‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 24 sur 197 · FR. M. GERMAIN, M. B · texte numérisé non relu

FR. M. GERMAIN, M. B

*)Je ne doute pas que vous ne sachiez par d'autres lettres de D. Michel le détail de nos petites occupations

^} De la main de Mabillon.

en cette ville. Nous allâmes hier à Fiézoles, qui est vne abbaye de Chanoines réguliers, à vn mille de cette ville. C'estoit autrefois vne abbaye de notre ordre. C'est de là que Ton a tiré le livre de S* Aug. de gestis Pelagiï, dont il y a 2 exemplaires dans cette Bibliothèque & vn autre à celle de S^ Laurent. Si je croiois que D. Thomas n'en eût point de Mss. d'ailleurs, nous conférerions ceux cy avec l'imprimé. Nous avons disné aujourdhuy avec le Prédicateur d'vne abbaye de filles de notre ordre, où il y a de fort bonnes pièces dans les archives. Nous retournons de saluer le R. P. Général des Camaldules, qui nous a invité chez luy. Nous irons passer le semaine s^*. Nous partirons quelq[ue] jour de la semaine prochaine pour aller à Luc & à Pises, quand ce ne seroit que pour remercier le Grand Duc des bontés qu'il a pour nous. Vous voyez bien par là, que nous ne partirons pas d'icy avant les festes, quelque diligence que nous puissions faire. J'ay désabusé le P. Noris de la créance dans laquelle il estoit touchant le P. Pagis. 11 nous a invité pour demain à disner avec M*" Magliabecchi, qui nous comble de faveurs. Je vous prie de dire à D. Thomas, que je salue de tout coeur, que l'histoire de aaxiliis, du P. Lemos, n'est pas imprimée. Le P. Noris le vouloit faire, mais on l'en a empêché. Je le presse de travailler à l'histoire des Donatistes. Mes respects à nos R^* Pères & à nos très chers Conf[rères]. Je remercie D. Nicolas, D. Edmond, F. Hyacinthe & Jean Bertin de leur souvenir. Adieu. Je me porte bien.

A Monsieur Monsieur Bulteau En l'abbaye de S» Germain des Prez

A Paris.

De Rome ce 30 apuril 1686.

Monsieur: Depuis l'ordinaire dernier nous avons reçu vne lettre de dom Michel Germain, mais qui estoit de si vieille date, qu'on ne peut dire où ils pourront estre à présent. 11 marquoit dans cette lettre les découuertes qu'ils ont fait à Florence; comme Je croy qu'ils en auront escrit à Paris, je ne m'arreste point à vous en faire le détail. En vous parlant, dans ma dernière, de cet Évesque Napolitain, je me suis trompé en ce que j'ay dit qu'il avoit esté dégradé, car on ne dégrade pas les Évesques: on l'a privé de son Évesché et condamné à vne prison perpétuelle dans vn monastère, c'est à dire qu'il aura le monastère pour prison. Cette affaire fait beaucoup de bruit, et vn de ceux que le Pape avoit commis pour l'examiner, nous a dit que c'estoit vne chose étrange, qu'on eust ainsy condamné vn Évesque sans avoir confessé le crime dont on l'accusoit, et sans en avoir esté convaincu. Vne humeur chagrine disoit dernièrement, que le bref qui condamnoit cet Évesque estoit plutost émané de plenitudine Tempestatis que de plenitudine potestatis. On fit icy mercredy dernier au s* office ce qu'on appelle en Espagne et en Portugal vn auto di fe, c'est à dire qu'on y fit faire abjuration à vn homme de plusieurs erreurs qu'il avoit

