‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 29 sur 197 · MONTFAUCON · texte numérisé non relu

MONTFAUCON

Eximio Doctissimôque Viro Bernardo de Mountfaucon Johannes MiU

Literas tuas î° Aug. scriptas accepi, amicissime Bernarde, onustas (quae tua est humanitas plané egregia prolixissimaque in nos ac studia nostra voluntas) Leetionibus variantibus Manilij, quas è Codici Regio sum[m]â cura excerpsisti. De accepto munere maxime sibi gratulatur Bentleius noster, curabitque in Editione istius Poetae, quem, etia[m] post Scaligeri vestratisq[ue] Huetij vigilias, polire sat agit, ut enitescat orbi literario cui

tantum debeamus beneficium. Quod uti vere magnu[m] jâin, ita multa adhuc cumulatius futurum est, ubi Lectiones alias istas quas dicis nobiscum communicaveris. Certe quidem Scaliger Exemplar Gemblacense, ad quod Manilium infinitis mendis repurgatu[m] se dédisse gloriatur, oculis nunquam usurpavit. Usus est in hâc re amico nescio quo, qui Lectiones ei ex dicto Ms. transmisit, haud ita multas quide[m], si omnia in quibus codex iste discrepat ab excusis perpenderis. Plurimas summi momenti sicco pede pertransiit collator. Expertus loquor, ipsu[m] enim Codicem diu hic apud Anglos latitantem perlegi diligenter; omnesq[ue] Lectiones ejus varias descriptas apud se retinet Bentleius. Vereor ut fragnientu[m] ««ç* nd^ovç Xçiarov quod misi tibi, Athanasij sit. Edendum tamen omnino est quicquid Athanasij nomen ementitur. Sinceru[ni] ac genuinu[m] sit, an supposititiu[m], id vero viderint alij. Gaudeo, quod sub manibus habetis opus féliciter succedere. Lectiones quaeso omnes è Mss undecumq[ue] transmissas habeamus saltem ad finem operis, minutiori charactere. Nollem sane praetermissas. Verum hoc vestri arbitrij est. Hilarius, Hieronymus alijq[ue], quos orbi daturus est ordo vester literis propagandis unice jam intentus, ubi primum Pax postliminio, bono cu[m] deo, restituta fuerit, has oras nostras visuri sunt.

Absecundet incaeptis vestris literarijs Deus Opt. Max. — Vale, vir eruditissime. Raptim.

Oxon., Nov. 10. 92.*)

Quod epistola D. Millii ad te serô perveniat, noli mihi litem movere, vir Eruditissime. Domesticis quibusdam negotiis intentus ferè per vnum mensem absens

*! Jusqu'ici la main de Mill.

fui. Nullum tamen mihi videtur periculum fuisse in morâ: Et si quod fuerit, ignoscas velim. Responsiones tua obiectionibus nostris contra Historiam Judithae quam primùm in diario inserentur, nomenque tacebitur. Validiores possent tibi opponi, sed epistolae brevitas non sinit, et praeterea amplior dissertatio de Regibus Assyriorum, quam pollicitus es, expectatur. Fama Ordinis vestris in dies fit clarior, et assiduus vestrûm labor in Patrum editionibus curandis, pro Mabillonio et pro Monachorum studiis adversus ignorantiae latronos [sic], fortiter militât. Nescio an legeris libellum quemdam sub hoc titulo Advis important à M. Arnaud, cuius Autorem Simonium valdè suspicor. In quibusdem locis increpat doctissimi Mabillonii librum de studiis monasticis. Inter alia notât in catalogo librorum quos Mabillonius Monachis commendat S. Ephrem opéra G. L At subiungit: nunquam S. Ephremii opéra graecè édita sunt, sed tantum latine. Ante paucos dies cum Gronovio collocutus sum de prefatione sua ad librum Patris de pecuniâ veterum, in quâ satis acerbe in te invehitur, sicut modo adversus Harduinum in Praefatione suâ in Ciceronis opéra. Ipsum monui te olim ipsi responsum parasse. Statim respondit se libenter responsionem lecturum, dummodo abessent iniuriae. Fateor ipsum aliquando nimis acrem esse; sed eo est ingenio, vt impetu abreptus verba non semper exacte ponderet. Itaque si quid iniuriosum nimis, ad litteram non est intelligendum. Nihil est fere novi apud nos in Rep. litterariâ. Tentzelius editionem S. Basilii in Germaniâ meditatur, et Norisius Romae Responsum ad Harduinum de quibusdam numismatibus inter ipsos contenciosis. Mox prodibit N. Testamentvm Bezae cura Millii nostri; id est 4 Evangelia et Acta Apostol[orum]. Quippe epistolae

