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LE BRÉSIL ET LA FRANCE. — QUESTIONS ÉCONOMIQUES

Le Brésil traverse une période de crises: — crise politique dont le dénouement est proche et sera heureux sans doute grâce au bon sens du peuple brésilien; — crise sociale dont l'issue est moins facile à prévoir et dont la nation ne sera victorieusement sortie que lorsque la discipline aura été rétablie dans l'armée, dans l'administration, dans le peuple, partout; — criseéconomique, conséquence inévitable de l'abolition de l'esclavage : le remède est trouvé, c'est l'immigration bien comprise et bien conduite.

Dans un pays neuf comme celui-ci, où les

grands courants économiques apparaissent à la surface, se dessinent au plein jour avec une netteté éclatante, se manifestent comme des forces de la nature, irrésistibles, les affaires commandent à la politique ou se passent d'elle. Ni les commerçants, ni les planteurs ne s'attarderont aux subtilités constitutionnelles et,si les politiciens bavardent trop longtemps, ils iront de l'avant sans se soucier d'eux. Le Brésil se développe ; il continuera de se développer ; cela est aussi fatal (jue le retour des marées et la succession de l'âge adulte à l'enfance.

Jevoudrais tracer rapidement les grandes lignes de ce pays, marquer les conditions de son développement économique, montrer en quoi il doit nous intéresser et ce que nous avons à y faire.

Le Brésil est le plus grand État de l'Amérique du Sud et le plus peuplé. Presque tous

les climats s'y rencontrent depuis la zone torride (Pernambuco,Céara,Maragnon,Para, Amazones, Matto-Grosso), jusqu'à la région chaude (Baliia, Rio-de-Janeiro , partie de Saint-Paul), et la région tempérée (Parana, Santa-Catarina, Rio-Grande-do-Sul, partie de Saint-Paul). On évalue la population à lo millions d'habitants pour un territoire égal aux 85/100 de l'Europe, plus étendu que la Chine propre, que les États-Unis.

La province brésilienne la plus petite est plus grande que le Danemark; les plus grandes, Amazones, Para, Goyaz, Matto-Grosso, dépassent tous les États européens, sauf la Russie. Les provinces les plus peuplées sont celles de Minas, Baliia, Saint-Paul, Rio-de- Janeiro, Pernambouc.

Au point de vue agricole, le Brésil peut se diviser en trois grandes régions : la région côtière tropicale, des bouches de l'Amazone à

Sanlos, dans la province de Saint-Paul ; c'est la plus cultivée, la plus peuplée : assez large au Nord, elle se rétrécit à mesure que le plateau montagneux se rapproche du littoral (le Brésil, à part l'Amazonie, la région côtière et la région du Sud, est constitué par un immense plateau qui atteint jusqu'à 700 et 800 mètres d'altitude et aboutit en gradins à la mer; on y rencontre la forêt vierge, les campas nus ou couverts d'une végétation rabougrie et les terres rouges de Minas, de Saint-Paul, admirablement fertiles) ; — la région des plaines de l'Amazone, basse, humide, très chaude et très malsaine, couverte de forêts inextricables, incroyablement riches en essences rares où l'Indien, [ecaboclo, le métis, seuls peuvent allerrecueillir le caoutchouc ; — la région du Sud, tempérée, jouissant d'un climat délicieux, oh se sont portées de préférence les colonies euro-

péennes (plusieurs centaines de mille Allemands), où le sol se prête très bien à la culture des céréales et à l'élève du bétail.

Les produits agricoles sont, presque partout, le manioc, le riz, le haricot noir, le maïs, qui constituent la base de l'alimentation dans l'intérieur; le café, qui donne lieu à la grande culture industrielle dans la région tropicale et des plateaux; le sucre, dans le Nord surtout, à Pernambouc et à Bahia. Voici les principales productions du Brésilpour l'année 1886-1887 évaluées en milreis (1 milreis = 2 fr. 83 au pair) :

Café 187.000.000

Sucre (Pernambouc). 16.000 000

Coton 15.120.000

Caouthouc (Para) ... 5 . 200 . 000

Tabac (Bahia) 6.250.000

Peaux 5.360.000

Cacao 1.630.000

Maté 3.600.000

Poudre d'or 1.200.000

Le Brésil est pourvu d'un merveilleux réseau de voies de communications naturelles (ju'il n'a eu qu'à compléter ou à rectifier sur plusieurs points : avec le bassin de l'Amazone, le rio San-Francisco, les fleuves côtiers, les bassins supérieurs du Paraguay etduParana, il se trouve posséder un ensemble de voies navigables d'une étendue de 34.000 kilomètres. Les steamers sillonnent le cours de presque tous ces fleuves; ils remontent l'Amazone sur une longueur de 10.000 kilomètres, des embouchures jusqu'à la frontière du Pérou ; ils parcourent sur le Paraguay et ses aflluents 4.500 kilomètres, deMontevideo àla capitale de Matto-Grosso.Les ingénieurs brésiliens ont très habilement combinéle réseau des voies navigables avecle système des voies ferrées : les fleuves côtiersqui se jettent dans

l'Atlantique offrent tous cette particularité remarquable que, après avoir d'abord dirigé leur cours parallèlement à la côte, ils rencontrent la serra do Mar, le rebord et le soutien du grand plateau, et ne peuvent déboucher à la mer qu'après avoir franchi la montagne par une série de chutes et de rapides; tel le San- Francisco dontles chutes sont plus belles et plus imposantes, dit-on, que celles du Niagara.

L'œuvre de l'ingénieur a consisté, pour plusieurs de ces fleuves qui traversent des régions fertiles, à prolonger la voie fluviale, à partir du point oij tombant en cascades le fleuve cesse d'être navigable, par une voie ferrée jusqu'à la mer.

Les chemins de fer ont suivi au Brésil, dans les dernières années, une progression rapide :

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