pensée ie me suis tousiours persuadé qu' Anianus auoit traduit en latin les 90 homilies de S. Chrys. in Matth., contre ce qu'en ont escrit les PP, Noris et Garnier, qu'il n' auoit traduit que les huit premières, et que les suivantes auoient esté traduites par Georgius Trapezuntius. l'ay trouué en France des mss. anciens de quatre à cinq cens ans qui contenaient les 25 premières homilies; ainsi la remarque qui est dans les éditions latines et des PP. Noris et Garnier, est fausse. De plus la façon de traduire le prouue très évidemment, l'en suis tout persuadé, et tous les mss. que l'on pourroit trouuer ne me confirmeroient pas plus fortement dans cette pensée que ie suis. A la fin de ces ms" il y a quelque chose qui fauorise l'opinion commune, ce que m'a escrit le ieune Gronouius, mais ie ne le tiens pas assés sçauant dans la connoissance de l'aage des mss. pour en pouuoir iuger. le m'en rapporte à vous autres; vous m'obligerez de vous en souuenir, quand vous serez dans cette bibliothèque qui mérite que vous l'examiniés. Ces deux volumes sont très gros et in folio. Il m est aduis que ie mettrois la main dessus, s'ils n'ont point changé de place. La bibliothèque des Jacobins de Santa Maria nouella est considérable**) pour les liures
*; Souligne.
**] Souligné.
imprimés. le n'y trouûé quVn mss. de Ratramnus qui estoit fort négligé; i'y remarque que tous les miracles que sont dans les imprimés, n'y estoient point. A la Badia il y a des mss. grecs; vous verres s'il y en a aussi de latins. Ne vous fiés point à ce que vous diront les religieux: ils me dirent qu'ils n'auoient aucuns mss., et cependant i'en trouué plusieurs grecs très excellens. Ils ont honte de ne les pouuoir trouuer. Allés aux théatins, vous y trouuerez vne petite bibliothèque bien choisie; ie ne sçai s'il y a des mss. le remarqué plusieurs imprimés conférés auec des mst'. Informés vous du nom de l'ecclésiastique qui auoit assemblé ces liures, qui estoit curieux et sçauant. Le S' Magliabechi vous instruira de tout cela. Attachés vous principalement à la bibliothèque de Santa Cruce. Taschés de voir la bibliothèque du seigneur Saluiati et autres curieux. le n'ay iamais vu celle du S^ Magliabechi, qui doit estre nombreuse pour les imprimés. 11 y a bien des personnes curieuses à Florence, et vous y trouuerez quasi tous les liures imprimés. Allés à la Chartreuse. A Rome vous verres la bibliothèque délia Chiesa noua de pères de Philippe de Neri, où il y a bien des mss. N'oubliez pas de voir celle de l'église de Saint Pierre, qui est différente de celle du Vatican. M"" Holstein estimoit le mss. qui y est des oeuures de S^ Hilaire et autres. Dans celle du Vatican, voies les lettres que le cardinal Sirlet escriuoit à Trente aux légats*) sur toutes les propositions que l'on deuoit examiner; mr. Holstein me les monstra, et il me dit que c'estoit là le saint esprit que l'on portoit en valise à Trente, à ce qu'a écrit Fra Paolo, voulant parler de
*) Souligné.
