‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 141 sur 197 · CL. HEMERAEUS A R. QUATREMAIRE · texte numérisé non relu

CL. HEMERAEUS A R. QUATREMAIRE

pensi longe esse vetustiorem , tum conjectura probabili ratione suffulta operis editorem eo nomine nuncupatum, quod soni parilitate ad nomenclaturam Gersonis proxitne accessisset et Joannem Gersenum, minus notum saeculis subsecutis obscuratumque, grandiori luce cancellarii Paris[iensis] in Gersonis appellationem inflexu facili transiisse, fallente Notarios vel etiam typographos sub ipsa primordia nuperae etiamnum ac recentis artis sus, vtriusque nomenclaturae similitudine quadam atque germanitate^ quod a me tamen ita dicitur; nulla vt iactura dispendioue alterutrius partis causa praeiudicio meo sancietur. Non enim hic hastam figimus, quod in foro Centumuiri faciebant, in hanc litterarias velitationis arenam descensuri aut quemquam scribendi libertate lacessituri, quibus ista scribentibus vnum hoc propositum fuit, ut postulatis tuis qualicumque modo satisfecisse videremur. Vale.

E Sorbona Cal. Jul. an. 1649.

J. LIRON A LE NOURRY.

Au Révérend Père

Dom Nicolas le Nourry, Religieux Bénédictin en T Abbaye de S^

Germain des prez

à Paris.

Mon Révérend Père.

J'ay lu enfin l'Apparat sur les 2 premiers Siècles, que Votre Révérence à donné au public. On ne peut rien désirer de plus docte. Je n'ay jamais vu tant

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d'érudition; et ce que me plait particulièrement, c*est qu'on y voit les S. S. Pères tels qu'ils sont en effet: ils y sont relevez selon leur mérite, et leur réputation, loin d'y recevoir aucune atteinte, y reçoit un nouveau lustre. La matière est épuisée, et, pour dire en un mot tout ce que j'en pense, afin de ne pas blesser vostre modestie par un trop long discours, je crois conscientieusement que je puis brûler mes collections sur les 2 premiers siècles, sans craindre de perdre beaucoup. Mais je ne me donne pas l'honneur de saluer V. R. pour fmir si tost. Je suis bien aise de m'entretenir un peu avec elle, puisqu'elle a eu la bonté de me le permettre. D'ailleurs j'ay besoin de ses lumières sur quelques endroits. Je vas les marquer brièvement et grossièrement. Je commence par la fin.

Je ne sçay pourquoy D. Fr. Faverolles a traduit adversas Tatianum, Il y a raison pour traduire ainsi; mais il semble que la préface de Grégoire fait voir qu'il falloit traduire ad Tatianum, parceque cet opuscule e[st] fait à la prière de Tatien, qu'il luy e[st] adressé, et que l'auteur luy permet de le publier ou de le supprimer selon qu'il jugera plus à propos. Après tout, ce n'est là qu'une bagatelle qui ne méritoit point qu'on en parlast. Mais cela me fait souvenir de plusieurs endroits importans dont V. R. a excellement rectifié la version, qui estoit ou fausse ou inintelligible dans les traducteurs vulgaires.

Je voudrois pouvoir louer dignement la manière avec laquelle V. R. a défendu S. Justin et S. Irénée contre les opinions téméraires de M. Dupin. Je crois qu'elle a esté un peu trop loin en en [sic] faveur de Tatien; mais l'endroit e[st] si beau, si sçavant et si

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solidement traité, que je suis bien assuré qu'on ne sçauroit rien faire de mieux.

Je n'approuve pas moins ce qu'elle dit en faveur d'Athenagoras. Je ne sçay à quoy ceux là pensent qui l'ont voulu confondre avec Athenogenes et qui se sont imaginez que ce philosophe avoit donné dans les extases de Montan. Cette opinion m'avoit toujours paru sans fondement, et je m'assure que V. R. a rendu service à l'église, lorsqu'elle a si bien fait voir la pureté de la foy d'un de ses défenseurs.

J'avoue que j'ay esté surpris de ce qu'elle dit, au commencement de son ouvrage, 1. i., c. i, n. 2, car on peut croire saus témérité, qu'il ne s'est point fait d'autres écrits dans le i. siècle que ceux que nous avons,

fo parceque les anciens n'en ont point parlé et ne les ont point connus; j'ajoute à cela que S. Irénée a cité tous les auteurs que nous avons, à la réserve de S' Barnabe, et qu'il n'en a point cité d'autres.

