L. PICQUES
Ce lundy 23* may 95.
iç*
Pour
Le Réuérend Père dom Bernard de Montfaucon, Religieux bénédictin
de l'abbaye de S< Germain des préz,
Paris.
Je ne devois pas, mons'' et R. P., vous enleuer ce liure de Philostorge, puisqu'il entre si fort dans le sujet que vous traittés et que d'ailleurs ie n'ay pas le temps de le lire. Je l'ay trouué fort bon pour moy sur les digressions que Godefroy luy reproche, particulièrement sur sa fausse géographie; si c'est par hazard, ce n'est pas faussement qu'il dit page 38, parlant du Nil: ad
montem vbi duos magnos fontes efficere dficitujr à
se inuicem haad parum distantes, il deuoit effacer le haud, et il auroit dit la vérité recognue par Jérôme Lobo.
J'ay esté surpris lorsque à la 26 J'ay lu que les Dibeniens, certain peuple des Indes, estoient ainsi nommés de l'isle de Dibûs leur patrie. Que Dibûs soit nom propre icy, il est certain que d'origine il est mot indien appellatif et commun. Ce sont les Serin-Diui de Marcellin cy page des Notes iij, mais gardés vous du cocqalasne de Godefroy, qui coniecture qu'ils sont Indiens, parceque Indi se trouue dans Serindiui: Indos censitos, vnde et Serindiui. C'est Ceylon d'aujourdhuy, ou Ceylan, que les arabes nomment Saran-dibe, leur paradis terrestre, lieu de la sépulture d'Adam, où on voit encore la marque de son pied, ditte ZeH-zêi^u chés Cosmas imprimé en rouge par M"" Thévenot, et chés le prince des géographes Simon-dû, comme Socotora Dioscuri-dû. Nous sçauons que Mala-Diua est l'isle de Maie, et que la ville de Diu, conquise par les portugais, est
comme si on disoit l'isle, que c'en soit vne véritable ou non. Ce sera comme on dit l'isle en Flandre, en latin InsuUe . . . arum. Et vn homme de cette ville Insalanus, sans estre vn insulaire, ainsi diuenus vn homme de l'isle de Ceyian. Ainsi Gesiré en arabe qui signifie isle, et c'est vn village en Egypte. — A la page 29, sur les Axumites; ce nom d'où est venu le nom portugais AuCx, le copte aysch et le latin Abyssini, est arabe, sçauoir habish. mahboash, mis dans vn cachot; en grec TQfaylodvTriç et xaXv^irrjç. Ils sont d'origine sabéens (Notes p. 108), d'où en Éthiopien encore aujourdhuy, p[ou]r dire »vn homme* on dit Yt)"V Sag'-n, comme s'il n'y auoit d'autres hommes que des Sabéens. Chés vn allemand vn homme c'est Man, chés vn esclave vn homme c'est slaua, chez vn chinois vn homme c'est gin.
Vous trouuerés à la page 43 et 44 des asnes rayés. Théuenot le jeune en a vu, Bernier en a vu, Vanslebe en a vu: to ^iafia ygâçovat. Ce n'est pas fiction. 11 y a des pintades et des damiers. Ce sont des oyseaux connus par nos voyageurs, mais en passant de l'Ethiopie à nostre Egypte arrestons nous vn peu aux deux Vxors chés Vanslebe p. 407: Vxor (le neuf), et 409: Vxor le vieux on l'antique, à présent deux villages. En arabe p. 23 de son Égl[ise] al[exandrine] il Oxor, en grec noXixcufTQor dans le Saïd, Riue Orientale du Nil; ailleurs Eloxorein, Eloushourein,
Ne seroit ce point vos Vxoriani, ovl^œçiapol, de la page 1 54 de Philostorge, qui non exiguam yEgypti partent vastarunt, et aux Notes 458. Si Vansleb a dit vray sur Polycastro, il est certain que osch signifie multitude, efosch multus ille m[asculinum], es-osch multa illa f[emininum], oey-osch multi illi. Cherchés dans vos seaumes (sic): In aquis multis, mais Plutarque vous en sera vn
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témoing plus ancien, qui dit que Osiris c'est ad verbum noXvoqtûaXfioç. C'est osch-raeis, multi-vigiL Ce polyophtalmus est vn cocqualasne de Plutarque, qui prouua pourtant que os ou ox veut dire multus, quoyqu'il ne soit pas vn Argus pour garder lo, qui n'est qu'vne vache en Égyptien. J'adjoutteray sur le psochemmiSf que je ne veux pas soustenir que ce soit la prouince de la hautte Egypte, mais que grammaticalement ce mot composé signifie Hautte-Égypte, comme Nouuelle- France n'est pas toujours pour dire le Canada, mais signifie vn faux bourg ou vn village ainsi appelle) qui est à vn des bouts de Paris. Mais lises encore la pag. 25 de Vansl., Égl. alex., il y a 2 Vah, oyah, sçauoir
Ouah; et ouah ibsai, en copte Vah P^^,^. l c'est le bas
pscnoi I
et le haut-ouah, Ouah du Nord et Ouah du Midy, Elouah ibsai. Vous trouuerés encore vne ibsaï, à la page 22, dans le Said, qui est le païs de haut; dans Kirk p. 210 psôi ou pschôi, n'importe. Après cela, mon R. P., deuenés vn héros en incrédulité sur mon psochemmis! Je vous ay fait part de ces remarques pour vous dédommager du temps que je vous vous ay fait perdre en retenant vostre Philostorge. Vous sçaués l'employer mieux que moy. Je vous exhorte à estudier la langue Égyptienne et sur tout de lire ravertissem[en]t de Kircher qui est avant l'Errata, qui commence par ces mots Ne in hujus Restitutione, &c.
Je suis, [etc.]