LUI
ESTIENNOT A MABILLON
Pour le R. P. Mabillon.
A Rome ce 31 mars 1691.
Samedy le 24, sur le soir, messieurs les cardinaux D'Estrées, Bonzi et Le Camus arriuèrent à Rome, M^ le cardinal de Bouillon estant resté à Ronciglione à cause d'un léger accez de fiebure, dont s'estant remis par un peu de Repos, il arriua aussi le 2$ sur les 7 heures
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du soir. Ces éminences ont toutes logeez [sic] chez M"^ Tambassadeur, à la réserue de M*^ le cardinal D'Estrées» qui dès le premier iour après souper ou la collation se retira dans son palais. Le mardy, enuiron 5 heures aprez midy, elles furent conduites par nfotre] ambassadeur à la basilique de S* Pierre, et après auoir fait leur [sic] prières deuant le S^ sacrement et le tombeau des apostres, elle entrèrent au conclaue.
11 est inconceuable la foule du peuple qui accourut par les rues et les places, n'estant pas iour de feste> pour les uoir passer, et sur tout sur le portail et dans l'église de S* Pierre, d'où ils n'auroient pu sortir sans qu'ils estoient accompagnez des gardes du mareschal et gouuemeur du conclaue. Le peuple cria en plusieurs endroits où ils passèrent: «Seigneurs cardinaux, faites pape un Romain, ne faites plus de Vénétiens!« Les cardinaux saluoient courtoisement le peuple et firent distribuer des grosses aumônes aux pauures, et estant paruenus à la porte du conclaue, ils y furent reçus par les cardinaux chefs d'ordre et par la plus grande partie du sacré collège, et M^ le card. de Fourbin s'y fit porter en chaise, à cause qu'il s'estoit un peu fait mal à la iambe, allant rendre visite au card. Caraffa.
Le Dimanche, 2; du mois, arriua aussi le cardinal Vrsin de Grauine. On parle touiours plus que iamais de l'exaltation de Barbarigo, et les Zelanti persistent à ne uouloir point d'autre pape, (^'autant plus qu'ils sont persuadez, que les François y concourreront auec eux, parcequ'ils sçauent qu'ils ne souhaitent que l'élection d'un suiet plein de probité et de uertu, et qui ait de la droiture: c'est pourquoy il leur semble, qu'il ne leur manque que le contentement de l'empereur, dont on attend la réponse la semaine prochaine, et alors, le dit
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cardinal inclus ou exclus, ne s'estant fait iusq[u]à présent d'autre négotiation que pour luy, le conclaue se terminera par l'exaltation pour cette Éminence, J'entend dire pourtant que sa pratique cesse et qu'Altieri est sur le tapis; il a, dit on, déià 36 uoix. Les astrologues, dont il y a grand nombre dans Rome et à la suite des cardinaux, qui les consultent comme les interprètes des astres où est écrite la fortune et la destinée d'un chacun, tombent d'accord, que le pape se fera le 1 1 du mois prochain. Mais on y croit peu, particulièrement ceux qui ont connoissance des brouilleries et diuisions du conclaue, qui prouiennent du grand nombre des factions et des intéretz de ceux qui en sont les chefs. On escrit de Ferrare, q[u']une des églises de la ville estant tombée, et dans le temps que pour la réédifier on creussoit les fondements, on auoit trouué un tombeau dans le quel estoit un corps qui tenoit dans sa main un éuentail auec une piastre d'argent fort large oili il y auoit escrit, que dans le temps qu'on ouuriroit ce tombeau, les estoilles régneroient dans le Vatican. On dit que le mort est là depuis l'an 1300. Le 29, le cardinal Vrsini de Grauina est entré dans le conclaue, où il ne manque plus aucun des cardinaux qu'on attendoit, car on sçait bien que les cardinaux Dalencastro, dont le bruit courre qu'il est mort, Portocarrero , Fustemberg [sic] et Radiouschi ne viendront plus. Pour ce qui est du card. Visconti, on est encor incertain s'il viendra, et le cardinal gouuerneur entrera aussitost que sa goûte le luy permettera, de sorte qu'il y a présentement dans le conclaue 62 électeurs, et que pour faire l'élection il faut 41 uoeux [sic], sans l'éleu, et 21 sont plus que suffisants pour l'exclusion. Mr. le cardinal de Fourbin a le secret. On sçait que si M*" le cardinal