É BIGOT A MABILLON ET GERMAIN 8l
ces lettres. Pallauicini n'en a point eu connoissance ou pour le moins il n'en a point parlé. Taschés de voir 1 édition du Diurnus pontificum*) qu'auoit faite m^ Holstein et qui doit estre dans la Bibliothèque Barberine. Dieu veille [sic] que le bibliothéquaire d'à présent soit plus communicatif que n'estoit le s^ Moroni. Il doit y auoir de belles choses dans cette bibliothèque. Sçachés si on a porté dans la bibliothèque Vaticane tous les liures de m' Holstein, notés et apostilles de sa main, comme il auoit ordonné par son testament. Voies en autres le volume in 4"* de m^ de Marca de concordia, demandés ceque sont deuenus les conciles d'Afrique que Cay veus tous prests à imprimer*), bref ceque est devenu sa dépouille. N'oubliés pas à voir les mémoires de l'Abbate Caetano; vous y pourrés rencontrer quelques bonnes copies ou quelques instructions. Je ne sçai ceq'uest deuenu la bibliothèque du s' canonico Marius in foro piscatorio; il m'a monstre les oeuures du Pape Léon i et de saint Hilaire conférés*) auec de très anciens ms" par Pena, à ce que me dit depuis m^ Holstein, 11 est bon de le sçauoir pour y auoir recours au besoing. Ne manques pas d'aller au Mont Cassin; vous y trouuerés de très belles pièces. Examinés le mss. des lettres que le p. Lupin a fait imprimer assés négligemment. Je m'imagine que le p. Lupin en aura enuoyé vn exemplaire de son édition, s'il en a eu le loisir devant de mourir. Ce receuil est très considérable, et il mérite que vous emploies vne heure à examiner ce mss. pour en tirer les esclairissemens nécessaires. Af Holstein auoit ^é de cette bibliothèque*) quantité de Vies. Naples mérite d'estre veu pour sa beauté. Je ne croi pas que vous
•j Souligné.
82 É. BIGOT A MAfi[LLON ET GERMAIN
y trouuiés beaucoup de mss. J'y trouué le grec de Philo Carpathius sur le cantique des cantiques, dans la bibliothèque de san. Apostoli des théaiins*). Voies cette bibliothèque et le cabinet des mémoires mss. qui est vis à vis de la bibliothèque. A Viterbe, vous verres la bibliothèque de Latino Latini*') qu'il donna au chapitre de l'église; on a fait vn extrait des notes marginales de ses Hures*) que l'on a imprimées. Je ne puis vous escrire toutes tes autres bibliothèques qu'il y a [à] voir: il s'en fabrique tous les iours de nouuelles. A Rome, volés celle de la Reine de Suède, qui contient encore de très beaux restes. Vous y pourrés trouuer quelque chose de particulier qui regarde la France. — Je suis honteux d'auoir brouillé tant de papier et de vous distraire de vos occupations. Pour excuse, ie vous dirai que par malheur, en allant â la campagne, il y a quinze iours, mon cheval s'abbatist sous moi en pleine campagne, en beau chemin, et se tourna sur le costé, moi dessous; il m'a fait vne contusion à la iambe; i'en garde le lict. Ce ne sera rien, s'il plaist à Dieu; ie m'en tiens quitte à bon marché. Je vous remercie de vos libéralités; ie les conseruerai très prétieusement comme des gages et des assurances des bontés que vous aués pour moi, que ie vous prie de me conseruer. .le donnerai ordre de les retirer. Si ie les auois présentement, ie les lirois bien attentiuement dans mon firabat, Escriués le plus souuent que vos commodités vous le permettent.
*) Souligné.
THéVENOT A MABILLON ET GERMAIN 83
Mémoire pour les RR. PP. Don Mabillon et Don Michel.
Les catalogues des Manuscris [sic] des bibliothèques d'Italie.
Veoir à Thurin Tabulant hiacam qui est dans la guardaroba de son Altesse.
A Milan, dans l'Ambrosiene, outre les liures marqués par M^ Bigot, auoir copie, si faire se peut, d'vn traité, écrit en Italien, qui a pour titre Architettura délie acqae; il conte Onophrio Castelli en est Tautheur. Il est écrit à la main. Nous auons icy le dessein de ce liure, imprimé en forme de liure de Musique.
Le Neueu du Canonico Setalla, qui a son cabinet, aidera beaucoup les pères dans leurs recerches [sic] des Saints de leur ordre.
Dans toutes les bibliothèques d'Italie, les Mss. de Héron de Chirobalista , de Biton du mesme suiet, de Héron de Horologiis aquaticis, de Frontin de Aqueductibus, de Vitruue, méritent d'estre copiés ou conférés.
A Boulogne, le P. Malapigi mérite que les pères le voyent; il leur monstrera des recerches [sic] très curieuse[s} sur la nature des Animaux, sur celle des minéraux; et il seroit à souhaiter que tous les gens de ce mérite eussent relation et correspondance avec nostre assemblée pour l'auancement des ars et de sciences, et c'est vn avantage à espérer du voyage des pères, qui nous aprendront les progrès que l'on fait en Italie en ce genre d'étude, et disposeront les sauans de là les
mons à cette correspondance qu'ils souhaitent également de leur costé.
