‹ Lettres des Bénédictins de la Congrégation de St-MaurChapitre 36 sur 197 · L. PICQUES · texte numérisé non relu

L. PICQUES

Ce 16 feurier 99.

Je salue Dom Paul Brillois, Dom Estiennot, le R. P. Alexis du Bue, théatin, m^ Pastrizzio, Mons' Rostgard, M"^ Gezze.

A Monsieur Monsieur Picqucs, Docteur en Sorbonne,

à Paris, en la maison de Sorbonne.

A Rome ce lo Mars 99.

Ce n'est pas ma faute, Monsieur, si vous n'avez pas eu plutôt réponse sur vos demandes; l'indisposition de M. Pastrizzio en est la cause. Je luy rendis votre lettre et il fit venir M. Giovani Zalé et un autre jeune Arménien de dixhuit ans, très habile dans la langue de son pays. Nous visitâmes ensemble la Bible Arméniene du Vatican. Elle est pleine de dorures et de miniatures, mais fort moderne. Nous vîmes Tendroit du 41 chapitre de la Genèse pour le Psontomphanec. Les deux Arméniens me montrèrent l'endroit; on y lit

plont, et ensuite il y a du blanc pour le reste du mot. Ils me promirent de voir leurs Bibles et d'écrire tout le passage comme il s'y trouve pour vous l'envoyer. Dès que je l'auray, je vous le manderay. M. Pastrizzio étant malade, je n'ay peu voir ces Arméniens depuis, iay prié M. l'Abbé Bulifon de vous procurer les Épîtres et Evangiles en Géorgien, s'il le peut, et de s'addresser pour cela au P. Bernardo Maria di Napoli; j'attends sa réponse. Vous aurez veu, avant que ma lettre arrive à Paris, le prodrome du P. Bonjour. Il doit m'en donner un exemplaire pour vous, que je vous envoiray avec les autres livres que le P. Étiennot a achetez, par

Aîouté de la main de Picques: »Receue ce 30 Mars 99.*

le retour des Galères du Roy qui apporteront notre Ambassadeur de Rome à Civita vecchia. Cette voye sera plus seure que les ordinaires, Je ne mariqueray pas de voir à la Barberine les manuscrits des langues orientales, et je vous en envoiray un catalogue. Je vous remercie du passage Arabe touchant les dialectes de la langue Cophte. Il n'y auroit eu rien à souhaiter, si vous nous aviez marqué d'où le passage est pris. J'ay donné au p. Bonjour copie de ce petit mémorial Arabe. Il n'est pas bien difficile de dire pourquoy le Patriarche des Jacobites du Caire prend le titre de Patriarche de Libye et de Nicius, niqia. Il faut nécessairement que ce soit de Nimovg, ancien Evesché dans le Delta. Il seroit peut être plus difficile de dire quand est ce que ce Patriarche a commencé de prendre ce titre et a quelle occasion il l'a pris. Le P. Bonjour n'a pas veu l'original de la Grammaire Cophte qui a appartenu à Pietro délia Valle, sur lequel le P. Kirker a travaillé. On nous avoit fait espérer de voir une inscription en ancien charactère Égyptien, que le Consul François du grand Caire devoit envoyer icy. Mais je n'en ay encore rien veu, ny le P. Bonjour non plus. Nous apprendrions là si les charactères des Cophtes d'aujourd'huy, qui n'ont pas été pris du Grec, au nombre

de cinq ou six, appartenoient à l'ancien Egyptien. M. Rostgaard, à qui j'ay fait vos complimens, travaille toujours avec succez à la découverte des nouvelles épîtres de Libanius, dont il a déjà environ 1600. M. Ghess est party pour l'Allemagne depuis près d'un mois. U doit faire quelque séjour à Venise, où il s'est rendu à tems pour voir le célèbre Carnaval de cette ville. Pour moy, je suis occupé nuit et jour à transcrire avec le P. Paul. Je vous diray en général, que nos recherches

