LA HIÉRARCHIE OTTOMANE
Les fonctionnaires civils sont distribués d'une manière un peu moins claire. Indépendamment de leur emploi y ministres, sous-sccré(aires d'Etat ou mus téchars, secrétaires généraux , valis ou gouverneurs de province, mutessarifs on sous-gouverneurs, moiiavins ou conseillers des valis, etc. , ont en outre des titres hiérarchiques et des rangs spéciaux fort bien combinés. Le grand vizir ou sadrazam est naturellement à la tête de tous les fonctionnaires; il est même supérieur au cbeik-ul-Islam et au serdar-ekrem. Comme représentant direct du souverain, il commande en effet à Tun et à Fautre. Il n'est pas tout à fait le Giafar des Mille et une nuits; mais s'il est moins avant dans la confiance du maître, il court aussi moins de risques. Les tragédies finales^sont désormais légendaires; fout au plus le grand vizir est-il exilé lorsqu'il inquiète trop vivement le calife, et d'ordinaire, quand ce dernier est las de ses services, le premier ministre s'en va chez soi fort paisiblement. Il revient de même au pouvoir quand le sultan a changé d'avis et lui rend le sceau d'Etat. Beaucoup de grands vizirs d'autrefois, j'imagine, eussent préféré à leur dangereux prestige la sécurité d'aujourd'hui, d'autant plus qu'après tout le poste est encore très-beau. Sans parler des appointements, qui sont considérables, des honneurs dont le titulaire est entouré, du pouvoir très-réel dont il est investi, il a qualité d'Altesse pour sa vie entière et regarde de haut la multitude des Excelleiices qui pullulent dans l'empire ottoman. L'épée de Danioclès est bien émoussée, et Ton
revient des blessures qu^elIe fait lorsqu'elle toml^ Le rang inférieur à' celui de sadrazam est celui i vizir. Ce mot, Tun des plus expressifs des languj orientales, signifie a celui qui aide à porter un té^ deau » . Il est impossible de mieux exprimer le cari^ tëre et les devoirs des conseillers du prince, et d'aj tant mieux qu'on ne peut pas dire ici que le fardeau s^ léger. On n'arrive en général à ce titre ou bieni celui de muchir civil, qui *est équivalent et qui se^ dans la hiérarchie non militaire donne irrévocableme^ le tilre de pacha, qu'après de longues années passée dans les fonctions publiques, et il est la plus bel] récompense qu'un Turc puisse recevoir. Le rang q^ suit celui de vizir est celui de bala^ que l'on traduit p^ le mot « élevé », en quelque sorte haut et puissaii seigneur. Les balas sont de très-grands personnages qif jouissent du privilège d'être appelés au Divan, c'est-i^ dire au conseil de hauts fonctionnaires convoqués pai le gouvernement dans les graves circonstances; maisj ce qui est assez bizarre, bien qu'ils, soient supérieun aux généraux de division et n'aient au-dessus d'eui que les premiers ulémas, les vizirs et les muchirs, il^ n'ont pas le droit de se nommer pachas. Ils sont beya s'ils sont fils de pachas ; autrement il leur faut se con^ tenter, comme le premier individu qui sait lire, da l'appellation banale d^effenài. Cette règle amène par-i fois descomplications assez bizarres, et voici comment: souvent un fonctionnaire de rang inférieur a reçu teroporairement, par une de ces combinaisons particulières
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dont nous parlerons tout à T heure, le titre de pacha : s'il est nommé bala par avancement, il redevient zffendi. Naguère un ambassadeur auprès d'une des grandes puissances de TEurope, qui avait obtenu antérieurement le droit d'être pacha, était sur le point d*être élevé an rang de hala en témoignage de la parfaite satisfaction de son gouvernement. La nouvelle de be prochain avancement causa une certaine émotion |[>anni les hommes politiques du pays de sa résidence : l'ambassadeur allait perdre le titre de pacha, et en Europe, oh Ton ne connaît pas la hiérarchie turque, l»n n'aurait pas manqué de le croire en disgrÂce. Il était donc nécessaire de conjurer le danger de cette faveur souveraine, et Ton obtint que le diplomate ne ferait point hala. Quelque temps après on lui fit franèhir deux degrés, et il fut déclaré vizir. Dès lors, il était pacha pour sa vie entière.
Les oula& de première et de seconde classe {senf-' ewel et senf-sani) viennent après les halas ; puis arrivent les sanié de premier rang, dits mutemaiz y ei les îanié de second rang, enfin les fonctionnaires de troisième classe {salisse) et de quatrième (rahia). Au-dessous il y a encore quelques classifications insignifiantes dont se repaît l'amour-propre des petits employés ; puis vient la fouie obscure et sans grade des individus quelconques, que rien ne distingué les uns des autres : commerçants, portefaix, petits bourgeois et menu peuple, coiffés de n'importe quel fez et de n'importe quel turban.
J'ai parlé plus haut dé combinaisons hiérarchiques particulières qui ne sont ni religieuses, ni civiles, ni militaires. Il y a en effet certains grades spéciaux, dont le gouvernement fait usage à sa convenance, surtout dans les provinces, pour relever le prestige de Tadministration ou pour faire plaisir à des personnes qu'il veut obliger et qui sont friandes de qualifications sonores. Le moindre est celui de capoudgi-bachi ou chef des portiers du sérail ; il parait que ce titre sonne bien dans les vilayets éloignés. Le mir-ul-uméra , qui le précède, est plus pompeux : cela vent dire chef des chefs ; mais, bien qu'assez solennel , ce nom est inférieur à celui àHstaheUamiré-mudiri, ou chef des écuries impériales, dontle prétendu chef n'est d'ailleurs nullement tenu de s'occuper. Les deux grades supérieurs ont une valeur toute particulière; bien que celui qui les porte soit seulement l'égal des oulas^ le titre de mir-miran^ chef de tous les chefs, et celui de rouméli-beylerbey^ bej des beys de Roumélie, confèrent le nom de pacha. On les donne au fonctionnaire qu'on veut honorer d'une façon exceptionnelle, soit en province, soit à l'étranger; mais il les perd quand il est destitué, et le titre de pacha disparait en même temps. Lorsque, pa exemple, |on entend attribuer une situation avantageas à un simple mutessarif, qui n'est que le gouverneui^ d'une fraction de vilayet, on le déclare mir^miran ou rouméli-beylerbey ; il devient ainsi provisoirement pacha, et cela le relève aux yeux de ses administrés. Lorsqu'il cesse d'être mutessarif ou lorsque, par quel^