FR. JEAN MABILLON M. B
Po[ur] D. Thiery.
A Venise ce 25, May 1685.
Il semble que vous nous oubliez, Mon très cher & Rév. Père, puisque depuis notre départ je n'ay reçu quVn petit billet de votre main. Mais je m'assure que vous avez craint, que vos lettres ne se soient égarées. Vous n'aurez plus sujet de le craindre cy après, puisque l'addresse pour Rome sera assurée. De Milan nous sommes venus à Bergame, le ij du courant. Vn Père Augustin, pour qui nous avions des lettres, nous fit plus de carresse & plus d'instance pour nous retenir chez eux que nous n'en avons reçu de tous nos Mona- [stè]res ensemble. Les séculiers même s'empressent à nous faire de l'honneur. On ne nous a pas encore présenté à disner que dans deux de nos Abbayes, & nous n'y avons pris encore jusqu'à présent que deux verres de vin en deux différens lieux. Vous connoîtrez par là la différence qu il y a entre les Relig"^ de ce pays cy&ceux d'Allemagne; mais la différence n'en est pas moins grande en égard aux Bibliothèques. On n'en
trouve presque point en ces quartiers-cy, & il s'en faut bien que l'office divin s'y fasse communém[en]t avec tant de soin et de régularité. On dit Matines à 20 heures du jour, excepté dans les Novitiats. Il y a néanmoins toujours par tout quelqu'honnête Relig\ De Bergame nous sommes venus à Bresse, où Mr. le Marquis Averoldi nous a offert son logis & nous a mené par tout. Nous y avons 2 mon[astè]res, IVn de S^ Faustin, l'autre de S*'' Evphémie. Il y en a aussi deux à Vérone: S* Zenon & S^ Nazaire. Mr le comte Moscardo nous a conduit par tout. Il a vn cabinet plain de mille antiquités & curiosités. Entr autre vn Baptistère à l'vsage des grecs, des centures anciennes & vn beau cabinet de médailles. A Vicense il y a vn mon[astè]re de notre ordre, appelle S^ Félix, petit mais joly. A Padoue, celuy de S^' Justine est très magnifique; l'Eglise est vne des plus grandes & des plus régulières de tout l'ordre. Pratalea, à 2 lieues de Padoue, est vne des plus jolies solitude[s] que j'aie encore vu. Mr Patin a retenu son neveu à Padoue avec le fils de Mr. Guesnyot pendant 15 jours. Ils ne font que d'arriver présentem[en]t pour Venise. Nous en partirons le lendemain de l'Ascension, après avoir vu la cérémonie du mariage du Doge avec la Mer. Cela se fait en y jettant vn anneau. On vient ensuitte entendre la Messe sollemnelle à vne abbaye de notre ordre, appellée S^ Nicolas de Lido, qui veut dire in litore. Celle de S* George est admirable. 11 y a 7 ou 8 mon[astè]res de Bénédictines.
le vous prie de dire à Dom Jacq[ues] du Friche & à D. Nicolas, que nous avons dit la messe pour eux à S* Ambroise. On leur envoyera de Rome ce que l'on a peu tirer de la Bibliothèque Ambrosienne. Je vous
prie d'écrire vn billet à D. Charles de Lattre & de luy dire que j'ay dit la Messe pour luy au tombeau de S' Charles. Je vous prie de dire à D. Placide, que nous luy envoyons des livres enfermez dans le ballot addressé à M"" de Reims, dont quelque vns nous ont esté donnez, les autres achetez.
A Dom Thomas, que je le prie de m'excuser, si je ne luy écris pas présentem[en]t, ayant trop de lettres à faire. Nous avons examiné, dans la Bibliothèque de S' Marc, vn petit ouvrage sous le nom de S* Augustin, que l'on vantoit fort & que l'on disoit n'estre pas imprimé; mais ce ne sont que des centons des Confessions.