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de Fustemberg eust uoulu uenir à Rome, M'' le card. de B. n'y seroit pas uenu. On s'étonne icy que M*" Serte, qui auoit esté expressément rapellé de Rome par la cour, y soit retourné sans une permission expresse et soit le conclauiste de son maistre, auec l'abbé de Polignac. M' l'abbé de Nermoustier l'est de M*" le cardinal D'Estrées. Le p. Recanaty, célèbre prédicateur capucin, est mort. Le père Marchese de l'Église neuue trauaille de toutes ses forces à procurer la papaueté au card. Barbarigo. Il a fait parler pour luy aux cardinaux françois, à qui il asseure toute sorte de satisfaction pour la France par ce cardinal quand il sera fait pape, qu'il donnera les bulles, sans pourtant toucher à la bulle dernière, que l'ambassadeur de Venise s'en rendra caution de la part de la république. 11 paroist de ce père une lettre qu'il escrit à l'empereur pour le porter à leuer l'exclusion donnée à Barbarigo; elle n'est pas d'un bon goûts [sic] ny trop iudicieuse. M"" et M^* de Neuers deuoient partir auiourd'uy pour France. Les Allemands et Espagnols qui estoient dans le Mantouan se sont retirez uers Alexandrie, pour aller dans le Piedraont au secours de Nice. Villefranche et le fort se sont d'abord rendus, et Nice; il ne reste plus que la citadelle et le chasteau, où il y a 1500 hommes de trouppes régléez et autant de Milice. On uoit icy des lettres du 5 de Mars, qui parlent du siège de Mont auec cent mille hommes, et que le Roy y doit aller. On dit de plus que le prince d'Oranges a eu quelq[ue] atteinte d'apoplexie. Tout cela passe pour chymère icy, et moy ie n'y crois rien.
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Pour le R. P. Mabillon.
A Rome ce 7 auril 1691.
Le conclaue est fort embrouillé. La diuision est grande. On a fait imprimer dans l'imprimerie de la chambre apostolique le breue du pape deffunct contre le clergé de France, et on Ta porté dans le conclaue. Les Ca[r]d[inau]x ueulent obliger le pape futur de le confirmer et ne point donner de bulles aux éuesques de France, qu'ils n'ayent retracté en bonne forme ce qui s'est fait dans l'assemblée de 1682. Mais aussi nos cardinaux demandent, qu'autant que de procéder à l'élection d'un pape, on termine les différents ou quon oblige le pape, qui se doit faire, d'assembler^ un concile général pour décider de cette matière contentieuse. Les partisans de la maison d'Autriche ont pris occasion de cette proposition des François, de dire, pour les rendre odieux, qu'ils demandent un concile général ; cette proposition, quoy que faite ainsy sans autre dessein que pour détourner l'effet de l'impression de la bulle du pape deffunct, ne laisse pas de causer un grand embarras dans le conclaue. Si on la poussoit vigoreusement [sic], ce seroit asseurément un grand suiet de mortification à la cour de Rome. Le cardinal Chigi a fait deux démarches qui font du bruict. La pr[emière] est, qu'il a escrit au Roy, par le dernier courrier que M'' l'ambassadeur a dépesché en France, depuis 3 iours, une lettre pleine de soubmission et d'attachement à sa Majesté, qu'il prie d'oublier le passé et croire qu'elle
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n'aura iamais un seruiteur plus fidel [sic] et plus attaché et déuoué à ses intérêts. La 2* est, que ce cardinal et Altieri estant mal ensembles[sic], ils ont pris pour médiateurs de leur réconciliation, qui s'est faite, Chigi Delpbini, et Altieri mr. le card. D'Estrées. Le cardinal Spinola, gouuemeur de Rome, est entré dans le conclaue; il y a esté obligé par l'intrigue de Carpegna qui a découuert, que ce cardinal gouuerneur, soub praetexte d'infirmité, restoit hors du conclaue, et qu'il s'en préualoit pour faire des pratiques à la sourdine pour se faire pape; et en effet, l'ambassadeur d'Espagne l'alloit uoir toutes les nuicts pour prendre auec luy des mesures de le faire pape, dans Tespérance qu'estant génois et de luy mesme ennemy des François, il ne leur feroit pas moins de mal