Pauli latitant in Bibliotecâ Regiâ. Tentzelius, de quo mox mentionem feci, edidit librum en 4° in quo scripta Ignalii, Polycarpi, Justini Martyris, Athenagorae, Tatiani etc. expenduntur; addita est dissertatio de disciplina arcani. Calixtius edidit in Germaniâ librum de chiliasmo ; et his in Provinciis Ph. à Limborg, apud Remonstr^ntes Professer, edidit in folio Historia Inquisitionis , cui subiungjtur liber sententiarum Inquisitionis Tolosanae ab anno J. C. ifo8 ad annum ipj, Mox prodiit exiguum volumen epistolarum Mazarini de pace quam vocant Pyreneorum. Praeterea nihil est alicuius momenti. Vale, Vir Doctissime, et mei aliquando memineris.

BASNAGE BAUUAL.

Hagae Comitis, 6° Id°* Janv. 1693.

Au Révérend Père

Le Révérend Père Mabillon

à Paris.

Ce n'est point icy, mon Révérend Père, une simple Lettre de civilité pour accompagner le billet de M"" de Tillemont que je vous envoyé. C'est un plaidoyé sur un différent dont je croy avoir authorité de vous rendre /uge; car M"" de Tillemont, qui est ma partie en ce poinct, s'en estant remis à moy et m'ayant envoyé une Lettre de créance pour tirer de vous, si je voulois, deux

•) De 1694 ou 1695.

dissertations, que vous avez à luy supposé que je persistasse dans le sentiment que je luy auois fait agréer et que je désirasse avoir ces dissertations. Je vous déclare d'abord que j'y persiste et que je les désire, mais en la manière que le peut faire un homme qui désire que son jugement et inclination ne soient la règle ni le principe d'aucune chose, et qui se remet de tout à la raison dont il vous rend juge, en ne prenant que la qualité de partie dans un différend qui est si peu animé, que, comme vous voyez. M"" de Tillemont s'en remet absolument à moy. La Lettre qu'il m'a écritte sera donc, s'il vous plaist, son plaidoyé contre moy, c'est à dire l'exposé de ses raisons, et celle cy sera le mien contre luy, et par là vous serez, ce me semble, très suffisamment instruit.

Voilà déjà l'exorde de ce plaidoyé dans ce préambule. Il faut venir au fait que voicy: Monsieur de Tillemont m'ayant envoyé les deux dissertations touchant la prison de S* Jean Baptiste et la pasque de nostre Seigneur, comme je me sentois peu capable de juger du fond et que je n'estois pas disposé à me mettre dans la teste tous les principes qu'il faut y avoir pour n'en parler pas témérairement, je m'attachay plus à la forme qu'au fond, c'est à dire aux inconvéniens extérieurs, qu'à la vérité intérieure de la question.

Il me sembla donc, que je remarquay dans ce qui regarde le père Lami nescioquam tristitiam orationis qui luy pouvoit déplaire si cet écrit devenoit public, et que cette tristesse ne consistoit pas tant dans quelques termes particuliers, mais dans un air général de chagrin répandu dans tout le discours, qui n'estoit adouci par aucun testimoignage d'estime. Il me parut donc que ce pouvoit estre une semence d'aliénation et d'un désir

secret de se rendre, entre ces deux personnes d'un si grand mérite, dédain pour dédain et chagrin pour chagrin, soit dans ce fait même soit dans quelque autre. M' de Tillemont est, à la vérité, la personne du monde la [sic] plus à couvert de ces soupçons. Cependant, je ne croy pas que ces sortes de contestations luy fussent fort agréables, et la prudence va toujours à les éviter. On ne pense pas d'abord à ces inconvéniens. Mais le peu d'expérience que j'ay du mestier, me les fait regarder comme très considérables. Ces querelles incommodent toujours celuy qui les fait naistre: elles luy font perdre le temps, en le détournant. Elles excitent souvent des discours peu charitables dans le monde qui lit ces Écrits. On répond de tout cela si l'on s'y porte sans nécessité.

