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LE DANUBE ET LA MER NOIRE

masse du fleuve s* épanchant au milieu d*un déserl. Il était impossible de n^étre pas ému devant cette mystérieuse solitude et devant la majesté de ce paysage morne. On voyait à peine quelques voiles au milieu du courant rapide entre un ciel bas et les eaux sombres.

Le petit bateau à vapeur qui fait la traversée du fleuve est sale et encombré : sa chambre intérieure» où trois ou quatre Turcs fumaient paisiblement, a Tair d^un corps de garde de mauvaise mine. On attend là, — car sur cette route il faut toujours attendre quelqu'un ou quelque chose ; — puis, au bout d'une heure» on démarre, et Ton va en obliquant vers la rive ottomane. C'est l'affaire de vingt minutes, et l'on est sur les domaines du sultan, entre les griffes d'individus qui se précipitent sur vos bagages commo s'ils les vou* laient piller et qui se bornent, heureusement, les uns à prétendre les porter, malgré vos dénégations énergiquesy les autres à les visiter minutieusement en y fourrant leurs doigts malpropres et crochus. Puis on apprend qu'il faut, bien entendu, attendre dans la gare que le chemin de fer parte, et que le chemin de fer partira on ne sait au juste quand, dès que le paquebot avec lequel il correspond sera arrivé au port. On a le droit de déjeuner; seulement il n'y a pas de buffet.

Le mot a hôtel » écrit en grosses lettres sur une petite maisonnette blanche à vjolets verts située en haut d'une colline proche de la gare, attira heureusement mes yeux, et je conçus la pensée audacieuse de trouver quelque nourriture dans cette auberge solitaire où l'on

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semblait parler français. Ce n*ëtait pas beau, ce n'était guère propre; mais enfin, à Routscbouk, en plein pays bulgare, on n'a pas le droit d'être difficile; et d'ailleurs, du haut de cette éminence, j'avais une vue superbe sur le Danube, et peu de salles à manger ont une semblable bonne fortune. A quelque chose malheur est bon : en voyage il faut accepter ces axiomes philosophiques et les appliquer aux accidents imprévus. Le retard du bateau m'avait permis de déjeuner : il me permit encore une agréable promenade au bord da fleuve. Le soleil avait pris de la force, les nuages avaient disparu, l'eau, tout à Theure jaune, était devenue bleue, et un paysage aussi lumineux que celui du matin était sombre resplendissait sous un ciel baigné par les clartés automnales.

Nous montons en wagon sur un chemin de fer dont on ne saurait dire que du bien pour beaucoup de causes. D'abord, il est conduit avec prudence, les voitures sont fort douces et convenablement aménagées; ensuite et surtout, il a l'immense mérite d'être le premier tronçon au nord de la grande ligne qui reliera dans peu d'années, j'espère , Constantinople à Paris. Il suffira d'une construction de deux cents kilomètres pour faire aboutir à Choumla, qui est l'une des stations

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