que les deux précédens papes. Le cardinal Grauina, zélé outré, en entrant dans le conclaue, a fait grand bruict de n'y pas uoir ce cardinal, et a protesté que s'il n'y entroit incessament, il en sortiroit. Les Zelanti ueulent, qu'on remette en vigueur la bulle d'innocent XI. pour l'abolition du népotisme. Un d'eux a fait une très belle escriture pour cet effet. Il y a remontré qu'il n'y a pas d'autre moyen de fermer la bouche aux haeretiques, d'édifier les catholiques déià trop scandalisez, et de dégager la chambre apostolique qui doit iusq[ue] à 37 millions d'escus. Le cardinal Franzoni en a fait une autre, où il montre qu'il est nécessaire de faire un pape qui soit ieune et vigoureux, pour trauailler efficacement au bien de l'église. La princesse de Rossana Spinola, nouuelle épouse du fils aine du prince Borghese, est arriuée dans Rome, comme aussi D. Gasparo Altieri, nepueu du cardinal de ce nom et père du ieune. Cela embarasse le card. son
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oncle, qui appréhende que l'amuée, si à contre temps, de ce nepueu ne luy fasse tort.
Le 2 du présent mois, l'ambassadeur d'Espagne a dépesché un extraordinaire à Gênes pour de là passer par mer à Madrit. On croit, que c'est pour ses affaires particulières et sur ce que Ton a eu aduis, par la uoie de Gênes, de la mort du Duc Médina Celi son père.
Le 3 il est arriué au soir en cette ville un extraordinaire de Versailles, qui a apporté des lettres du Roy à Mrs les cardinaux et à mr. l'ambass*^ de France. Par ce courrier, non seulement on a eu la confirmation de la prise faite par mr. de Catinat du port et du chasteau de Villefranche, de S. Souspice et de Montalban, en suite de quoy il auoit commencé le siège de Nisse, mais encor que sa Maiesté estoit partie le 17 de mars auec Mgr C. pour aller faire le siège de Mont. Cette nouuelle a fort consterné ceux du party austrichien et Orangiste et donné beaucoup de ioie aux amis de la France. On en attend auec grand empressement le succez. Nous auons aussi appris, par la uoie de GéneS; la reddition de la ville de Nice; 11 ne reste plus que le chasteau, qu'on bat vigoureusement auec quatre batteries. Le 3, l'aprèsdinée, le comte de Melphor a esté à l'audience du sacré collège; il présenta d'abord les lettres du Roy son maistre en response, à celles que le dit sacré collège luy auoit escrite [sic] touchant la mort d'Alexandre 8. Le comte Melphor fit en suite un discours en françois, très beau et fort éloquent, sur le pauure estât de la religion catholique, affligée et tyrannisée, dans ses [sic] trois Royaumes, il fit un portraict très vif de ce que le Roy Jacques auoit souffert pour y auoir uoulu rétablir la religion catholique. Il y dit en passant, que le pape deffunct l'appelloit souuent un
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martyr viuant, etc. Mr. le cardinal de Bouillon, qui estoit ce iour là chef d'ordre, luy a fait une réponse en latin, au nom du sacré collège, qui est fort estinfée. Tous les cardinaux allèrent en suite, les uns après les autres, complimenter le comte Melphor, à la réserue des Autrichiens, qui n'ont point uoulu paroistre à cette action. Le cardinal Ottobon, parlant à ce ministre, luy dit entre autre chose, qu'il estoit bien fasché que son oncle n'auoit rien fait pour le Roy d'Angleterre, mais qu'estant présentement deuant Dieu, il espéroit qu'il suppléeroit aduantageusement à ce défaut par ses intercessions. De Judice et Homodei, quoy que suiets d'Espagne, ont esté complimenter aussi le comte Melphor. Le cardinal Visconti est enfin arriué, fort incommodé. Quand il sera entré dans le conclaue, le nombre des cardinaux qui y doiuent estre sera complet, car on n'attend plus Radiouuischi, qu'on sçayt n'y deuoir point uenir. On parle présentement froidement de Barbarigo de Padoue pour la papauté. Conti est sur le tapis, comme aussi Acciaoly, Marescotti et Altieri. On asseure que Delphini y aura bonne part. Il y a bien de l'apparence ; que nous n'aurons pas sitost un pape. On croit que les François en retardent l'élection, pour attendre le succez des armes de sa Maiesté et en Flandre et en Italie. Le gouuerneur de Milan a enuoyé 5000 hommes au Duc de Sauoye, qui [a] aussi depesché le prince Eugènes à Vienne pour presser l'empereur de le secourir et d'hommes et d'argent. Cependant les nouuelles de Venise portent que ce prince a esté rappelle et que l'empereur faisoit marcher seulemens six cent hommes au secours du Duc de Sauoye. Ce mesme gouuerneur a aussi enuoyé solliciter la flotte hollandoise et angloise, qui est à Ligourne, de se mettre