MONTFAUCON A L. PlCqUES }05

ont tout le succez que nous avions espéré, et nous ne sommes pas encore à bout. Quoyque les recherches des manuscrits fassent ma principale occupation, j'ay fait un amas assez considérable de médailles, vases antiques, cachets, petites statues, &c. Entr* autres belles médailles j'en ay deux très singulières et que vous .aurez bien du plaisir de voir. L'une a caput mulieris turritum, d'un côté, et au revers une couronne de Laurier, dans laquelle est écrit le nom de Sidon en gros charactères phéniciens. Vous n'avez rien de si beau et de si net que ce revers. L'autre a une tête avec une légende, à mon avis phénicienne, que je n'ay peu encore déchiffrer, et au revers un cavalier, au dessous duquel est écrit le nom de Tyr, Tsor, en caractères Hébreux. J'ay aquis depuis peu de jours un ancien vase des sacrifices; il est de Bronze, bien conservé et trouvé depuis peu de tems dans des mazures. Outre les deux médailles phéniciennes dont je vous ay parlé, j'apporteray l'Ectype de plusieurs autres. Je décris toutes celles que je trouve. On me fait espérer que je trouveray bien des choses à Florence: quand on cherche avec soin, on trouve toujours beaucoup plus de choses à faire qu'on n'avoit pensé. J'ay été depuis peu de jours à Sublac, où je n'ay rien remarqué de considérable que la Grote de St. Benoît. Il n'y a presque point de manuscrits dans la Bibliothèque de cette Abbaye, tout ayant été brûlé à diverses fois. Mais au retour, ayant pris un chemin plus long et moins rabotteux, nous vîmes les restes d'un ancien Aqueduc qui conduisoit l'eau à Rome depuis plus de trente milles; à un endroit on avoit percé un grand rocher et fait un boyau qui duroit un mille. Nous y avons marché dedans. Mais nous vous parlerons de tout cela plus am-

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plement quelque jour, s'il plaît à Dieu. L'Alcoran du P. Marazzi ne finit point. Je m*en étonne: quand je fus à Padoue, on en étoit à la table. Le charactère ^

en est fort petit, et n'est guères n'est [sic]. On a eu tort de ne pas mettre la version Arabe è regione de la Latine. On imprime à la Propagande un nouveau Testament syriaque à l'usage des Maronites.

Le P. Bonjour demande si vous croyez qu'il y ait des conjugaisons dans le Cophte. Réponse sur cela s'il vous plaît. Pendant que j'écrivois cette lettre, M. Pastrizzio m'a envoyé les deux billets inclus, sur la lecture du Psontomphanec, mais je doute que vous soyez satisfait de cet éclaircissement. J'avois prié le sieur Zalé d'écrire ou faire écrire tout le verset Arménien. Si j'avois creu qu'on ne deut faire autre chose, j'aurois tâché d'imiter ce verset pour vous l'envoier. Je suis, (etc.).

G. G. GOETZE A MONTFAUGON.

Mon Révérend Père:

Puisque je n'ay pas eu l'avantage de prendre congé de V. R. lors qu'il m'a falu partir de Rome, je suis engagé, à présent que je suis sur le point de quitter toute ritalie, par des motifs indispensables, de l'asseurer par écrit, ne l'aiant pu faire de bouche, de la vénération et des profonds respects que je porte toujours pour la grande érudition et des [sic] talens d'esprit extra ordinaires, dont elle s'est fait distinguer dans la République

G. C. GOETZE A MONTFAUCON JOJ

des Lettres. Je la supplie, en même temps, de me vouloir donner quelque place parmi ses serviteurs qui luy sont les plus dévoués, vu qu'elle m'a tellement comblé d'honnêtetés et de bienfaits, que ce seroit excéder les bornes d'une lettre que d'en prétendre entrer dans le détail. Toutesfois j'en garderay toujours une mémoire reconnoissante, et je seray extrêmement ravi de la première occasion que V. R. me voudra employer dans ses services. J'ay pareillement des obligations infinies aux RR. PP. Dom Estiennot et Dom Paul, de leur affection et de tant de civilités dont ils m'ont honoré; je les prie d'en agréer mes très humbles remercimens et la déclaration que je fais icy, de leur servir avec exactitude en toute rencontre qu'ils me jugeront capable.

