‹ Lettres des Evêques au sujet de l'influence indue [microforme]Chapitre 11 sur 13 · L. K. Ev. pes TRoIS-RIVIERES · texte numérisé non relu

L. K. Ev. pes TRoIS-RIVIERES

LETTRE DE ! , E. A. TASCHEREAU, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC. \ ARCHEVÈCHÉ DE QUÉBEC, l 2 Février 1881.

Mer L. F. Laflèche,

Evéque des Trois-Rivières.

Monseigneur,

Je m'empresse de communiquer à Votre Grandeur le résumé des réponses faites à ma lettre du 23 Janvier dernier, sur l'opportunité de demander au gouvernement provincial l'amendement de la loi électorale qui concerne l'influence spirituelle indue.

Mgr l'Evêque des Trois-Rivières, 21 Janvier : * Je crois le temps venu.”

Mgr de Rimouski, 26 Janvier : “ Je partage l'opinion de Mgr Laflèche.”

Mer d'Ottawa, 26 Janvier : * Je partage pleinement l'opinion de Mgr des Trois-Rivières.”

Mgr de St-Hyacinthe, 29 Janvier : “ Il me semble que Le temps est arri- “ vé de presser nos députés de se mettre en mesure de faire droit à ce que nous “leur avons demandé dans notre protestation contre le jugement de la

‘ Cour Suprème.

Voilà donc quatre voix pour l'aflirmative, les quatre autres sont pour la

négative.

Mgr de Montréal, 26 Janvier, répond à l'Archevèque : * J'adhère pleine- * ment à l'opinion que V. G. exprime dans sa lettre du 23 janvier.”

Mgr de Sherbrooke, 28 janvier : * Je suis d'opinion qu'il ne serait pas prudent de presser l'amendement demandé par les Evêques dans leur déclaration “du 26 mars 1877,” avec la chambre telle que composée aujourd'hui.”

Mgr de Chicoutimi, 28 Janvier : “ J'ai répondu à Mgr des Trois-Rivieres que je m'en tenais à la décision unanime des Evêques prise le printemps dernier (1 Juin 1880), à l'Archevêché : mais que si NN. SN. croyaient devoir revenir sur cette décision, je ne me séparerais pas d'eux.”

Pour ma part, plus j'y pense, plus je me confirme dans l'opinion que le temps le plus opportun n'est pas venu. Je doute fort que le ministère apprenant que l’Episcopat est également divisé sur l'opportunité de la mesure, veuille se

charger de la faire passer. Un ministre a dit à quelqu'un qui me l’a répété : “Si les Evêques demandent unanimement la mesure, elle passera probablement,mais nous leur en laisserons la responsabilité pour l'avenir.” Cette parole doit nous nous donner à réfléchir sur les conséquences que cet homme d'Etat prévoit. Pesons bien ces conséquences, de peur que nous et nos seccesseurs n'ayons un jour à regretter d'avoir empiré le mal en voulant le guérir.

Depuis notre déclaration collective du 26 mars 1877, trois laits me paraissent avoir considérablement modifié notre position

10. Les instructions du St-Siége transmises par Mgr Conroy, recomman-

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daient au clergé de se tenir en dehors des partis politiques. À cela se rapporte la consultation que j'avais faite à la suite du procès de Charlevoix sur ln conduite à tenir envers ceux qui avaient suscité ce procès. Sans nous donner de réponse directe, la Propagande nous recommande de veiller à ce que de semblables plaintes ne puissent se répéter,

20. Notre cireulaire du 11 Octobre 1877, lidèle écho des instructions du Nt-Niége, tend à rendre impossibles les plaintes pour influence indue spirituelle, et par conséquent, inutile la modification d’une loi bonne d'ailleurs, En venant aujourd'hui demander eot amendement, nous confessons implicitement

que nous ne voulons où ne pouvons pas mettre à exécution les instructions du Nt-Siége et notre cireulaire, Nous nous eXposons à donner occasion aux pro-

testants, aux libéraux et à plas d'un conservateur de lire et d'écrire bien des injures à l'Episcopat et à l'Eglise catholique, de faire bien des récriminations, de concevoir des Jjalousies qui tôt ou tard porteront des fruitsempoisonnés, et tout cela pour arriver à un état de choses qui existerait de fait, sinon de droit,si les instructions du St-Niége ot les nôtres étaient fidèlement observées dans toute la province, Ne serait-ce pas payer trop cher pour avoir ce qui est déjà à notre portée ?

30, L'élection de Berthier est le troisième fait qui a modifié notre position. ‘Les curés, dit Mer de Sherbrooke, dans sa lettre du 28 Janvier, ont dé- “ sobéi publiquement et scandaleusement aux ordonnances des Conciles et des * Evêques. Je demande si en présence de tels actes de désobéissance non punis, “S'il n'y à point une peine grave à infliger à tous ceux qui à l'avenir, au mé. “pris des ordonnances épiscopales jugent er cathedra inconsulto episcopo, que les ‘hommes de tel parti politique ne peuvent recevoir les sacrements 2?”