Mais ce que je considère le plus, c'est qu'elles refroidissent beaucoup la charité dans celuy qui se croit blessé. On ne se l'avoue pas à soy même, mais enfin l'expérience ne fait que trop voir, que les personnes reprises ne regardent pas avec les mêmes yeux ceux qui les ont repris en public. Ils trouvent toujours quelque excez et quelque injustice, ou dans les paroles ou dans les choses, dans la manière ou dans le fond. Cela s'empare du coeur et couvre l'esprit d'un nuage qui luy fait voir autrem[en]t les choses. Je ne forme point ce jugement du P. Lami, et encore moins de M*^ de Tillemont, au cas qu'il s'attirast quelque réponse fascheuse, mais je le forme du genre humain dans le quel ils sont compris. Car l'on peut craindre de tout ho[mm]e, et pour tout homme, les défauts des hommes. Or ces refroidissemens de charité que l'on cause dans les autres, en affoiblissant leur charité, affoiblissent leur vie spirituelle, puisque la charité est cette vie;

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elles leur mettent dans le coeur un principe de mort. Si ce mécontentement est petit dans son origine, qui sçait ce qu'il deviendra dans son progrez, quand il sera attisé par les réflexions de l'amour propre et aigri par l'abus que des gens malins en pourront faire, et par le zèle indiscret de ceux qui épousent trop chaudement les intérests des autheurs?

Vne autre considération que je joignois à celle là est que le père Lami ayant esté poussé assez durement dans sa compagnie pour ces questions et croyant peut estre y avoir esté maltraitté, il luy seroit d'autant plus sensible qu'un autheur de réputation prist à tasche de le réfuter durement sur ce point, parceque les choses qui luy sont arrivées luy en rendent la mémoire plus désagréable. Ainsi, quand il auroit eu tort, il auroit besoin d'estre plus ménagé sur cet endroit que sur un autre. Et enfin, il semble que le précepte de l'Écriture: Non vindicabis bis in id ipsum, qui a servi autre fois de règle à S* Basile pour n'exiger des prestres que la privation de leur fonction pour des fautes que l'on punissoit bien autrement dans les Laïques, pourroit donner lieu de conclure qu'il ne faudroit rien adjoutter à la privation du séjour de S^* Magloire qu'on luy a prouvée par ce prétexte, et qui n'est pas petite pour un père de L'oratoire.

Touttes ces réflexions estoient fortifiées par une considération, tirée de la différence des Estudes du père Lami et de M"" de Tillemont, qui me faisoit croire, que pourveu qu'ils évitassent de se choquer et de s'aigrir en ce point, ils pourroient fournir l'un et l'autre toutte leur carrière de Littérature sans se rencontrer jamais ni avoir ensemble aucun démeslé. Le père Lami est un homme absorbé dans l'étude de la lettre de l'Écriture.

NICOLE A MABILLON llj

des langues qui y servent et des traditions Judaïques utiles pour l'expliquer. Il se sert de tout cela pour fortifier la foy de l'Église et pour la défendre contre les nouvelles hérésies et principalement contre les Sociniens, et Ton le verra apparemm[en]t appliqué à la preuve de la doctrine de l'Eglise contre cette dernière des hérésies, la plus dangereuse de toutes. M** de Tillemont s'occupe à l'histoire de l'Église.

Ainsi, dans des estudes si différentes, ils ne se rencontreront jamais; pourquoy donc ne pas esquiver une petite question incidente qui s'est rencontrée par hazard, et pourquoy se faire sur cela certains reproches qui ne sortent pas plus facilement de l'esprit des gens de Lettres que des autres?