2^ parceque les premiers chrétiens s'appliquoient tout entiers à étendre l'Église par la prédication et par les travaux de l'Apostolat, par les conférences particulières, etc.

3^ quelle nécessité que les disciples écrivissent, lorsque les maîtres et les chefs du troupeau estoient encore vivans et en état d'écrire.?

40 je supplie V. R. de faire réflexion qu'il fut nécessaire que les Évesques d'Alie priassent S. Jean d'écrire contre Cérinthe et Ébion, et qu'il ne s'y porta pas de luy mesme, dès que ces hérétiques commencèrent à dogmatizer.

; ° on voit que les Apôtres mesmes ne s'engageoient à écrire qu'avec beaucoup de peine et pour des nécessités

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très considérables; le commencement de TÉpitre de S. Jude nous en fournit une preuve incontestable.

6° la réserve des disciples paroit manifestement, si je ne me trompe, par les écrits que nous avons du 1. siècle et des premières années du 2., car ils n'ont esté faits que pour des causes très singulières. Par exemple la persécution de Domitien, principalement, a produit le livre du Pasteur; le schisme de Corinthe a fait écrire S. Clément, encore mesme ne put il pas répondre aux Corinthiens aussitôst qu'il eût esté nécessaire. Combien de motifs très pressans ont porté S. Ignace à écrire? Enfin S. Polycarpe n'a écrit qu'une lettre, et il ne l'a écrite que parcequ'il ne put résister aux prières d'une Église entière.

L'on peut conclure de ce détail que les Chrétiens du I. siècle n'écrivoient que pour des nécessitez inévitables et pour des raisons qui ne se pouvoient pas rencontrer souvent dans ces premiers temps; et par conséquent, qu'il n'est pas nécessaire de reconnoistre d'autres ouvrages que ceux que nous avons.

Pour ce qui est des Canons, comme je ne comprens pas qu'on ait pu s'assembler dans le i. siècle, ni qu'il y ait eu nécessité de le faire pendant la vie des Apostres, aussi je ne crois pas qu'on en ait fait aucun.

J'ay encore este arresté à la p. 57, où V. R. semble supposer que les visions d'Hermas sont feintes et fausses. Je n'ose pas entrer dans les difficultez qu'on peut faire sur les conséquences qui semblent naistre de cette opinion; mais je crois pouvoir dire que les anciens Pères n'auroient pas tant relevé cet ouvrage, s'ils l'avoient regardé comme une fiction. Au moins, je ne vois pas comment quelques uns l'auroient

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regardé, en quelque façon, comme un livre canonique, s'ils n'avoient jugé que Fauteur avoit eu effectivement les visions qu'il rapporte. De plus, si ce sont des fictions, quelle raison, quel fondement peut on avoir de supposer que ce livre a esté écrit avant la 2. persécution? car en ce cas il ne Ta pas prédite. S'il ne la pas prédite, les visions ont esté faites après coup. Cela supposé, il ne sera pas vray qu' Hermas ait receu ordre d'envoyer le livre qui luy fut montré, à Grapté et à Clément, que celuy-ci l'ait envoyé dans plusieurs villes. En un mot, il n'y aura plus rien de certain pour l'histoire. Tout sera plein de faussetez, de fictions et de mensonges, quoy qu'en puisse dire V. R., et ceux qui prétendent que ce liv. ne mérite pas beaucoup d'estime et qu'il est de peu d'utilité, auront très certainem[en]t raison, au lieu qu'il sera facile de les convaincre de témérité, si Ton suppose que Dieu à honoré Hermas des visions qu'il rapporte dans son livre. Au reste, si je n'ay pas bien pris la pensée, s'il est vray qu'elle reconnoisse qu' Hermas a eu effectivement les visions dont il fait l'histoire, et qu'elle prétend seulement qu'il les pouvoit écrire autrement, en ce cas je la supplie de compter pour rien ce que j'en ay dit.

Me voilà au bout de mon papier, quoy que je n'aye pas encore fini mes difficultez. Je réserve le reste pour une autre fois. Je suis, [etc.].

fr. JEAN LIRON, M. B.

A Angers, le 31. Août 1700.

Je suplie le R. P. Prieur d'agréer mes-très-humbles respects.