Au P. Mège, que Madame l'ambassadrice nous a fort demandé de ses nouvelles et qu'elle a beu aujourd'hui à sa santé. A D. Jean Barre, que Messrs ses Neveux se portent fort bien & se comportent en honnêtes gens.
Je vous prie de présenter mes respects à tous ceux cy & à tous nos chers confrères & R**» Pères, sur tout au P. Soup', à D. Louys Boudan, à D. Jean Prou [Bon?] auquel j'écriray de Rome, au P. Secrétaire, à tout le petit Dortoir, à D. Pierre utriusque, à D. François, à D. Jean Barré, à D. Emond, à D. Louys Siroux & à notre cher Mr Bulteau, à D. Antoine, au P. Prieur, au P. Sacristain, à F. Mathias, etc. Je ne doute pas qu'il ne soit afligé de la mort du pauvre D. Luc. En portant les lettres au R. PP. Visiteurs, voyez vn peu ce que nous mandons d'Aronne. Adieu.
Nos respects à nos M". J'ay bien de la joye de la santé de Mr Cotelier; nous leur écrirons de Rome. Agréés*), mon R. P., que je vous présente mes respects
*) De ia main de Germain.
92 THÉVENOT A MABiLLON
du meilleur de mon coeur et que je vous prie de prendre pour vous ce que j'ay écrit à D. Placide.
A Rome, dans la Bibliothèque de S' Augustin qui est publique, il y a vn Vitruve imprimé, celuy de Barbaro si je m'en souviens, auec des nottes latines escrites à la main à la marge du Hure. 11 seroit à souhaiter d'auoir pour la Bibliothèque du Roi vne copie de ces notes marginales, qui d'ailleurs ne sont pas en grand nombre. Je suppose que vous auez receu maintenant le Pline et que vous faites trauailler à mettre sur les marges la copie des notes qui sont écrites à la main sur celuy du Vatican de mesme datte: j'en Tay 1476 à Parme, si ie m'en souuiens bien.
J'ay veu autrefois à Rome un escrit des vies des Académiciens Lyncées; je l'ay veu dans le cabinet de M^ del Pozzo, et s'il n'y est plus, il poura vous donner quelque adresse pour le trouuer ailleurs. Ce Monsieur del Pozzo est vn homme d'un grand mérite et vn de mes plus anciens amis, et son cabinet vous fournira longtemps de quoy vous entretenir; son cabinet orneroit bien celuy du roi à cause des peintures, ains dessins.
Vous pouuez aussy sçavoir de luy, où l'on poura trouuer le reste des oeuures de ces académiciens lyncées, comme celles de L'Anguillara, de Stelluti, de Stelliola,
de Fabius Columna, et si 1 on peut trouuer en quelles mains sont passez les escrits de Fabius Columna. On trouuera peut estre son Dioscoride reueu et commenté, que estoit vn oeuure fort auancé [sic] quand Tautheur mourut. Peut estre qu'entre les ouurages de l'Anguillara on trouuera les fragmens de Crateuas dont il a citez [sic] quelques vns dans son liure.
Les héritiers d'Abraham Ekellensé doiuent auoir entre autres manuscrits orientaux vn histoire de Marok, dVn nomé Abu Mel, in 4*», dont ie me suis seruy autrefoy à Rome; ils Testimoient alors deus ou trois pistoles. Elle seruiroit dans la bibliothèque du roy pour la conférer auec d autres manucris de cette histoire.
Ils ont aussi des Euangiles en siriaque, écrits sur du parchemin^ mais ils les estimoient en ce temps-là beaucoup plus qu'ils ne valent. Vn Religieux de San Pietro in Montorio, frère de M' Van Goel, professeur à Leyden, le religieux nomé // padre di S"* Adduina auoit quelque chose de bon entre les papiers, principalement ce qu'il auoit raporté de Levant où il auoit esté plusieurs années.