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en mer pour s'opposer à la françoise qui menace Final après Texpédition de Nice; mais ces marchands n'en ueulent rien sçauoir et se tiennent touiours dans le port. Il est bien uray qu'on escrit de Gênes, qu'ils attendoient quelques vaisseaux de guerre qui sont à Alger. On dit aussi» que la république de Gênes a esté admonnestée par la France de garder plus religieusement qu'elle ne faisoit la neutralité, faute de quoy elle pourroit bien receuoir encor quelque mortification de la part des François. Le Mantouan est en repos, par ce que les Allemands et les Espagnols ont esté obligez d'en sortir pour entrer dans le Milanez, où ils sont nécessaires. On dit que le marquis de Leganez est arriué à Alicante, pour uenir prendre possession du gouuernement de Milan, mais la difficulté sera d'y arriuer, à cause de la flotte françoise qui croise sur ces mers par où il doit passer.
Le sçauant père Noris a trouué dans l'église cathédrale de Rauenne un cycle paschal, qu'on dit estre de Denis le petit; il est sur une pierre de Marbre. Mgr. Champigni le fait grauer et imprimer, à la prière du père Noris, qui doit faire dessus quelques dissertations.
Il arriue tous les Jours des Allemands dans Rome; on asseure qu'il y en a déià plus de 1200. M' l'ambassadeur fait des soldats pour sa garde, ce qu'il auoit négligé iusq[u']à présent. On luy a représenté que cela estoit nécessaire, pour ne point estre exposé à quelq[ue] insulte. Il y a quelque temps qu'estant en carrosse et suiuy par l'ambassadeur d'Espagne, son coché [sic] le couppa par deux fois, et on asseure que deux assassins qui sont aux gages de l'ambassadeur d'Espagne» vont espiant celuy de France pour luy faire insulte. Le père Blandinière est enfin party auec un équipage
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de 4 cheuaux. Mr. le card. de Fourbin l'a uoulu retenir iusq[u'] après pasques, et l'a asseuré, que la première grâce qu'il demanderoit au Roy, seroit de luy donner un éuesché. Cependant il paroist icy une longue chanson qu'on a fait sur ce bon père, et il y est satyriquement mal traitté. La chanson est françoise et a esté faite par un François. Nos abbez nouuellement uenus, et qui ont de l'argent frais, iouent gros Jeu icy et à la bassette.
Le cardinal Visconti, qui est arriué icy, se plaind fort de la mauuaise conduite des ministres d'Espagne, sur tout du Gouuemeur de Milan, qui a excité sans raison la guerre en Italie par les François et fort irrité les Milanois par ses pilleries et extorsions, item de D. Liuio d'auoir donné le secret de son party au card. D'Ada, après l'auoir osté au card. Coloredo. Le grand Duc de Florence a escrit au card. de Médicis, son frère, de ne point dégouster mrs les cardx françois et garder toutes sortes de mesures auec eux, ne uoulant point que la France eust aucun suiet de se plaindre de sa conduite.
Le fauory de l'ambassadeur d'Espagne, nommé D. Josèphe de Villanoua, accusé et comme conuaincu d'auoir fait maltraiter le pauure Antonio Banquerotti, riche marchand qui mourut de ses blessures, il y a peu de iours, et d'auoir aussi fait arracher insolament un alnianach dans la boutique d'un marchand françois, doit partir cette nuict auec le courrier de Milan, et le dit ambassad[eu]r est obligé de s'en deffaire pour faire croire quil n'est pas l'autheur de toutes ces insolences, parceque le Card. gouuemeur de Rome ne pouuoit s'empescher d'en faire lustice.