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*) Et moy aussy, qui embrasse vostre Réuérence auec toute l'affection possible.

F. C HERISSE.

J. LIRON A LE NOURRY.

Mon Révérend Père.

Je croy que votre Révérence, suivant le mouvement de son honnetteté naturelle, me va louer comme un homme diligent et laborieux, pendant que je me blasme avec raison et que je m'accuse d'imprudence, d'avoir osé faire pour la 2. fois ce que je ne devois point entreprendre ni de près ni de loin. Mais V. R. m*y a engagé, et je ne sçaurois m'en dispenser sans pécher contre ce que je luy dois. Ainsi, sans autre cérémonie, je vas commencer par l'examen de la lettre à Diognet.

V. R. croit ou semble croire que Diognet a esté Juif; 2^^ elle a de l'inclination pour l'opinion de ceux qui veulent que la lettre qui luy a esté adressée, a esté écrite avant la ruine du temple, c'est à dire avant l'an 70. Je trouve de grandes difficultez dans ces 2 opinions. En voicy quelques unes contre la première.

I. Toutes les questions que Diognet propose à l'auteur de la lettre, conviennent tout à fait à un payen et ne conviennent pas à un Juif. Il y en a mesme quelques unes qu'un Juif bien sensé n'auroit jamais fait.

•) D'une autre main.

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2. Par exemple, c'est une question considérable, importante et difficile, que plusieurs payens ont proposé aux Chrétiens, parcequ'elle se présente comme naturellement à l'esprit, sçavoir pourquoy le Christianisme a commencé dans un tel temps, et non plutost, comme il paroist par la lettre 102. de S. Augustin, quest. 2. Je ne sçay si aucun Juif a jamais fait cette question, et il ne la peut faire sans extravagance.

3. Dans les premiers temps, les payens confon doient les Chrétiens avec les Juifs; les Juifs au contraire ne s'y sont jamais mépris. Or, les demandes de Diognet viennent manifestement d'un homme qui avoit reconnu depuis peu la différence des 2 religions.

4. L'auteur appelle la religion des Juifs superstition ; et il est à remarquer, qu'il se sert de ce terme lorsqu'il rapporte les questions qui luy ont esté proposées par Diognet. N'est-il pas vraisemblable qu'il se sert du terme mesme dont Diognet s'estoit servi en le consultant? C'est ceque l'on fait d'ordinaire dans ces sortes de réponses. Or, ce mot vient d'un payen.

Je ne sçay mesme si les .loix de la prudence, qui doit se servir de tous les moyens de douceur et de condescendance pour gagner les errans et les amener dans les voyes de la vérité, auroient permis à l'auteur d'appeller superstition la religion des Juifs, en parlant à un Juif. S^ Paul ne s'est jamais servi de ce terme.

6. Il estoit naturel à un homme d'esprit qui sçavoit que les Chrétiens estoient sortis des Juifs, qu'ils adoptoient et se servoient de leurs livres, etc., de s'étonner que les Chrétiens ne suivissent pas la religion des Juifs, en mesme temps qu'ils faisoient profession de mépriser et de rejetter les dieux des Grecs, car ces 2 religions, H. 2. 19

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des Juifs et des Grecs, avoient partagé le monde jusques alors.

7. Enfin, je m'étonne que V. R. ne se soit pas au moins objecté comme une difficulté cousidérable et qui méritoit réponse, la manière dont Fauteur se sert en parlant contre les divinitez des Grecs. Car il parle toujours à Diognet comme à un adorateur des dieux. Voyez, je vous prie, ces expressions: idcirco vobis sunt

odio Christiani, qui hos esse deos non arbitrantur

atque vos qui esse deos nunc existimatis hac deos

vocatis, his servitis, hœc adoratis, etc.

Il faut maintenant prouver que cette lettre n'a point esté écrite avant la ruine du temple. V. R. se sert de 2 raisons pour appuyer l'affirmative. L'une est que l'auteur dit qu'il est disciple des Apôtres. Mais cette expression : factus Apostolorum discipulus fio genium doctor est trop vague pour faire une preuve bien forte. Je crois appercevoir que l'auteur l'a prise plus gênéralem[en]t; enfin il faut voir si l'on peut l'accorder avec tout cequ'il dit dans sa lettre.