Maintenant V. R. me permettra, que je dise un mot des découvertes que j'ay faites pendant mon séjour icy. J'ay eu le bonheur d'avior été recommandé à Msr. Apostolo Zeno, très honnête homme en vérité, qui, avec un Noble de la maison de Cornaro, m'a fait voir tout ce qu'il y a de plus rare et de plus caché dans les Bibliothèques de cette ville. Dans celle du S» Nicoletto, nous avons trouvé un Mst. Grec environ de trois cens ans, qui étoit une Collection de paroles Attiques, dont les plus anciens Auteurs se sont servi, avec leurs significations et diversité du sens. Toutes les pages sont pleines des noms des Auteurs, et on voit partout beaucoup de jugement et d'accuratesse. Le titre

en est: Tov aoçpùnaTOV fiovdxov xvgiov 0eodovXov ^«<x<xaloftxèo»ç rov fÂaytGtQOv ovofiarcov drxixmv ixXoyij^ oîç ol ÔO" Mfmxaroi ;f^(ôi^af tœv nalatâv. Je SUpplie V. R. de me

communiquer ses lumières là dessus, si l'Auteur ou son Ouvrage sont mentionnés des autres ou se trouvent dans

308 G. C. GOETZE A MONTFAUCON

la bibliothèque du Roy ou de celles de Rome. Pour le peu de connoissance que j'ay de ce [sic] sorte d'Auteurs, il me semble qu'un tel n'est pas imprimé jusques icy, et si je ne me trompe, ce seroit un thrésor dequoy enrichir le public. 11 y avoit encore une espèce de Grammaire d'un nommé Sophrone, Patriarche d'Alexandrie. Le Cabinet de Ms' Capello m'a donné beaucoup de satisfaction, dont le possesseur se glorifie avec raison, que V. R. luy a découvert le prix de plusieurs choses, qu'il avoit ignoré. Pour mon malheur, le Procurateur Giustiniani, qui a été un Protecteur véritable de tous les Étrangers, mourut quelques jours après mon arrivée icy, ce qui m'empêche de voir la Bibliothèque et les Manuscrits qu'il a laissées. Le hazard m'a fait tomber entre les mains quelques Msts Grecs assés antiques, parmi les quels est un de 700 ans, qui contient les vies des Saints du mois de Décembre, celle de St. Sabe y est à l'apparence beaucoup plus entière de celle que nous avons. Mais j'en pourray parler avec plus de certitude, quand j'aurois eu le loisir de la coUationner avec l'imprimée. J'ay reçu des lettres de Ms^ Groddeck, lequel baise les mains à V. R. et me mande en même tems, qu'il fera imprimer la version Hébraique de quelques paraboles Indiennes. De reste, je la supplie d'excuser la témérité que j'ay eue de luy écrire cette lettre en si méchant François, et si elle me veut daigner de sa réponse, de l'adresser à Mess. Hopfîer et Bachmayer à Venise. Je fais la rivérence [sic] à Mess, les Abbés Zacagni et Pastrizio et Fontanini, aux RR. PP. Dom Estiennot, Dom Paul, Bonjour, del Miro, et à Mr. Rostgaard. Je suis, (etc.)

GODEFROY CHRISTIAN GOETZE.

De Venise le 21 Mars 1699.

Au réuér<* Père Le R. P. Dom Bernard de Montfaucon, ReJig* bénédictin

à Rome.

Paris le jo* Mars 99.