Touttes ces réflexions, mon Révérend Père, m'ayant fait appréhender un mauvais effet de ce que M*" de Tillemont dit de la prison de S^Jean, je luy proposay, et sur cet endroit et sur celuy de la pasque, où il estoit aussi contraire au père Lami, de tascher d'adoucir cette diversité de sentimens, en témoignant au père Lami et à un autre sçavant de grande réputation, qui est M^ Toynart, uni au père Lami dans son opinion de la pasque, toutte la considération qu'il pourroit, et de marquer à l'un et à l'autre une disposition sincère de corriger dans ses sentimens tout ce qu'ils luy monstreroient estre faux, et dans ses expressions tout ce qu'il [sic] leur pourroit paroistre dur.

Monsieur de Tillemont approuva ce tempérament: il m'authorisa de faire cette avance quand je verrois le père Lami. 11 me dit que je n'avois qu'à luy demander ses dissertations et qu'il me les envoyroit aussitost. Sur cette promesse, le père Lami estant venu par hazard à Paris, peu de temps après, je fis l'avance

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que M' de Tillemont m'avoit authorisé de faire. Il m'en a paru obligé et a un très grand désir de voir .

ces dissertations. Cependant M^ de Tillemont ayant i

égard au proverbe grec qui déclare que les secondes pensées valent mieux que les premières, commence maintenant à distinguer entre la dissertation de la pasque et celle de la prison de S* Jean, et marque même que M*" son père est du même sentiment. Vous en verrez les raisons, mais ces raisons, bien loin de me persuader, me semblent prouver la nécessité de monstrer lune et l'autre. Car si les raisons de la dissertation sur la prison de S* Jean sont si fortes, pourquoi se persuade t'on que le père Lami ne sera pas capable de s'y rendre et de chercher plustost luy même un honnête moyen de se dégager de ce sentiment que d'y persister contre l'évidence de la raison? Si les expressions sont dures, comme on l'avoue, il est d'autant plus nécessaire de les adoucir et de s'en remettre à luy, afin de luy tesmoigner toutte la considération possible. Et enfin, je ne voy aucune voye de se dégager de la promesse qu'on luy a faitte auec authorité, à moins que de vouloir bien le choquer certainement par ce refus pour éviter un mécontentement incertain, tel que celuy que l'on craint de cette communication. En manquant de parole après l'avoir promis, il semblera qu'on ait un dessein secret de ne pas perdre cette occasion de se faire valoir en rabbaissant autruy. Je sçay qu'il n'en sera rien, qu'il n'y a rien de plus esloigné de la simplicité et de l'humanité de M'' de Tillemont, mais il doit éviter le mal non seulement dans luy même, mais aussi dans les autres et ne pas croire qu'on se puisse imaginer qu'ils sont aussi esloignés des sentimens ordinaires des autheurs que Dieu luy fait la grâce de Testre

effectivement. Voilà, mon Révérend père, ce dont vous avez à juger.

Je ne prens pour moy que le soin d'exécuter ponctuellement ce que vous ordonnerez. Envoyez moy donc ou une ou deux dissertations, mais prenez la peine aussi de m'instruire comment je me puis défaire de la promesse faicte au père Lami. Car je suis un ho[mm]e tout d'une pièce et sans adresse. J'ay dit, et j'ay pu le dire, que M^ de Tillemont m'avoit promis de me donner ces deux dissertations. J'ay dit que j'en avois escrit, et on en attend la réponse avec grande impatience. On me demandera d'où vient ce changement et quelle défiance luy a pris. Je vous avoue que je m'y sens embarrassé, et que si l'on me demandoit, comme Cicéron supposoit qu'Atticus luy demandoit: Die, Marce Tulli, qaid censés^ je répondrois auec luy: moriar si sciam, *) Surtout je n'ay aucune égard à cette raison, qu'un auteur qui auroit veu ces raisons pourroit en abuser et se seruir pour les réfuter par auance et leur ester ainsi la grâce de la nouueauté. Pourueu que j'agisse charitablement et chrestiennement enuers mon frère, je ne me mets en peine de la manière dont il agira contre moy. Tant pis pour luy, s'il y agit mal. Mais faisons toujours ce qui paroist plus honneste ^f plus charitable. Je suis, mon Réuérend père, vostre très humble et très obéissant serviteur NICOLE.

*) D'ici la main de Nicole luy-même.

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ESTIENNOT A RUINART.

Au Réuérend Père Dom Thycrry Ruynart, religieux bénédictin en L'abbaye de S* Germain des prés à Paris.

A Rome 22. mars 1695.