L'endroit où il est fait mention des sacrifices des Juifs ne prouve pas non plus, que cette lettre ait esté écrite avant l'an 70. On demande à l'auteur, pourquoy les Chrétiens ne suivent pas le culte des Juifs. II répond que ce culte n'est pas raisonable ni digne de Dieu. Il le prouve en attaquant la manière dont les Juifs s'aquittoient de leur religion ; il fait voir combien lessentimens qu'ils en avoient, estoient grossiers ; l'interprétation basse qu'ils donnoient aux différentes cérémonies légales; combien estoit mal fondée l'espérance qu'ils mettoient dans des choses purement extérieures. Car il se mocque de tout ceque les Juifs en disoient, et il est remarquable quil les rabaisse autant qu'il

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peut. Les Juifs, dit-il, sont des insensez: ils s'imaginent que Dieu a besoin de sacrifices et qu'ils luy rendent de grands honneurs, lorsqu'ils répandent du sang au pié de son autel ou qu'ils assomment une beste; ils croient que ce leur est assez d'estre circoncis pour se persuader que Dieu les aime singulièrement. Il me semble que S. Justin auroit pu faire cette réponse à Tryphon, si ce Juif luy avoit fait la mesme demande que Diognet a fait à l'auteur de la lettre.

Enfin cette expression ne me paroist plus forte que celle dont se sert S. Clément dans sa i . lettre aux Corinthiens; et cependant plusieurs personnes habiles mettent cette lettre après la ruine du temple.

Mais je demande à mon tour,

1° si les questions de Diognet ont pu avoir esté proposées avant l'an 70.^ ne sent on pas en les lisant, quand on a quelque connoissance de l'État du 1. siècle, ne sent on pas, dis-je, qu'elles ne sont pas si anciennes?

2°. Plusieurs croyent que les Chrétiens ont esté long temps confondus avec les Juifs. Ils sont icy bien distinguez.

3^ On dit qu'ils méprisent la mort et le monde, et c'est Diognet qui le dit: a-t-on reconnu cela sitost? il a fallu plusieurs épreuves pour en convaincre les payens.

4®. J'ay de la peine à croire que les Chrétiens fussent déjà en but à tout le monde, haïs, détestez et persécutez aussi bien par les Grecs que par les Juifs, avant Domitien, de la manière qu'on le voit p. 497.

5°. P. 498, il dit que leur nombre croît à proportion qu'on les fait mourir. Je ne sçaurois croire que cela ait esté dit pendant la i. persécution, et

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cette expression me paroit convenir mieux au 2. siècle qu'au 1.

6^ Enfin, cet auteur traite très-durement les Juifs. Je doute qu'un Chrétien ait parlé, comme il fait, des loix Judaïques, avant la ruine du temple, aussitost après la mort de S. Paul, dans un temps qu'on ménageoit encore beaucoup les Juifs, etc.

Cette dernière réflexion me persuade plus que toute autre chose, que cette lettre n'est pas de S. Justin. V. R. en voit la raison sans que je la marque icy. Mais je suis assez porté à croire que Diognet est celuy dont parle Marc*Aurèle dans le i. livre de ses réflexions morales. V. R. peut juger du reste.

Quand j'auray receu de ses nouvelles sur ces 2 lettres, je pourray continuer mes difficultez; car il m'en reste encore quelques unes. Je suis [etc.].

fr. JEAN LIRON, M. B.

A Angers, le 1. Septembre 1700.

Je supplie V. R. de vouloir bien présenter mes respects au R. P. Mabillon.

J. LIRON A LE NOURRY.

Au Révérend Père Dom Nicolas le Nourry, R^^ Bénédictin en l'Abbaye de S. Germain

des prez. A Paris.

Mon Révérend Père.

Je receus le 25. de septemb. la 2. lettre que vostre Révérence m'a fait l'honneur de m'écrire; il estoit près