Je suis bien pour cette mesure de rigueur, Mais nous serons dans un cu rieux dilemme si nous demandons l'amendement de la loi: si nous punissons, pourquoi demander la révocation d'une loi qui défend ces actes ? Ni nous ne Punissons pas, c'est que nous ne voulons où ne pouvons pas arréter ces désordres.

Mgr. de Sherbrooke est d'avis que nous demandions au Cardinal Préfet une direction qui nous mette d'accord, Je souscris volontiers à cette proposition,

Je prie V. G. d'agréer l'assurance de mon dévouement,

F E. À. ArCH. DE Quégec.

LETTRE DE MGR L. F. LAFLECHE, EV. DES TROIS-RIVIERES

{ SÉMINAIRE DES TROIS-RIVIÈRES, | 1 Avril 1881.

À l'Honorable J. A. Chapleau,

Premier Ministre de la Prov. de Québer.

Honorable Monsieur, J'ai l'honneur de vous adresser, en même temps que la présente, un exemplaire de la brochure sur l'influence spirituelle indue, dont le Journal des Trois-

SRE asser» — .

Rivières Vient de donner une deuxieme édition. L'auteur v a fait quelques corquelq

rections pour préciser davantage sa pensée Sur certains points, et il y à ajouté ù deux articles, l’un intitulé : “ Un dernier mot à M. L. 0. David,” et l'autre : ce “ Notre profession de foi sur l'infaillibilité Pontificale.”" J'ai la confiance que s vous voudrez jeter un coup d'œil sur cet écrit, qui a pour but de jeter un peu n de lumière sur cette grave question qui touche à nos plus chers intérêts relie q gieux, et que tous les véritables amis de la liberté religieuse et des droits de | à d l'Eglise doivent désirer, comme les Evêques de la province, voir régler au plus tôt ol dans le sens demandé par les Prélats dans leur déclaration du 26 Mars 1877. d

Dans mon humble opinion, il ne faudrait pas traiter cette question au

point de vue des partis politiques, mais bien au point de vue religieux et cons- te titutionnel : eur tel est son véritable caractère. : qd! Tous les amis de la liberté et des droits de l'Eglise, à quelque parti poli- te

tique et à quelque croyance religieuse qu'ils appartiennent, doivent désirer que

cette loi soit modifiée de manière à ne pouvoir être étendue an domaine reli- qi gieux ; etiln'y a que ceux qui veulent soumettre l'Église à l'Etat c'est- bi

à-dire Dieu à César, qui peuvent en vouloir le maintien. ca Par conséquent, cette question n'ayant point essentiellement le caractère 5 politique, pourrait fort bien n'être pas une question ministérielle. Cependant gt

si le ministère trouvait plus à propos de s'en charger, je ne doute pas qu'il réus-

sirait à la faire passer à une grande majorité, surtout à la veille des élections. Bien po peu de députés catholiques, quelles que soient leurs opinions libérales, oseraient EE les ainsi se mettre en opposition directe avec l'Episcopat, quia déclaré solennel- ét lement que cette loi, telle qu'interprétée, porte une atteinte grave à la liberté

du culte catholique garantie par les traités et la constitution du pays, et viole Mi les droits imprescriptibles de l'Eglise. Permettez-moi de vous le dire, Mr le Ministre, vous pourriez, en cette circonstance, rendre un service signalé à la religion, en exposant avec votre talent ordinaire, la nature et les droits de la société religieuse, sa liberté et son indépendance vis-à-vis la société civile, les rapports de ces deux sociétés, la subordination de l'Etat à l'Eglise ou de César à Dieu, dans les choses mixtes, et leur complète indépendance dans les choses de leur domaine propre. Cet exposé de principe, dans une telle circonstance, ne manquerait pas de vous grandir dans l'opinion de tous les véritables catholi- 1: ques, des honnêtes protestants, et de tous les hommes bien pensants, et éclaire-

rait en même temps un grand nombre de personnes qui n'ont jamais eu occa- Me sion de s'occuper de ces sortes de questions.

Si vous pensez qu'il est plus avantageux d'en faire une question ouverte s et de la faire proposer par quelque député, je vous conseillerais de vous adresser un à Mr Matthieu de Sorel. Il est peut-être mieux préparé que tout autre, par les se études qu'il a faites pour défendre les prêtres accusés dans la contestation de ie Berthier, et il a pu juger par lui-même des funestes conséquences qu’entraîne né- La cessairement cette ingérence de l'autorité civile dans le domaine religieux. d

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