LE DANUBE ET LA MER IVOIRE
royageurs à s'abstenir. Il en sera ainsi tant qu'une Idmînistration plus active n'aura pas fait en sorte que bs paquebots puissent venir à quai.
La route de Bucarest à Giurgewo est profondément iriste. Elle parcourt pendant deux heures d'immenses plaines qui peuvent être excellentes pour l'agriculnre, mais qui présentent aux yeux le plus monotone les paysages. Le jour où je l'ai suivie, il faisait un de les temps gris, froids et pluvieux qui ajoutent encore t la sombre physionomie des choses. Peu ou point de lillages, quelques petits arbres, des troupeaux épars, et bi-dessus un ciel uniforme, de plomb, glacial. J'étais ûavré en arrivant à Giurgewo. Là on est encore à une bonne distance du Dapube. Pour traverser la ville et gagner le rivage, on^lionte dans des petites voilures découvertes traînées par deux maigres haridelles qui vont cependant assez vite sur une route inégale où des chevaux civilisés se briseraient aisément les jambes.
Giurgewo est assez pittoresque : ses maisons se groupent heureusement autour d'une vaste place où s'élève une église à clocher, et toutes ces petites bicoques entourées de jardins, égayées par des plantes grimpantes, ont vraiment bon air. Nous en remarquons quelques-unes, bien situées, avec des façades de villas rustiques, et nous passons comme le vent, rudement secoués par l'âpre terrain sur lequel courent nos deux petits chevaux efflanqués. Une fois hors de la ville , le sol est encore plus accidenté, les trous se multiplient,
mais les petits chevaux galopent toujours. On monte,
18 LBTTRES DU BOSPHORE.
on descend ; on traverse des ponts de bois étroits, fisseï mal joints, et tremblants sous le poids de la voiture, des petits bras stagnants du Danube dont Teau profonde frissonne au vent du matin ; puis on s'arrête devant une chaumière de mauvaise apparence, et le cocher nous fait comprendre que nous sommes à la douane roumaine et qu*il faut montrer nos passe-ports. Cette formalité accomplie, nous reprenons notre course, passant encore deux ponts aussi peu rassurants que les autres et où il faut prendre la file à la suite de lourds chariots attelés de bœufs. Bien entendu, sur ces ponts il n*y a point de parapets, et à voir comme leurs planches craquent et ploient, on se demande comment les bœufs, les chariots, les véhicules et les voyageurs ne s*en vont pas ensemble dans la rivière. Cette petite fête coûte cinq francs , et Ton est au bord du Danube.
On est dédommagé, il faut bien le dire, — puisque après tout on est arrivé sain et sauf, -— par l'imposante grandeur du spectacle qui se présente devant les yeux. Le fleuve, ce matin-là, roulait des eaux jaunes et sablonneuses; un vent assez fort agitait sa surface où de petites vagues s'entre-choquaient avec un peu d'écume : on eût dit, à soii mouvement et aussi à son immense largeur, un véritable bras de mer. Au loin, I dans la brume, apparaissait la rive turque, plus élevée que la rive roumaine; à droite et à gauche, la vaste nappe d'eau s'enfonçait dans les profondeurs d'un horizon sans limites. On n'entendait d'autre bruit que le clapotement du flot et le murmure profond de la