A Venise, il y a dans la maison des Carmes un religieux qui a esté longtemps aux Indes et qui en a raporté beaucoup de traductions de liures des bramanes, dont il entend la langue. 11 est deuenu aueugle. Peut estre mesme qu'il communiquerait les traductions, si on luy promettoit de les faire imprimer icy, qui est vne condition à laquelle se pu [sic] autrefois auoir tout ce que Allatius et Holsatius ont eu de meilieur [sic].
Entre autres diligences à faire dans ce voyage, il me semble que celle de faire copier ce qui se trouveroit de notes des plus habiles gens écrites à la marge des liures imprimés nest pas vne des moins importantes.
Ils ont eu à Bologne la manière de préparer la pierre qui conçoit la lumière; c'est vne chose à tenir à[?] sauoir.
II y auoit de mon temps à Romes de copistes qui faisoient trafic de toute sorte d'écritures et qui auoient beaucoup d'adresse à trouuer tout ce qu'on leur demandoit; ces boutiques de copistes sont des lieux à trouuer quelque chose de bon, et ils écriuent à assez bon conte.
Le bibliothécaire de S^ Marc est écossois, et a des parens icy qui m'ont asseuré de son honnêteté à bien receuoir les Pères.
Je ne passç point jusques à Rome dans ce mémoire, et je ne parle point aussy de P'Iorence, car les Pères en trouveront vn autre à Rome, pour Rome, Florence, Liuourne.
Au Réuérent Père
le Très Réuérent Père Mabillon
de Tordre de Saint Benoist.
A Paris 5. May [1685]*)
Il n'y a que les premiers Jours du voyage qui donnent de la peine, ainsy je me dois réiouer auec vous de ce qu'ils se sont si bien passés.
Vous pouués trouuer à Padoue et à Venise quelque chose de bon, à Venise principalement, où les oeuures de Héron f ancien de Horologijs aquaticis et le Baruleas se peuuent rencontrer, mais sur tout vn Didimus de Plantis**) qui y a esté veu il n'y a pas longtemps.
Je ne vous ay point, ce me semble, assez recommandé à Boulogne // Sign' Malapigi. Je ne sçay pas pourquoy nous n'auons pas eu jusques à cette heure plus de correspondance auec luy.
Il a fait bien des choses qu'on nous promet d'imprimer et qui Tauroient esté il y a longtemps, si il les auoit enuoyées icy, entre autres vne lettre qu'il a mise entre les mains de M' Spon de Lyon, toutes les spéculations sur la production des Métaux et sur leur anatomie. J'auois mis quelques essays et échantillons de Mines entre les mains du médecin de Monsieur le**) prince Borghese, qui luy auront esté rendues sans doute, et pour l'obliger à nous enuoier quelque chose de son
*) Ajouté de la main de Mabillon.
**) Souligné.
thèse. Je luy promets de luy faire veoir en peu de temps les écrits que M^ de Swammerdam m'a laissés en mourant. J'attens d'aprendre de vous, Monsieur mon réuérend père, ce que vous auez fait dans la bibliothèque de Milan et si vous y auez trouué /^5 écris de Honofrio Castelli sur le fait[?] des ^ûox*). Vous agrérés, que Je fais icy mes baisemains au Réu[é]r[en]d père Germain et que ie vous asseure, (etc.)
THÉUENOT.
Pour le Révérend Père Dom Placide Porcheron, Religx Bénédictin
à S< Germain des Prez.
Milan de 7 May 1685.
