L. PICQUES
Je salue M*^ Gozze et M*^ Roostgaard.
Lettre du R. P. Dom Bern. de Montfaucon, Moine Bénédictin de la congrégation de St. Maur, à Mr Gémi, garde de la Bibliothèque du Roy.
A Rome ce 3* février 1699.
Vous me pardonnerez bien, M^ si j'ay tardé à vous écrire pour vous donner des nouuelles de littérature de
*) Copie.
ce pays cy. Mais nous sommes si occupés icy, qu'à peine pouuons nous remplir une petite partie de nos deuoirs enuers nos amis. Je uais commencer par Naples. L'affaire qui fait le plus de bruit en cette ville, c'est l'inquisition, les Néapolitains n'en veulent point du tout. M^ Valleta a fait au nom de toute la ville un liure en forme de Requête présentée au Pape, qui a pour titre Ragioni per non uolere il sancto officio in Napoli: c'est un gros in quarto où il y a beaucoup d'érudition. 11 n'est pas encore imprimé, mais il y a apparence qu'il s'imprimera bien tost hors de l'Italie; j'ay lu ce manuscript. M"" Bulifon imprime actuellem[en]t le uoyage de D. Jean François Gemelli qui a fait tout le Tour de rO[rien]t[?] en 5 ans et demy, il est de retour depuis un mois; ce liure sera en 4 Tomes in 8^ auec des figures. M^ le Cardinal de Bouillon a fait acheter à Naples tout ce qu'il a pu trouuer d'historiens de ce Royaume en général et des villes et des prouinces en particulier, des Églises, antiquités et de toutes les familles en général et en particulier, des droits, Polices et gouuernement du Royaume, les principaux seulem]en]t de ce dernier article. Cela fait en tout 140 volumes de toutes les grandeurs. J'en ay le catalogue, que je vous donneray à Paris, ou, si vous le souhaitez, je le feray copier auant mon départ pour vous l'enuoyer. A Rome on imprime l'ouurage du P. Bonjour, Augustin. C'est une espèce de prodrome aux ouurages ^n langue Cophte que ce Père ueut mettre au jour. 'I donne d'abord une confession de foy en cette langue, où les Cophtes confessent les deux natures en J. C. sans aucune confusion. La présence réelle de J. C. en l'eucharistie s'y trouue aussi en termes formels. Ce P. donnera ses notes sur cette confession de foy; après
quoy suiura un sistème nouueau sur les 70 semaines de Daniel. Il a une grammaire Cophte prête à imprimer; je crois que ce sera un bon ouurage. On luy auoit promis de la faire imprimer à la propaganda dès qu'elle seroit acheuée, mais l'Abbé Lucenti, Bernardin, qui donne le supplément de Italia Sacra d'Ughellus, lui a pris les deuans et a obtenu de M^ le Cardinal Barberin, maître de la propaganda, de faire imprimer cet ouurage deuant l'autre. Le P. Bonjour est d'un trauail infatiguable: il a copié la Genèse en Cophte et en Arabe, il uouloit copier de même toute la bible et tourner en latin ces "2 versions sur la promesse qu'on luy auoit faite de les faire imprimer, mais je ne sçafs s'il acheuera. Ce trauail est si long qu'apparemment ses patrons ne seront plus en vie quand il l'aura acheué, 11 a même découuert quelque refroidissement dans leur bonne uolonté. Le même P. Bonjour a une chronologie de l'ancien Testament preste à imprimer. Apropos de Cophte, la bible Cophte que j'achetay à Venise est arriuée icy, après auoir été plus" mois en chemin. M*" Fabretti en est à la préface de son liure des inscriptions qui n'ont pas été obseruées par Grutterus, Reinesius et Spon, où il corrige aussi celle[s] des autres collecteurs qui n'ont pas été bien leues. Depuis peu de jours, en fouillant dans la vigne Corsini, on trouua une vingtaine d'inscriptions que M^ Fabretti alla copier pour les insérer dans son ouurage ou les aiouter en appendix» car l'impression est finie. Il y en auoit 2 grecs [sic] qu'il ne toucha pas. J'y allay quelques jours après, je commençay de les copier, mais la nuit m'empescha de finir. J'y retourneray dans peu pour les tirer entièrement. M"" l'Abbé Fontanini, bibliothéquaire du Gard. Imperiali, me dit auant hier qu'il trauailloit à
faire une histoire d'Aquilée son pays, qu'il auoit des matériaux considérables pour ce dessein, plus de cent inscriptions nouuelles qui regardent cette ville, un grand nombre de Chartres et de diplômes de Charlemagne, Louis le germanique, des Otthons et plus" autres, beaucoup dautres monumens tirés des monastères situés aux enuirons de cette ville à présent quasi ruinée; qu'il a des Monnoyes de tous les Patriarches d'Aquilée depuis 500 ans successiuem[en]t. Il assure que personne n'auoit mis ces monumens et matériaux en oeuure jusqu'à présent, et qu'on en tirera de belles choses pour l'histoire.
Nous auons icy le P. Laporte, minime françois, qui a à peu près le même dessein pour Narbonne que VAbbé Fontanini pour Aquilée. Il ueut faire l'histoire de Narbonne en 2 parties, dont la r* contiendra tout ce que l'on sçait de Narbonne auant le christianisme; il y mettra plus de 2000 inscriptions, dont la plupart se lisent sur les murailles de la ville, rebâties par François I. Ce prince y employa tous les vieux monumens, sépulchres, basreliefs, etc., qu'on y voit encor aujourd'huy. La 2*** partie contiendra l'histoire de Narbonne chrétienne.