Nous attendons beaucoup de bonnes choses de M. Fabretti, que vous [avez] ueu, sans doute, à Rome, spécialement les remarques sur les Aqueducs, les écris de Benedetto Mellini, Flaminio Vacca, etc. Vn Manuscrit de Frontin qui est chez des religieux à Naples, où les figures des aqueducs, des tuyaux, etc., sont marqués, le Mss est de quelque antiquité, et Monseigneur Fabretti a toutes les marques pour le faire chercher de M. de la Thuillerie, les ordres pour faire copier et dessigner tout ce qu'on luy mettra entre les mains pour la bibliothèque du roy.
94 THÉVENOT A MABFLLON
Le Manuscrit de Frontin est dans la bibliothèque des Théatins à Naple. M"^ Vossius m'écrit qu'il Ta copié autrefois et qu'il se doit trouuer entre les Hures de Lucas Holstenius chés le card. Barberin.
Vn Architecte nomé del BuflFalo a fait un plan de Tanciene Rome et de la nouuelle. Il seroit à souhaiter d'en auoir vne copie, comme aussy de celuy de M. Fabretti.
L'on a commencé en Italie vn dessein qui mérite d'estre continué et mesme d'estre imité par tous: c'est de faire vn catalogue de toutes [sic] les petites [sic] écris de peu de feuilles, que Ton appelle icy des brocheures à cause qu'ils ne sont pas assez gros pour estre reliés; il est sous le titre de Bibliotheca volante, et il seroit bon de tirer de celuy qui y a trauaillé la source[?l de ce dessein. Ce qu il y a de Mss. en Italie des Tactiques et poliorcétiques. —
Monsieur, mon Réuérend Père: Je trouue ce duplicata d'vn mémoire que j'ay enuoyé il y a longtemps, et comme j'y remarque bien des arcticles sur lesquels ie n'ay point encore eu de vos nouuelles ny de réponse, il me semble que ie ne sçauroy manquer de vous le renuoier, affin que, si le premier auoit esté perdu, vous peuissiés tirer quelque usage de celluy cy. Quand ie me donne l'honneur de vous écrire, ie m'imagine que je l'ay en même temps d'écrire au Réuérend père Dom Michel à qui je vous prie aussy de communiquer ce mémoire. Je suis, auec vne grande estime pour vostre mérite et beaucoup de dessein pour mériter vos bonnes grâces, (etc.)
THÉUENOT.
Monsieur Fabretti vous deuoit mettre entre les mains son ouurage pour le faire imprimer icy; nous le seruirions auec bien de plaisir, car son mérite est fort connu icy, et en mon particulier i'aurois un plaisir très sensible de le pouuoir seruir. Vous ne me parlez point de la maison de M*^ D. Antonio del Pozzo et de leur cabinet, qui est une des meilieures [sic] chose [sic] qui soit en Italie. Il y a vne infinité de curiosités à en tirer, et sur tout la connoissance de la vertu et du mérite de M' D. Antonio del Pozzo, dont le souuenir m'est très présent à l'esprit, quoy qu'il y ayt plus de trente ans que ie ne l'ay veu.
Al Revmo: Pre Sig:": mio Sigi^e: e Pron Col^o: il Pre D. Gio:
Mabillon, Benedettino di S Mauro.
Roma.
Rev[erendissi]mo e Dottis[si]mo P[ad]re Sig[no]re mio Sig[no]re e P[ad]ron[e] sempre Col[endissi]mo.
La cortesissima lettera di V. P. Rev"*, de' 30 del passato, mi è più grata di ogni tesoro, vedendo da essa, che è arrivata a Roma felicemente, ne si è scordata di me, suo vero, benchè inutile Servidore. Le ne rendo p[er] tanto mille milioni di grazzie, come eziandio délie novità letterarie che si è degnata di parteciparmi, che mi sono state ancora esse gratissime.