J'ay eu bien de la joye, monsieur et R. P., d'apprendre par vostre lettre du 10 de ce mois, que vous estiés dans vne santé parfaitte, mais j'ay esté fort touché de l'indisposition de mon ancien amy mons' Pastrizzio. J'y prens extrêmement de part. Je vous prie de luy témoigner ma recognoissance pour la peine qu'il a prise sur 1 examen du passage Arménien de la bible MS. du Vatican. C'est justement celle que Kircher a consultée, mais il y a apparance qu'il n'y a pas regardé de si près que vous. Les deux petits billets insérés ne disent pas plus ni plus nettement que ceque vous aués eu la bonté de me marquer vous mesme. Oscan nous a donné la bible sur vn original Ms. très ancien, et peut estre que celuy du Vatican est vn présent de Jacobins arméniens, qui ont esté fondés par vn Barthelmi de Boulogne. Laissons la les arméniens, à moins qu'ils n'ayent de vieux parchemins, comme j'en ay. Je donne l'exclusion aux Ms. en papier. Je me console de tout sur ceque vous aués escrit à M"^ l'abbé Bulifîon: c'est vn capital pour' moy. Je n'ay pas osé prétendre à auoir les originaux mesmes de ceque le père Bernardo Maria de Napoli a entre les mains, quand mesme il les voudroit donner pour rien, attendu le danger qu'ils ne fussent égarés en chemin. Je suppose qu'il n'a que des copies de sa main, faittes sur les éuangiles ou liturgies des Géorgiens, qu'il pourroit en fournir vn

duplicata ou du moins vn essay, ou qu'il pourroit employer ses amis de Géorgie p[ou]r en obtenir quelques liures d'église à l'vsage des Géorgiens. C'est lui qui est autheur de la Doctrina Christiana que vous aués fait achetter pour moy par le R. P. Estiennot. Je sçay que l'on ne fait rien sans argent contant, et je ne fais aucune difficulté d'aggréer et allouer ce que vous aurés fait fournir pour moy, prétendant bien de vous dédommager de tout. Ce n'est pas, à la vérité, vn grand secours que ce texte Géorgien, mais il suffit qu'il me manque. 11 y a encore vn père Angelo, Capucin, missionaire, qui réside à présent à Florence et qui a demeuré longtemps en Géorgie; peut estre que M^ Zalé le connoist. Mais m^ Zalé luy mesme ne pourroit il pas trouuer quelque liure en vieux Géorgien .î^ car M*^ Pastrizzio m'a escrit de luy, qu'il sçauoit ou auoit sçeu cette langue, estant natif de Teflis, capitale de Géorgie, quoyqu'il soit du rit Arménien et non de rit Grec comme les Géorgiens. Si j'auois vne liturgie Géorgienne, il ne me manqueroit rien pour la polyglotte liturgique ou liturgie polyglottique.

Je suis très aise que vous ayés toutte liberté dans la bibl. Barberine, dont on a imprimé seulem[en)t le catalogue des liures imprimés. Je sçay ce qu'il y a de Copte au Vatican, mais je ne sçay si il y en a quelque chose autrepart. Nous n'auons point Josué ni les Juges ni Ruth ni les Roys ni Isaie ni Jérémie. Je cherche vn Kalendrier Copte, en langue et charactère Copte. Je vous prie de marquer partout ce qu'il y a en parchemin et en papier seulem[en]t. Icy chez le Roy il n'y a que deux liures Coptes en parchemin.

Le passage Arabe dont vous demandés la source, est tiré d'vne grammaire copte chez le Roy, Nr. 541.

11 y a vn chapitre qui fait voir: ANschtirakU'Uadzi bainal'kibtiyeji'l'bahriyyi wa-l-kibtiyyi'S-saidiyyi.

La demande du R. P. Bonjour p[ou]r sçauoir si je tiens des conjugaisons des verbes dans le Copte, m'a fort diuerti, je vous l'auoue. A quel vsage, je vous prie, cette question? luy qui a vne grammaire tôutte preste! Il y a force gra[mm]aires Coptes Ms.; il y en a 2 ou 3 dans les in 4^ de Kircher. Je luy dirois donc, pour vous contenter, qu'on les trouue de suitte après les déclinaisons des noms. Si les déclinaisons ne sont point des déclinaisons, les conjugaisons ne sont point non plus des conjugaisons. C'est bien vn[sic] autre question s'il y a des noms et des verbes. Plaisante grammaire où il n'y a ni nom ni verbe! Cela est pourtant en copte. Y a il jamais eu rien de semblable? Pourquoy non? La Grammaire Chinoise n'a de mesme ni nom ni verbe, et le chiffre Chinois ou peinture Chinoise ne présente aux yeux ni nom ni verbe. Ce charactère 3 ou III ou S ^st ce vn nom? est ce vn verbe? Les arabes mesmes sont si subtils que de dire quVn nom est sans cas et sans déclinaison, sinon lorsqu'il est en actuel employ de régime ou de syntaxe; qu'il n'est point nominatif, estant seul et sans verbe.' Laissons là, monsieur, ces subtilités auerroïques. L'importance est de trauailler sur les textes, de les donner au public. Le R. P. Bonjour rendra vn grand seruice à l'église et latine et Copte, si par le secours de ses protecteurs il fait imprimer le N. T. à deux colonnes ou le psautier, l'vne Copte et l'autre arabe, et s'il y donne toutte son attention pour éviter les fautes d'impression, après quoy il pourra donner vn recueuil de quantité de descouuertes. Le débit ne sçauroit manquer, tant pour les Coptes du Caire que