avancées. Cet homme estoit vn Enfant trouvé de Lyon, élevé dans Thôpital de cette ville là, de la manière qu'on a coustume dy instruire ces sortes de gens. Estant venu à Rome, il avoit semé parmy des famelettes quelques vues de ses opinions, qui sont si extravagants [sic] et si folles, que Fauteur méritoit beaucoup mieux d'estre mis aux petites maisons qu'à Tlnquisition. Entre autres extravagances et Impiétés, il disoit qu'il couchoit toutes les nuits avec la S" V^ierge, par Tordre Exprez de J. C. lugez du reste par cet Échantillon. 11 fit son abjuration en la grande sale du s' office, en présance des Cardinaux et prélats de cette congrégation, de tous les supérieurs des maisons religieuses, et des curez de cette ville, qu'on avoit convoqué pour ce sujet. On Ta condamné à vne prison perpétuelle, à dire tous les jours le credo, le rosaire vne fois la semaine, de se confesser et communier quatre fois Tannée. On s'est étonné de ce qu'on a fait abjurer de si ridicules et extravagantes opinions avec tant de pompe et avec tant d'éclat à vn homme dont on n'avoit jamais ouy parler et qui ne pouvoit pas avoir grand suite, et de ce que la s'^ communion, qui est le pain des vrays fidelles et la récompense des âmes véritablement converties, et qu on interdisoit autrefois jusqu' à la mort à ceux qui estoient tombez dans de grands péchez, soit donnée par pénitence à vn homme qui paroist si peu capable d'en connoistre le prix. Ce fou là ne laissoit pas d'avoir quelques disciples; j'ay vu vne lettre qu'vn de ceux là escrivoit au Pape, où il signe: Jean Baptiste le Bailly Parisien, le voyant de Dieu. Cette lettre est fort longue; il n'a tenu qu'à moy de la lire toute entière, mais je n'ay pas cru devoir y perdre tant de temps. Entre autres Impertinances, il dit au Pape: c'est

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sur VOUS, dit il» que j'attache mes prophéties, comme estant la porte principale du Temple, afmque toutes nations, langues et peuples sachent et entendent les choses que Dieu a déclarées de faire en bref. Donnez en, dit il, avis à sa majesté très chrétienne, préparez la à recevoir le jeûne, car l'ire de Dieu est sur son royaume et particulièrement sur la ville de Paris qui est à l'agonie de la mort, etc. A la fin il dit au pape: Je me décharge sur vous de la charge que m'a donné le seigneur, qui est celle que Dieu donna autrefois au prophète Ézéchiel, etc. Faut-il que nostre nation produise de si extravagants personnages! Il vaut mieux vous entretenir de quelque chose de plus agréable. Dimanche dernier on tint chapelle au palais du Pape pour rendre grâces à Dieu de la conversion des hérétiques de France; il y avoit vn concours de monde extraordinaire. Tous les Cardinaux qui sont en estât de pouvoir paroistre, y assistèrent. Mons"^ le Cardinal d'Etrée célébra la messe. Quand on entonna le Te Deum, tout le Canon du château S* Ange tira, et toutes les cloches de la ville sonnèrent pendant vne demye heure. On ne pouvoit rien désirer pour rendre cette cérémonie auguste, que la présence du Pape, qui n'y assista pas apparemment par ce qu'il devoit tenir consistoire le landemain. Sa santé ne luy permet pas de pouvoir faire tant de fonctions de suite. L'ordre du Pape portoit, qu'on eust aussi à chanter le Te Deum dans toutes les Églises, tant patriarchales que collégiales, régulières et séculières de cette ville, au mesme temps qu'on entendroit tirer le canon au château. Le soir de Dimanche et du Lundy, on a fait des feux et des Illuminations par toute la ville; le palais du Vatican et la coupole de S* Pierre ont esté éclairée [sic], et tout II. 10

s'est passé comme la veille et le jour de ce prince des apostres. Excepté qu'on n'a point fait de Girandole. Les Églises de la nation ont chacun vn jour en particulier pour chanter le Te Deum, aujourd'huy c'est chez les pères du Tiers ordre de S* François que se fait cette cérémonie. Ces pères ont invité le père Procureur d'y officier, il va tout présentement y célébrer la messe, qui sera chantée par la musique. —

Nous retournons tout présentement de cette cérémonie, qui a esté beaucoup plus solemnelle que je n'avois espéré. Ces Religieux ne sont pas riches, mais ils ont du cœur. La musique et la simphonie ont esté des plus belles; le Te Deum a esté chanté au bruit des mortalets et des Trompettes. Le R. P. Procureur y a officié et a fait voir, qu'il n'avoit rien oublié du chant et des cérémonies de l'Église.