lo non ho mai veduta, ne stampata, ne manoscritta, la traduzzione di Ambrogio Camaldolense, del libro in-
titolâto /Egyptus Alexandrinus, onde vado dubitando, se possa essere qualche errore nel titolo del libro. Facilmente sarà la versione di Ambrogio délie Vite de' ss: Padri. Di Roberto Valturio, io medesimo ne ho nella mia piccola libreria due edizzioni in foglio. In fine délia più antica, vi si leggono le segventi parole, che le copierô p[er] l'appunto, co' medesimi errori di Ortografia, corne stanno appunto stampate nel libro. Johannes, ex Verona oriundus: Nicolai Cyrurgia Medici film: Artis imprœssoriœ magister: hanc de Re militari Librum elegantissimum : litteris, et figuratis signis, sua in Patria primas impressit Ann, MCCCCLXXII. In fol.
Vi sono ancora alcuni versi in fine del libro, che non si trovano nella più moderna edizzione, i quali versi principiano corne segve:
Valturri nostrae princeps caltissimœ lingvœ Cuiqfue] etiam Grajas donat Apollo fides, et caet.
11 frontespizzio délia seconda edizzione che ho, è il segvente:
En tibi Lector, Robertum Valturium, ad Illustrem Heroa Sigismundum Pandalphum Malatestam Ariminensium Regem, de Re Militari Libris XII multà emaculatius, ac pincturis, qace plurimce in eo sunt, elegantioribus expressum, quam cum Verona inter initia artis chalcographies Anno MCCCCLXXIII invulgaretur. Parisijs apud Christianum Wechelum, sub insigni Scuti Basiliensi ifj4, in fol.
Dedica questa edizzione il Wechele Stampatore: Ornatiss^° Viro, Francisco Oliverio, summœ curice régie Consiliario, Alenconiorum et Bituricensium Cancellario, Fossarum Baieuilleriorumque domino, et caet.
Vi è anche l'altra segvente dedicatoria: Illustri Panda Ipho Malatestœ Principi Ariminensi, Paulus Hamusius Ariminensis, Jaris atriasqae consultas S. P, dicit In fine
délia dedicatoria vi è un Epigramma del medesimo Paoio Ramusio ; ed in fine délia dedicatoria dell' Autore, che è anche nella prima edizzione, vi sono due Epigrammi, Dantis Tertij Aligeri, che nella detta prima non mi pare che si trovino.
Il detto Roberto Valturio si trova quà manoscritto nella Libreria di San Lorenzo, ed in altre ancora.
Il Sig: Abate Tornaquinci Belloni, in una sua lettera de' 26 di Maggio, mi scrisse, fra Taltre, le segventi parole, che le trascriverô p[er] l'appunto.
>ln questo punto parte da me il degnissimo Padre Mabillon. Egli è di cosl erudita ed amena letteratura, che fa consolare il solo sentirlo a discorrere. Ringrazzio con tutto l'affetto V. S. dell' onore grand™® che mi ha fatto, in farmi conoscere si grand* Vomo, ed io vorrei poter molto, p[er] servire ugualmente al mio debito con V. S., ed al detto Padre. Certamente che da ognuno sarà servito meno di quello che mérita. «
Doppo mi scrisse il detto Sig: Abate, che gl'era sopraggiunto la podagra, laquale non gli aveva permesso con suo gran dolore il seruirla. Ho carissimo che l'ottimo e cortesissimo Pré Benvenuti, Vicegerente délia sua Religione, abbia dimostrato il suo ossequio verso Tincomparabil merito di V. P. Rev:"*- e se io aveva saputo i luoghi dove ella voleva passare, le aurei mandare lettere p[er] tutto, ma non ho auuto questa fortuna.
Per empiere questa carta, le scriverô cosl in fretta alcune novità letterarie.
È finita di ristamparsi Tlstoria dèll' Inquisizzione del Sig: Cardinal Degl' Albizzi, ed io l'aspetto di giorno in giorno. Mi dispiace che V. P. Rev:™*= non abbia trovato costà vivo il detto Sig:'*-, p[er]che era dottissimo, corne vedevo anche délia lettere che mi scriveva. 11