Il paroit depuis peu de tems une description des enuirons de Rome in 12° où l'on marque les noms, la scituation, les bâtimens qui étoient dans l'ancien Latium. Je ne l'ay pas leue, mais un homme qui l'a ueu m'a dit que ce liure qui est in 12° est bon, et qu'il y a de belles recherches. On ne sçait quand le 2* tome de feu M' Ciapini uerra le jour. L'alcoran de Padoue, imprimé auec la version et par les soins du P. Maracci, ne finit point, quoyqu'il y ait plus de huit mois qu'on est à l'index.
J'aurois bien des choses de nostre voyage à uous mander, mais je me réserue à vous en faire le récit à nostre retour; je me contenteray de vous dire que nous auons un grand nombre de nouuelles pièces des Pères grecs, et outre cela assez d'antiquités, et beaucoup de catalogues de Bibliothèques particulières. Quand vous uerrez M^ l'Abbé Renaudot, je vous prie de luy faire bien mes baisemains, et à tous nos amys, sans oublier M' Bulteau et tous les autres qui composent votre illustre assemblée.
Au Réuer<i Père Le Rd Père Dom Bernard de Montfaucon, bénédictin,
à Rome.
Quoique je sçache, m' et R. P., que vous estes si occuppé qu'à peine pouués vous escrire quelques mots de lettre à vos amys, je ne craindray pourtant pas de vous prier de nouueau de faire les recherches dont je vous ay déjà escrit par la dernière du 19 de Januier, sur la langue Géorgienne. Il est arrivé icy à Paris, depuis quelques semaines, vn m*" appelle le Chevalier Christophe Mounier, fils d'vn françois habitué à Halep en Syrie, qui a passé par Rome et par Florence. 11 m'a dit, luy ayant parlé de Géorgien, que s'il eust sçu ma curiosité qu'il eust engagé vn père Capucin florentin, qui a esté longtemps en Géorgie et à présent résident à Florence, à me satisfaire Je ne puis vous dire son
nom, mais avec vn peu d'enqueste il ne sera pas difficile de le sçauoir, si le sieur Zalé, arménien natif de Tifl'is et connu de M^ Pastrizzio, est encore à Rome. Au reste il faut obseruer qu'il y a en Géorgien deux sortes de Charactères, IVn sacré et p[ou]r les liures d'Église, et l'autre profane, pour les laïques; le P"^ se nomme Cudsuri ,et l'autre Chedroli chés Pietro délia Valle. Maggio en a donné l'alphabet, mais il n'a point donné de texte dans son grammaire. Quant au dénombrement des Éveschés, ils sont différents dans Maggio, théatin, dans Lamberti, aussi théatin, et dans Pietro deJJâ Valle. Mais ce que je cherche à présent ce sont des textes du N. T., en quelque écriture que ce soit. Jespère que vous obtiendrés quelque chose du P. Capucin Bernardo Maria da Napoli, par le moyen de m^ l'abbé Bulifon.
Je ne sçay si le R. P. Bonjour aura esté content du passage Arabe sur les j dialectes. Je voudrois qu'il pût trouuer l'original de la gra[mm]aire Copte qui a appartenu à Pietro délia Valle et sur lequel le père Kirker a trauaillé, pour voir si ce Jésuitte n'a point esté trompeur. Sur ces mots marqués à la page 165 de Scala Copt qui sont pi sottiis ou pi siôthi et pi mends^ il y a vn exemplaire Ms. à la bibl. du roy, tout pareil à l'Imprimé de Kircher, mais je vous assure que ces mots ne s'y lisent point, quoyque le reste soit exactement conforme; c'est à la page 100 du Ms. 363.
Je vous prie de bien recommander au R. P. Bonjour de faire imprimer des textes. Kircher ne l'a pu faire; il n*a donné qu'vn seaume et le paten LVn et 1 autre n a serui qu'à le faire sifler. Voylà la l[ett]re de M*' Peiresc 16 Janu. 1634, où j'ay leu ces mots: 'On m'escrit de Rome qu'on désire voir quelque preuve
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de la suffisance de ceux que je disois vouloir trauailler sur cette langue,* et du 30* may mesme année: »J'ay reçu,» dit-il, »2 l[ett]res du père Gilles de Loches, IVne sur l'édition Romaine de Talfabet des Cophtes, où vous verres les fautes qu'il y a remarquées, qui témoignent combien sont mal assurés de l[eu]r baston ceux qui ont fait cette édition à Rome.«
Je voudrois sçavoir ce qu'il y a d'arménien et de copte et d'Ethiopien Ms. dans la bibliothèque Barberine, que je n'ay point vue pendant que j estois à Rome.
11 seroit à désirer qu'on eusl correspondance en Egypte, ou par N[ot]re Consul françois ou par les Jésuites et autres. Vansleb n'a pu rien sçauoir de la Nubie, pour connoistre quelle langue c'est, et si pendant qu'ils furent Chrétiens ils faisoient leur office en leur langue ou en Grec ou en latin. Un autheur Arabe no[mm]é Elarminijou chez Le Roy, no. 755, p. 98, marque:
Wa-Dzoukira anna wachada fi badhi katbi-hi kitaba bi-chatti yadi-hi bi-l-kalomi-n-noabiyyi ma yadoullou ola tamami-hi(?) wa-dini-hi wa-zahadati-hL
C'est en parlant d'vn Salomon Salmoun malikoul-
noubatL On verroit, si on avoit cette ouvrage du roy
Salomon, quel Charactère et quelle langue c'est; si elle
tenoit de l'Éthiopien. Je finis par vous assurer que je
suis, (etc.).