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Pour le R. P. Mabillon.
A Rome ce 15 auril.
11 nous manque trois ordinaires. Deux estoient déià arriuez à Suze, sur l'accommodement arresté pour le passage des courriers par le Piedmont, mais le Duc de Sauoye n'ayant pas uoulu le ratifier, sur un léger prétexte, ils ont esté obligez de retourner sur leurs pas pour aller prendre la mer.
M*" le cardinal de Bouillon est sorty le 8 du conclaue, incommodé d'un Rheume accompagné de la fièbure. Il s'est retiré chez le card. Maldachin pour y estre en repos et y prendre plus commodément des remèdes, par l'aduis des médecins. On croit, que son mal vient de chagrin. On publie, qu'il y a en entre luy et M"^ le cardinal d'Estrées quelques paroles sur ce que le premier portoit le cardinal Conty pour estre pape, et qu'il en auoit escrit un billet de compliment à la duchesse de Guadagnole, niepce du dit card. Conty. Ce procédé ayant este découuert, le card. D'Estrées en auoit fait des plaintes à M"" le card. de Bouillon, en des termes pourtant ciuiles, mais qu'il auoit pris en mauuaise part. Il y en a qui croyent que cela se fait de concert entre nos seigneurs les cardinaux et M^ l'ambassadeur, pour auoir lieu de tarder l'élection du pape. Le siège de Mons, dans les circonstances qu'on sçait, fait icy un effet merueilleux; on en est surpris, d'autant plus que le Roy y est en personne, et qu'il se fait à la barbe du prince d'Oranges et des princes confédérez.
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On escrit de Mantoue que le Duc de cet estât s'est accommodé auec les Espagnols, qui entretiendront garnison dans Gazzolo.
Sur le soubpçon qu'on a eu, ces iours passez, que la maladie d'une certaine femme qui estoit à Thospital de S^ Jean de Latran, pouuoit estre quelque espèce de mal contagieux, on fit aussitost toutes les diligences nécessaires pour en découurir la uérité, mais si publiquement, que cela donna lieu au peuple de s'allarmer, s'imaginant que l'infirmité de cette femme estoit quelque charbon, ce qui causa une grande épouuante dans Rome. Mais on a reconnu, par les informations faites pour la consolation des habitans et des étrangers, que cette maladie consistoit seulement en quelque mal vénérien, ce qui a rasseuré tout le monde. Le mesme iour, sçauoir le Dimanche des Rameaux, le card. Visconty est entré dans le conclaue auec une grande acclamation du peuple dans les rues par où il passoit, et encor plus dans l'église de S* Pierre. La mesme nuict du dimanche au lundy, quelques Domestiques de M*^ l'ambassadeur de France on[t] donné des coups de bastons au Caporal des Sbirres du quartier del Monti, lequel, quoy qu'auerty auparauant de ne se pas faire uoir si souuent ny de s'approcher, comme il faisoit, du palais de son Excellence auec tant d'affectation et sans nécessité, ne laissoit pas de continuer par manière de mépris. Il est à remarquer, que M' l'ambassadeur luy en ayant demandé luy mesme la cause, il auoit répondu qu'il le faisoit pour épier le capitaine du palais de l'ambassadeur de Venise, qu'il auoit ordre de prendre. Son Excellence, ne uoulant pas que son palais seruit aux spies de celuy de Venise, ordonna qu'on luy donnast quelques coups de bastons, sans pourtant l'assommer.