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d'une heure après midy. Je fis promptement un billet, et je fus si heureux quil partit quelques minutes après; je ne doute point qu'elle ne l'ait receu. Sur la première je n'ay qu'une chose à remarquer. V. R. me dit: je ne puis pas entrer dans vostre sentiment sur le petit nombre des écrits des Pères du i. et du 2. siècle; je me persuade qu'il y en a eu beaucoup qui se sont perdus, etc. Cela est vray pour le 2. siècle; il suffit d'avoir parcouru Eusèbe pour le sçavoir. Je n*en ay jamais douté. J'ay attaqué ce que vous dites, lib. i., cap. I., n. 2, où vous ne parlez que des écrivains du I. siècle. Je n'ay parlé non plus que des auteurs de ce f. siècle. Ainsi V. R. ne sçauroit plus se dispenser de suivre mon sentiment. Il ne faut pas qu'elle m'objecte que je parle de S. Ignace çt de S. Polycarpe, qui ont écrit dans le 2., car je n'ay fait mention d'eux que pour fortifier ce que je dis en général, que les hommes Apostoliques n'écrivoient point, s'ils n'y estoient comme forcez par de très puissantes raisons et par des nécessitez inévitables. Mes lettres ne méritent pas d'estre gardées, mais si par hazard V. R. les a encore, je la supplie de revoir mes preuves. En tout cas, je dis derechef, que nous avons tous les écrits qui ont esté faits depuis la mort de J. C. jusqu'au commencement de l'Empire d'Adrien. C'est ce que je croy avoir bien prouvé.

Après ce petit éclaircissement, je vas continuer nostre entretien sur vostre Apparat, avec vostre permission.

Vous formez une difficulté contre ceux qui attribuent à Origène le commentaire sur le cantique, où S. Ignace est cité. Vous vous fondez sur l'autorité de Câssiodore, qui a cru que cet ouvrage n'estoit rien

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autre chose qu'une amplification des 2 homél[ies] d'Orig. sur le cant[ique] que S. Jérôme a traduites en latin. Il semble mesme que vous ne désapprouvez pas cette opinion.

Je pense que Cassiod. s'est brouillé en cet endroit. Car que veut-il dire par ces mots: additis quibusdam? Ce sont 2 ouvrages tout différens et dont l'un est plus ample que l'autre, de plus des deux tiers.

2^ Rufin ne fait pas scrupule d'abréger Orig., de retrancher cequ'il juge à propos, de changer certaines choses qui sont ou paroissent contraires aux dogmes receus, d'ajouter mesme quelques phrases, quelques explications, quelques petits lambeaux. Mais il ne paroist point qu'il ait jamais fait une telle amplification.

. }^. Il est certain qu'Orig. avoit fait des homél[ies] surlecant.; il n'est pas moins certain qu'il est difficile d'amplifier les ouvrages d'Orig. et d'ajouter à la fécondité de son esprit. Rufin le sçavoit très-bien; il n'y a donc pas lieu de croire qu'il Tait entrepris. Cela me convainc.

Enfin, quelle imagination auroit porté Rufin à amplifier 2 homélies traduites par S. Jérôme, au lieu de traduire les tomes dont S. Jérôme avoit fait un si magnifique éloge?

Je suis bien aise que V. R. ait expliqué ces paroles de S. Polycarpe: nos autem nondum noveramus, etc., de l'Église de Smyrne. Cette explication m'a toujours paru fort naturelle, et je ne vois pas que rien nous oblige à croire que la ville de Smyrne ait connu J. C. avant celle de Philippes.

Mais je trouve une grande difficulté dans ce que vous dites, que S. Polycarpe, selon ses actes, est mort

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à l'âge de 86 ans. Car s'il est mort l'an 169, comme vous le croiez, et qu'il n'ait vécu que 86 ans, il en a vécu 61 depuis la mort de S. Ignace; il n'avoit donc que 24 ou 2; ans, lorsque S. Ignace passa parSmyrne. C'est assurément trop peu. S'il a esté fait Évesque par S. Jean, et que S. Jean soit mort l'an 100 ou 101 (vous supposez tout cela en différens endroits), il n'aura eu que 17 ou 18 ans lorsqu'il fut ordonné. C'est à vous d'examiner, par quelle voye vous pourrez vous tirer de ce mauvais pas.

Pour moy, il me semble voir dans les actes de S. Polyc, qu*il estoit encore fort vigoureux lorsqu'il mourut, et qu'il n'y a point d'autre parti à prendre que de mettre la mort de ce martyr Tan 146 ou de reconnoistre qu'il est mort âgé de plus de 90 ans, ceque V. R. ne trouve pas vraysemblable ni conforme à ses actes.

Je suis, [etc.].

fr. JEAN LIRON, M. B.

A S. Serge, le 6. octob. 1700.

Je supplie V. R. de me faire part des nouvelles; je luy seray très obligé.