Mon Réuérend père:

Si tost que j'eus receu les sept exemplaires de Victor Wittensis de persecutione Wandalica, je les plaçay le mieux que je pus; je les aurois distribué auttrement, si j'auois seu uos intentions. Si vous pouués nous en envoyer encore trois, uous nous ferés plaisir; si uous ne le pouués pas, je les prendray icy chés les libraires, pour les enuoyer au Mont Cassin et à Florence. Je puis uous dire sans uous flatter, que uostre ouurage a esté icy bien receu, et qu'on n'y a rien trouué à redire, sinon qu'on auroit voulu qu'il eût esté in 4^ pour pouuoir faire un 2. vol. des act SS. MartfyrumJ, S(on] Éfminence] Daguirre a escrit en Espagne pour auoir un ms. de la bibl. de St. Laurent de l'Escurial, où il dit qu'il y a encore quelques ouurages de Victor Vittens[is] qui n'ont jamais paru, et dont, ce me semble. St. Euloge fait mention. Quoy qu'il en soit, il Ta demandé pour nous, et pour uous en pouuoir envoyer copie. J'ay enuoyé dans un petit ballot pour monsgr. L'arch. de Rheims, entre auttres pièces, les Var. lit sur le ms. de Victor Vittens. de la bibl. Vat. Elles sont peu de chose, et le ms. n'est pas ancien, mais quod abandat non vitiat. Acte de nostre bonne volonté. Le benedicite

ESTIENNOT A RUINART 221

que uous me donnés dans uostre lettre, ne m'appartient pas.

Tout à vous encore. F. C. E.

Au Révérend Père Dom Jean Guillot,

Religieux Bénédictin

à Rome.

A Paris le 25 Avril 95.

Vous continuez toujours, mon Révérend père, à nous envoyer des choses qui feront beaucoup d'honneur à notre édition. Je vous prie de vous conduire toujours par le mémoire que je vous envoyois. Cela m'est important. Je recevrais avec action de grâces le Typicum de St. Barthélémy, et je le mettray au premier tome que nous imprimerons d'Analecta Grœca.

Les parens de Mr de Tillemont ont fait arrêter la lettre qui couroit contre ses mémoires pour l'histoire Ecclésiastique, parcequ'elle avoit été imprimée sans privilège ny permission par le Sieur Dafity de Romi. Ctst à dire Faydit de Riom, car c'est son nom. Cet écrit est plein d'injures, il accuse Mr de Tillemont de vanité, d'ignorance, d'avoir omis des choses considérables, &c. Il y a quelques gens qui prétendent qu'il y a de rénidition et quelques bonnes remarques. La diversité de Sentimens m'a porté à la lire avec plus de soin, et j'ay trouvé, qu'outre qu'il parle fort mal françois, il fait

des bévues presque perpétuelles. Il commence par accuser Mr de Tillemont d'avoir calomnié Marcion et Hermogène, lorsqu'il dit qu'ils croyoient que la matière qui étoit éternelle, n'avoit point été faite. 11 prétend prouver par TertuUien que quoyque ces Hérésiarques ayent tenu, que la matière étoit éternelle, ils n'ont jamais dit qu'elle n'eut point été créée; cependant il n'y a que jetter les yeux sur les ouvrages de TertuUien contre Marcion et contre Hermogène, et on voit que le premier croyoit que le Dieu qu'il appelle malus et que Mr Faydit entend par le nom de matière, étoit indépendant du bon Dieu et du bon principe et n'avoit point été fait. Et quand à Hermogène, TertuUien dit expressément dez le commencement du livre contra Hermogenem , que cet hérétique disoit que la matière n'étoit point faite. Le reste de livre est de la même force. En un certain endroit il accuse Mr de Tillemont d'avoir omis quelques vers de Martial, oii il prétend que ce poète fait mention des Crétiens sans les nommer; ce qui n'a pas la moindre apparence. Et il dit ridiculement que cela est plus remarquable que tout ce qu'il a dit dans ses deux premiers volumes. Il dit aussi en un endroit que la Tingitane est une province de l'Egypte, ce qui est une faute énorme contre la Géographie. — Monsieur Amontons vient de donner au public des expériences physiques sur la nouvelle clepsydre, sur les baromettres, Thermomètres et Hygromètres. Monsieur d'Audiffret, qui a donné depuis quelques années deux tomes de la Géographie ancienne et moderne in 4°, vient de donner le troisième, où il fait la description de l'Allemagne ancien[n]e et moderne, avec des cartes des pays et des provinces particulières. 11 paroît une nouvelle édition d'Euripide, faite à Cambrige