Vous devez avoir receu, mon R. P., ma lettre pour Perrière. Les portraits seront pour le retour. Je songeray à Ravenne au Géographe de ce pays, dont vous êtes en peine. Je ne say que vous dire touchant les postulantes pour Chelle. Vous en savez presq[ue] autant que moy. Je ne voy pas pourquoy venir faire cette demande, puis s'éclypser tout d'un coup. Je me porte bien, Dieu merci. D. J[ean] a eu quelques accès ou douleurs d'hémoroTdes qui ont coulé. Je luy ay fait prendre 3 jours de la viande; il se porte bien, quoy que nous ayons travaillé avec assez de fatigues, et qu'il fasse une
*) Souligné.
grande chaleur, qui retarde tout ici. Depuis n™ sortie de Paris il n*a plu qu'un jour dans les montagnes de Savoye, et ici un petit demiquardheure. Voici n'* route de Milan. Étant sortis de Turin par eaue, nous arrivâmes à Cazal, un quardheure après les portes fermées, ce qui nous obligea de coucher sans souper dans le bateau qui nous avoit menez. D. J. et moy nous nous mimes dans une frégate où étoit un corps de garde de soldats françois, qui gardoient les avenus de la rivierre. Une planche au travers de la frégatte ce fait n^^ lit, séparé de celuy des soldats. Nous vîmes Mr Catinat dans la citadelle, qu'on dit être très forte. La situation de la place paroit très avantageuse. Nous y parlâmes au jeune Mr. Des Touches, qui nous fit bon accueil à cause du P. de S*« Marthe. Verceil est une place fortifiée dans toutes les règles, elle n'est commandée nulle part. C'est un François, nommé Mr le Marquis de Seruentes, qui en est gouverneur. L'Eglise Cathédrale a une nef très ancienne et un baptistaire très beau. Novare, où nous allâmes de Verceil, est comme la place d armes du Milanez: la ville a des fortifications plus qu'il n'en faut. L'Église cathédrale est belle, mais la Collegiate de S^ Gaudence la passe de beaucoup. Que dirais je de Milan? C'est une très grande ville. Je n'oserais la mesurer avec la moitié de Paris, de crainte de la faire trop petite. Les Églises en sont très belles, bien ornées; le Dôme est une pièce qui surprend. Nous pouvons rendre témoignages de la dévotion du peuple, aussi bien q[ue] du Clergé. La cérémonie du st. Clou qu'on descendit et qu'on porta en procession le jour de l'Invention de la st*^ Croix, attire bien dans la ville 50000 S [sic] étrangers. On dit que presq[ue] tout Turin y étoit; jugez du reste. Je vous parleray un jour
de la forme et de la figure de ce Santo chiodo et de tous ceux qui sont entiers en Italie. Mrs. de la Cathédr. nous ont montré fort obligeament la Bibliot. du Chap[itre], où il y a de fort bons mss. et encore plus anciens imprimés de ces beaux caractères romains du précédent siècle. La Bibl. ambr[oisienne] a bien 37 mille volumes. Ce nom luy vient de la modestie du Gard. Fréd. Borromée, son fondatfeur], qui l'a ainsi nommée par respect pour St. Ambr. Mais elle n'est ny à l'Église de S* Ambr. ny proche de cette basilique. Nous y avons trouvé de quoy contenter un peu St. Jonas, et ce matin j'y ay encore trouvé une Épître de Gratian qui n'est ny dans le catalogue ms. que nous avons, ny dans les Indices imprimez. Je l'ay transcrite en volant, nevenirent Romani Car. Vous apprendrés d'ailleurs les découvertes que nous avons faites en ce lieu célèbre, où, si nous n'avions pas fait ombrage par les circonstances du tems[?j et par upe assiduité qui paroit ici infatigable, nous aurions pu copier encore de bonnes choses. Je ne dois pas omettre qu'il y a un ms. de Philon le Juif de Bello Judaico, écrit in papyro /Egyptiaca en Latin. Il peut bien avoir onze ou 12 cent ans. Obligez moy de présenter mes respects aux RR. Pères Ass. D. Cl. Martin et D. Cl. Boistard, au R. P. prieur, et de saluer [le] R. P. Script^ et tous ceux que je vous ay marquez dans mes précédentes. Faites moi le plaisir de faire dire à Mad"*de Fangeroye, que quand elle écrira à ma soeur elle m'obligera de luy mander, que je suis en santé et que je luy écriray de Venise, où nous irons dans ) jours. Dieu aidant. Je seray toujours inviolablement, mon R. P., avec beaucoup de fidélité et de vérité, aussi bien qu'à D. Emond, (etc.)