*) F. C. H. présente ses humbles respects au R. P. Prieur et salue très affectueusement vostre Réuérence.

*) D*une autre main.

296 J. LIRON A LE NOURRY

J. LIRON A LE NOURRY.

Au Révérend Père Dom Nicolas de Nourry, R>^ Bénédictin à S< Germain des prez

Mon Révérend Père.

Je ne veux pas abuser plus long-temps de vostre patience ni de vostre honnêteté! Ainsi voilà la dernière lettre que je me donneray l'honneur de vous écrire sur vostre Apparat. 2 Évesques d'Antioche finiront cet entretien.

Vostre Révérence reçoit les actes grecs de S. Ignace comme originaux. Je vois que c'est une opinion receue de tout le monde. Cependant il y a une difficulté qui m'effraye et à laquelle je n'ay pu trouver jusqu'à présent une ombre de solution. C'est en ce qui est dit, n. 3, que ce martyr a esté condisciple de S. Polycarpe et qu'ils ont esté l'un et l'autre en mesme temps disciples de S. Jean. Cela paroist tout à fait impossible. * En voicy la preuve. On ne met pas l'Épiscopat de S. Ignace plus tard que l'an 68. Or, selon vostre chronologie, S. Polycarpe n'est venu au monde que Tan 83, c'est à dire 15 ans après que S. Ignace fût fait Évesque; il semble donc impossible, vu l'extrême disproportion qui se trouve dans l'âge de ces 2 martyrs, qu'ils ayent esté condisciples; puisque S. Ignace devoit estre âgé de 70 ans, lorsque S. Polycarpe a esté en état d'estre instruit dans l'école de S. Jean. Cela est palpable, et c'est ce qui m'a toujours fait douter si les actes de S. Ignace estoient tout à fait originaux. J'y pourrois peutestre trouver quelqu'autre difficulté!

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Mais celle que je viens de marquer suffit pour ceque je prétens.

Je passe à S. Théophile. V. R. a examiné fort solidement les commentaires sur les Évangiles, qui portent le nom de cet Évesque, ainsi je me persuade que tous ceux qui liront vostreApp. seront convaincus qu'ils ne sont pas de luy, dans Tétat où nous les avons. C'est pourquoy je veux seulem[en]t montrer, qu'il y a des critiques qui les luy ôtent sur des raisons qui n'ont pas beaucoup de force:

1^ On objecte que S. Jérôme dit de ces comment.: mihi cum superiorum voluminum (ce sont les liv. à Autolycus) elegantia et phrasi non videntur congruere. Cela est vray. Mais n'en faut-il pas dire autant des Comment, de S. Jérôme, lorsqu'on les lit après avoir lu ses lettres et ses opuscules? Ce jugement seroit-il faux : mihi cum superiorum voluminum elegantia et phrasi non congruunt? Celuy qui en jugeroit ainsi ne prétendroit pas que les Comment, de S. Jérôme ne sont point de ce père; il voudroit seulem[en]t marquer qu'il y a 'une différence très sensible, pour l'élégance et pour le style, entre les uns et les autres. De mesme on ne peut pas dire que les Comment, attribuez à Théophile ne sont pas de luy, parce qu'ils sont autrem[en]t écrits que ses liv. à Autol., car S. Théophile pouvoit penser sur la manière d'expliquer l'Écriture la mesme chose que S. Jérôme, v. la nouvelle édition, to. 2. p. 568. a. V. R. voit que je répons égalem[en]t et à la raison de S. Jérôme et à son autorité.

2 °. Aubertin objecte l'autorité de Victor d'Antioche. Cela n'est rien, car on ne peut pas dire que dans l'ouvrage en question il y ait un Comment, sur S. Marc, puisqu'il n'y a qu'une feuille d'impression. Ainsi Victor

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n'auroit pas dû parler autrem[en]t qu'il fait, quand mesme il auroit eu devant les yeux l'ouvrage dont nous parlons.

Ce que dit V. R. dans le § 2 est très-fort. Mais je ne sçay si la raison qu'elle suppose p. 520: neq[ue] respondeas, etc., de ce que S. Jérôme a cité S. Ignace, quoyqu'il n'ait pas cité Théophile, est assez naturelle. En voicy une autre qui le paroitra peut estre davantage. C'est que cette 4V cause est extraordinaire, fort surprenante, et paroist d'abord peu croyable. Voilà ce qui a fait que S. Jérôme a cité S. Ignace pour l'autoriser, au lieu qu'il n'y avoit aucune nécessité de citer Théophile, pour les 3 autres causes qui sont toutes naturelles et qui viennent facilement dans l'esprit.