en 1694. Outres les vingt tragédies, dont dix-neuf étoient dans les éditions précédentes, il y a les fragments de 60 autres tragédies; outre cela cinq Épitres du même autheur. On y fait la vie de cet excellent poëte et une dissertation sur les Tragédies des anciens Grecs. J'amasse toujours des pièces volantes pour vous les envoyer en un paquet, et afin de le grossir je suis dans le dessein de le faire partir la semmaine aprez la pentecôte; seulem[en]t je supplie le Rd. P. Procureur Gén. de m'envoyer toujours les lettres hors des pacquets de D. Jean Prou et de D. Jean Le Cerf, dans celuy de Mr de Compain. Tout ira bien ainsi, et suis (etc.).

B. de MONTFAUCON, M. B.

Pour

le Révérend Père dom Bernard de Monlfaucon, Religieux bénédictin

à l'abbaye S^ Germain,

Paris.

Ce Mercredy ii* may 95.

Pure complaisance de vostre part, M. R. P., qui vous fait escrire dans le billet que je reçus hier au soir, que vous estes presq[ue] p[er]suadé du ^pirra-xeiifnç et du y^ffù-xtiAfiiç, Je ne sçay si le passage que je vas v[ous] donner ne déuorera pas toutte vostre incrédulité. Lises, s il vous plaist, vostre psautier, ps. 106, 27:

syoh aycisi nge nef gol sena e pschôi scha ni phêoyi senêoy e pesét scha echrêi e ni noyn.

224 L. PICqUES A MONTFAUCON

Lises vostre credo\ vous y lires: afi e pesêt, il vient en bas. Et p[ou]r le mystère de demain: afi e pschôi, il alla en haut. Dires vous après cela que vous estes presque persuadé? Tenés bon et ne vous rendes pas. Cela vous attirera encore quelque nouuelle conuiction. Je n'y ayderay pas; car j'avoue que je suis à bout. Et j'attends de vous de sçauoir comment vous pourrés estre persuadé entièrement. Je ne deurois donner l'alphabeth que vous appeliez Sabéen qu'à condition d'apprendre de vous la dialecte bashmuriene que j'ignore jusques icy. Mais je veux estre plus traittable, et, sans vous obliger de me renuoyer l'alphabeth de cette secte, je vous le donne icy ainsi qu'il ensuit, mais me croirés v[ous]! quoy?! Co[mm]ent croies vous l'alphabeth hébreu? c'est qu'il y a des pseaumes alphabétaires. Il y a aussi des chapitres chez vos Sabéens, alphabétaires, qui co[mm]encent ainsi:*)

J'ay mis le charactère Syrien ou nestorien dessus, affinq[ue] vous sçachiés la valeur, mais il faut sçauoir que l'ayn passe pour l'iod. Je ne vous conseille pas d'aller chercher ces Sabéens, qui ne se nomment entre eux q[ue] Mandéyens. Rendes vous vn peu familier des moynes d'Egypte, de la Thébaïde, de Scethé, de Nitrie; apprenés d'eux ce que c'est que le xpid&iop ou xpiaûoç. Je prens cela pour vn mot Égyptien qui est, mot à mot, siège ou coussin de paille, c'est vn morceau de Natte. Je vous ferois peur de vous parler du

sheb'hemot; il n'est pas plus beau en charactères arabes

shebhemout; cela veut dire action de grâces, schep-hmot. Je suis raui que vous vouliés entrer dans les cellules de ces bons solitaires; c'est d'eux que S^ Jérôme a appris le Saluator-mundi , et de qui donc? ils luy ont montré leur psautier:

Deus libéra Israël, phti set pisf.

erue me \ ^^^^ reatme me ) redemisti me ak-sot-t

Dieu vous garde, M. R. P., de la maladie d'Egypte appellée t^aXia dans Hesychius. Je suis, [etc.]

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