La principale cérémonie se fera de Dimanche en huit à l'Églize de la Trinité du Mont. Sur tout on fera de grandes charités aux pauures. Nous vous mandrons le détail de cette feste, quand on l'aura célébrée. Le pape, comme je vous ay desjà dit, tint hier consistoire. J'aurois presque juré, qu'il auroit créé des Cardinaux; néanmoins on y a préconizé seulement quelques Évesques, entre autres le R. P. Montecattino, Procureur général des chartreux, pour estre archevesque d'Avignon. Le bruit de ville est que le Pape tiendra jeudy prochain consistoire publicq, pour donner le chapeau au Cardl. Mellini qui s'ennuye fort de ne pouvoir assister aux fonctions. Je ne croy pas, que ce bruit soit véritable. S'il est vray, la promotion des Cardinaux est reculée de bien loin. Je me recommande à vos s'* prières et suis, (etc.)

FR. JEAN DURAND, M. B. l

*)Tout se prépare pour la prise de possession du tiltre de monsgr. le Cardl. d'Estrées, c'est à dire de la Trinité du Mont. Nous auons vu ce matin des chariots chargés de vin, qui sont destinés pour les fontaines de cette liqueur qui doiuent couler. On croyoit que ce seroit pour dimanche prochain, mais on me vient de dire que le R. P. Semery, jésuiste [sic], qui doit faire Toraison ou panégyricque n'a ordre de se tenir prest

que pour le dimanche en huit. Les pères des et

de **) sont toujours également panchés du Costé

de raccommode[men]t et du procez, et je ne sçay de quel costé ils tourneront. Molinos est fort mal dans ses affaires, je le sçays d'un bon endroit. Nos voyageurs sont fort contens de leur séjour à Florence, où ils ont trouué des Italiens parlants françois sur les affaires du 15 siècle.

Au Révérend Père Le Révérend Père Dom Jehan Mabillon ou en son absence au Révérend Père Dom Placide, Religieux Bénédictin à l'Abaïe St. Germaiîi des prcz A Paris.

A Oriéans, Samedi ce 22 Févr. 87.

Mon Révérend Père:

Je suis extrêmement obligé au R. P. Noris, qui me croit à Paris, de Tocasion de me remetre dans l'honneur

*) De la main d'Esticnnot.

•♦) Deux lettres illisibles.

de votre souvenir, comme vous verez par l'extrait cy joint d'une letre que j'ay receue dud. Père: »Cum primum videbis D. Jo. Mabillonium ac D. Michaelem Germanum, eosdem, precor, etiam atq[ue] etiam meo nomine salutes. Equidem rarô apud viros eruditione, probitate ac comitate insignes hic fui, quod semet inter pulverulentas Bibliothecas cariosos codices excussari perpetuô claudebant. Imô nec eisdem, cum discessêre, vale ultimum dedi, ac fere questus sum cum indignatione cum Dno Magliabechio, qui eorundem discessum mihi non indicasset. Hujus erroris inofficiosi conscientiâ mordior, quare te séquestre, ab humanissimis viris veniam impetrem. Redeo ad Epocham Chalcidis.«

Le traité que fait cet excelent Auteur De jEvis et Epochis Syromacedonum s'avance fort, mais il est retardé par quelques types qu'il atend de monsieur Vaillant et de monsieur Morel. Il y aura dans cet ouvrage de très belles choses, comme j'en puis juger pas de grands échantillons dont il m'a régalé. Je ne sçai si vous savez, que j'ay aussi lié com[m]erce entre mons' de St. Asaph et lui, comme j'avais fait entre ce savant Évéque et le R. P. Pagi. Leurs letres passent par mes mains.

J'ay de mon côté des excuses à vous faire, diférentes de celés du P. Noris: c'est, mon R. P., de ce que je partis sans me donner l'honneur de vous saluer; mais comme cela fut subit, je me flate que vous aurez pour moi de l'indulgence, aussi bien que les RR. PP. Germain et Placide ausquels ie demande la même grâce, en les assurant de mes très humbles respects. J*ay apris ici avec déplaisir votre indisposition, en quoi toute la République des letres est fort intéressée. Mons"" Formentin, qui part Lundy prochain pour aler aux

missions des nouveaux convertis avec Monsg»" l'Évêque, m'a chargé de vous faire ses complimens.

Je recommande à vos prieurs et de votre communauté la santé de ma mère, qui est toujours mauvaise, et vous prie d'avoir la bonté d'acheminer ce paquet inclus, mais principalement d'être persuadé du respect, (etc )

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