V. R. n'a pas remarqué que l'hist. de la guérison du paralytique, Joh. 5, e[st] tirée du tr. 17. de S. Aug. sur S. Jean; et c'est une nouvelle preuve que les comment, dont nous parlons, ne sont pas de Théophile. Car cette explication estant singulière et du genre de S. Aug., il est indubitable que le compilateur Ta tirée de ses ouvrages.

Je croy avoir encore remarqué plusieurs endroits

pris ou imités des mesmes tr. de S. Aug. sur S. Jean,

et cela prouveroit, non seulement que les Comment.

en question ne sont pas de Théophile d'Antioche, mais

mesme que ce ne sont ceux que S. Jérôme a vus. Je

suis, [etc.].

fr. JEAN LIRON, M. B.

A St Serge, le 20 octob. 1700.

*) F. C. H. salue très affectueusement Vostre Réuérence.

•) D'une autre main.

Ce 10 Sept. 1694.

Vous me faites beaucoup d'honneur et de plaisir, Mon Révérend Père, en me communiquant l'inscription et la découverte du monument trouvé près de Besançon. Après que Monseigneur l'Archevesque a prononcé, je ne dois plus douter que cet Eusèbe n'ait été un Chrétien, et non pas un payen. Mais pour vous parler tout bonnement, puisque vous le souhaittez, je vous diray que, toute prévention à part, je suis persuadé que cet Eusèbe a été véritablem[en]t chrétien.

i^ Le mot d'Eusèbe est un nom de chrétien, et je doute qu'il se trouve dans l'antiquité des payens de ce nom, que je ne crois pas avoir été usité avant le christianisme, qui seul peut en effet faire des hommes véritablement pieux et religieux.

2^. Les croix potencées qui se trouvent gravées sur ce monument, sont encore une bonne preuve de la religion que professoit cet Eusèbe.

3^ Les figures de bélier et de génie habillé d'une cotte d'armes, que l'on a remarqué sur ce tombeau, me feroit douter si ce n'est pas la figure d'un pasteur et celle d'un Agneau, estant une chose fort ordinaire chez les anciens de représenter Notre Seig[neu]r et les fidelles sous ces figures. Mais comme on dit que c'est un bélier et un génie couvert d'une cotte d'armes, je n'insiste pas sur cette conjoncture, quoiqu'il me paroisse tout à fait extraordinaire de donner à vn génie une cotte d'armes.

•) Brouillon.

4^ Je ne sçay si Ion trouvera dans le paganisme aucun monument tel que celui dont il est question, avec un cercueil de plomb, enfermé dans un grand sépulcre de pierre et couvert d'une autre pierre taillée en dos-d'asne; manière qui a été de tout tems fort usitée parmy les Chrétiens, au moins en ces pays-ici, depuis environ douze siècles. Le cercueil de plomb même me feroit douter que ce monument fût si ancien, et la grandeur extraordinaire de la pierre ne m'en faisoit juger autrem[en]t. On en pourroit juger par la forme du caractère, que je souhaitterois fort de voir au moins bien dessigné.

5°. 11 y a apparence que cet Eusèbe étoit venu de Vienne, de Viena. 11 n'est pas sans exemple chez les anciens de l'écrire ainsy. On trouve Vienensis dans Gruter, où Ton trouve assez souvent VAve et Vale dans les inscriptions payennes.

6*». Loc, Ùb. veut dire que ce lieu n'estoit pas emprunté, mais propre à celui qui y estoit enterré: Locus liber.

Eximio ac Generoso Viro Domino Bernardo, in xdibus Jarrianis,

Parisios.

Antequam hinc discedas, Vir Clarissime temperare mihi non possum, quin aliquo xeniolo abeuntem amicum prosequar. NuUum mihi intérim occurrit aptius Dissertatione de Gregorii Magni Monachatu, cujus hodie pervigilium habemus. Hune tui comitem itineris, qui aliquando salutis vestratibus Dux fuit, apprecor. Eadem

sunt Michaeiis Germani mei vota, quae Tu accepta, Vir Clarissime, habere velis. Vale.

A Tuo JOHE MABILLON.

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