pour les curieux d'Europe, qui alors ne manqueront pas de témoigner leur impatience pour auoir des grammaires et des dictionnaires; de mesme qu'en montrant de loing vn jardin, ou cherche aussitost la porte p[ou]r y entrer et la clef p[ou]r ouurir, mais il faut se trouuer à la porte, car à quoy bon vne clef toutte seule? Peut estre que si je n'auois que le texte (je dis sur l'escriture S*'), à force de m'appliquer je trouuerois moyen de l'entendre comme à fait Clenard sur l'arabe. Rien de si court que la grammaire chinoise. La grammaire Copte nest guerre moins courte, mais il faut estre bien sur ses gardes quand on lit vn texte, surtout s'il est continu et tout dVne pièce. Les plus habiles ne le font pas trop. Vous m'entendes. J'ay vu le prodrome du père Bonjour en 24 articles ou paragraphes, dès le 14* de ce mois. II ne deuroit pas négliger le secours de l'arabe, quand il se trouue à costé; cela l'auroit empesché de mettre abbas Pachomius è Dicinoniâ, Si vostre patriarche S* Benoist est le Pachome d'occident, on peut dire que Pachome a esté par auance le S' Benoist de l'Egypte, le père de la vie coenobitique, et, co[mm]e les Coptes disent, Aboa schirki ou Aboa-l-schirhati, Il ne doit mettre si tout à part le bon père Kircher: il y auroit trouué mares rendu en arabe par Saïd, outre que Maréote est vn trop petit district pour qu'vn patriarche en prenne le nom, sans conter qu'elle est comprise dans le nom d'Egypte, raison qui donne rexclusioiv à vostre Nmovg] à moins qu' Henri 4* ne soit pris au sérieux quand il s'est dit roy de France et de Gonesse. Passe pourtant pour ces fautes. Elles ne sont pas plus grandes que celle dVn Scaliger qui a rendu par Baal Bigoraha cequ'il auoit lu en hébreu nm TD^yr, qui est Baalbeg et Roha, deux villes dont la première est Hé-

liopolis de Syrie, la 2^« Édesse. Kircher en est tout plein. Mais ce n'est pas de mesme, quand le R. P. Bonjour veut appuyer le primatisme de Rome; il faut s'y prendre de la bonne sorte. Se trouue il dans ces mots de la page lo: patres nostriSanti [sic] Romani? Estce nos saints papes de Rome? Après qui sont ils nommés? Et auant qui? Les voilà: wa-anbaa bi-schai (c'est rpciîjç) wa-aba-hina-l-kaddissina-r-rumi. Qui sont ils? Les voylà: Maksimious wa-Doamadioas . Qui est ce qui les suit? C'est: wa-t-tisati wa-arbina schahid[o:] Et les 49 martyrs. On peut voir la liturgie qui est dans vn des tomes de la bibliothèque des Pères; les Égyptiens suivent mot à mot le Copte. Et les Arméniens ne s'en esloignent pas. Au reste, je commets ces remarques à vostre prudence et à vostre jugement et vous prie d'encourager le père Bonjour à trauailler et de le remercier pour moy de l'exemplaire du prodrome, qu'il a résolu de menuoyer.