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mais on outrepassa son ordre, car on luy en donna tant qu'on le laissa pour mort, et on asseure que s'il ne l'est, il n'en reviendra pas. Cette auanture a donné lieu au bruict qui se répandit dabord, que son Excellence reprenoit son quartier des franchises, mais ce bruict est faux: son Excellence n'y a point pensé. Cependant le sacré collège, ou mal informé du fait, ou uoulant se préualoir de la grande modération de M^ l'ambassadeur pour le porter à faire un acte contraire aux franchises de son quartier, luy députa Mgr. Spinola, nepueu de card. mort de ce nom, pour le prier de faire iustice sur l'attentat de ses gens contre un officier de la iustice. M^ l'ambassadeur, après auoir fait beaucoup d'honnesteté à ce prélat, luy dit d'un ton graue et fier, qu'il ne pouuoit auoir pour agréable une telle ambassade, qu'il s'estonnoit que le sacré collège luy uoulût faire une affaire d'auoir fait chastier auec tant de modération un insolent qui estoit uenu l'insulter iusq[ue] dans son palais, sans aucun respect à son caractère, qu'il en estoit d'autant plus étonné que l'ambassadeur d'Espagne auoit fait, et faisoit encor tous les iours, des violences exorbitantes contre tout le monde, et singulièrement contre les ministres de la iustice, qui n'osoient rien faire aux enuirons de son palais, sans que leurs Éminences eussent osé luy en faire aucune plainte, ny dire un seul mot, etc. Le prélat fit son rapport, et les cardinaux, ne croyant pas deuoir se commettre auec son Excellence, se sont addoucis, ont approuué son procédé et condamné la témérité du sbirre, et en ont fait des excuses.
Le mesme iour, 8' du mois, nous auons appris la reddition du chasteau de Nice, par une barque venue de Monaco à Ligourne au consul Cotolendy, qui Ta
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fait sçauoir à M*" nostre ambassadeur, par son nepueu uenu à Rome pour d'autres affaires. Cependant l'ambassadeur d'Espagne, par un courrier supposé uenu de Gênes, en auoit répandu la nouuelle contraire. Il s'est fait là dessus force gaiures de part et d'autre; mais enfin hier, par la poste de Gênes, on a receu la confirmation de cette grande nouuelle, auec les circonstances que uous sçauez sans doute. Les Italiens croyoient cette place imprenable, par ce, disoient ils, que Barberousse ne l'auoit pu prendre, et le Duc de Sauoye se flattoit d'y faire périr l'armée française; cependant elle n'a tenue [sic] que 5 iours de tranchée ouuerte. C'est ce qui épouuante icy tout le monde ennemy de la France et fait un effet merueilleux. Nous espérons dans peu, que leur surprise sera entière, quand ils apprendront la prise de Mons, que les gens de bon sens croyoient infaillible auant pasques.
Mardy, le dix du mois, il y eust une grande Rumeur dans Rome, sur le bruict qui s'estoit répandu, que le lendemain le card. Altieri deuoit estre eslu pape, et cela fondé sur la prédiction de quelques astrologues qui asseuroient son exaltation pour immanquable le XI, mais soub le respect de ces superstitieux, l'élection selon toutes les apparences tirera en longueur; et quoy qu*Altieri soit encor sur le tapis, on le croit perdu, car on asseure, que dans le scrutin du mardi dernier, où il auoit iusq[u'] à plus de 40 uoix, il s'en trouua plusieurs fausses, ce qui a fait beaucoup de bruict entre les cardinaux et sur tout les Zelanti, qui prendront suiet de cette fourberie, de s'en éloigner encor d'auantage. Ces zélez paroissent touiours attachez à Barbarigo, et ils attendent réponse de l'empereur sur son suiet. On parle diuersament de l'accomodement proietté entre Chigi n. 14
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et Altieri ; quelques uns disent, qu'il n'est pas fait, que Chigi ne se peut fier à la parole d'Altieri qu'il reconnoist pour un fourbe acheué et sans parole; d'autres asseure [sic], qu'il est fait, par ce que M' le cardinal d'Estrées s'en est rendu garant, et on adiouste mesme, que c'est soub la garantise du Roy. J'ay peine à croire cela, mais c'est le bruict qui en courre par Rome. — Le Duc de Medinaceli, père de l'ambassadeur d'Espagne icy, est mort. L'ambassadeur fait courir le bruict, qu'il luy vient une remise de 40000 pistoles, pour abuser de ses créanciers et trouuer crédit. 11 négotie pour faire le pape, et on luy offre déià pour deux cardinaux 1 00000 escus, mais il en ueut 150000 et contant. Le card. Capisucchi est sorty auiourd'uy du conclaue.