M^ Job Ludolf de Francfort m'a fait présent de sa Nouuelle Grammaire Amharique, qui est la vulgaire de la cour de l'EmperfeuJr d'Ethiopie. Il a donné depuis le Dictionnaire de cette langue. Il veut faire vne nouuelle édition de la Gramm. et Dictionaire de l'Éthiopien litéral et aussi donner vn psautier, quoyqu'il y en ait déjà 3 éditions, l'vne en 1516 ou 1517 à Rome. A ce sujet, je vous prie de voir au Vatican, si le pentateuque et Josua, les Juges, Ruth et les 4 des Roys, dont j'ay eu copie par Vansleb, Jacobin, s'y trouuent encore auec le N. T. entier, pareillem[en]t imprimé à Rome, et de me dire s'ils sont en parchemin. J'ay remarqué que les Abessins n'auoient presque rien en papier, mais tout en parchemin, de petit in 4° et fort dur et raccorni et tout roussi sur les marges. Il faut tout obseruer

en ces sortes de liures, comme on fait p[ou]r les médailles. On a vu icy le catalogue des Ms d'Angleterre, mais on y trouue peu d'ordre, sauf dans les titres des liures qui ont appartenu à m^ Pocok.

Vous pourés voir dans les catalogues de liures arabes si celuy cy y est: Monasteriorum Aragenœ (assyrice) Mesopotamiœ et /Egypti historia Autore Abilhhossein Aali Mehemmet filio , ShasnensL II est marqué dans le grand catalogue de Haggi Cholfa, dont il y a 2 exemplaires icy.

Je croiois vous auoir déjà prié de sçauoir si les Épirotes ou Albanois célèbrent leur office en langue Épirotique, parcequ'on a imprimé à la propaganda vn Catéchisme et vn dictionnaire en cette langue.

Je vous prie de ne pas oublier le petit mémoire que vous eustes la bonté de receuoir en partant p[ou]r Italie. Il est dressé principallem[en]t pour la bibliothèque de Florence, où l'on croit que se trouue l'original du Géographe de Nubie, qui n'est que l'abrégé du Géographe al Shérif al Edrisi, dont il y a en Angleterre deux exemplaires, l'vn en charact. levantin, l'autre en Mauritanique, auec des chartes Géographiques. P[ou]r l'Yagut, qui a fait p[ou]r la géog. comme Stephanus de Vrbibfus], il ne se trouue qu'à Leyde. Ahmed ben Ayas, excellent Géographe, estoit autresfois chez le Roy.

Je souhaittais que vous fissiés le voyage d'Italie, et le témoigné à Mr Clément, auant que je sceusse rien de vostre résolution. Mais à présent je souhaitterois fort que vous fissiés le voyage d'Espagne. Si vous dittes que touttes les nations chrestiennes se trouuent en abbrégé à Rome, à la bonne heure; mais il faudroit donc que vous vissiés les Espagnols, pour les obliger à suiure vostre exemple. C'est la vérité qu'ils ont serui

de Canal pour faire venir les sciences en France, du temps de S^ Louis et quelques années auparavant. Nos vieux liures de Sorbonne le font voir. De là est venu Âlfragan, Rabbi Maimon, Averro^s, les tables alfonsines, Ebn Gorra sur Euclide, &c. II y a dans la bibl. de l'Escurial en Espagne vne histoire de Sicile, en Arabe, dont on m'a dit que Inuegez auoit tiré quelques mémoires; c'est apparemment le liure qui a p[ou]r titre historia Sicilia, Authore Ebn Qata! Aali Giafaris filio Siculo qui obiit anno Hegeras ///, X' 1121. Les arabes ont des histoires particulières presque de touttes les villes d'Espagne. Je vous prie de saluer de ma part m*^ de Rostgaar et de l'exhorter à continuer ses recherches, non seulement en Italie, mais en Espagne et jusques dans le Leuant et en Egypte. Je suis bien impatient sur l'inscription que vous dittes que le consul du g^ Caire a promise d'enuoyer. Il faut espérer que la paix générale donnera lieu à beaucoup de voyages et, par conséquent, à beaucoup de nouuelles découuertes. Je

suis, (etc.)

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