LE RAPPORT DU MINISTRE DES FINANCES
Rio-de-Janeiro, le i" janvier 1890.
Depuis quelques jours, on parlait, dans le monde des affaires, d'un rapport que le ministre des finances devait adresser au chef du gouvernement provisoire. Ce document était attendu avec une certaine impatience. Les affaires priment tout en ce pays : les hommes d'affaires se lassent vite d'être au régime des décrets ; la confiance la plus robuste ne laisse pas de se sentir ébranlée, quand le public s'est enfin rendu compte que toute chose est à la merci d'un gouvernement de
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tiiil. irresponsaltlr ; 1rs ihtIs du plus opliiiiisle (les lioiiiines uc résistent pas à l'épreiive renouvelée cluupie matin à la lecture (lu Jour/ta/ of/iric/ <\\\'\ pcul toujours réserver quelque désagréable surprise.
Le gouverueinent aurait jiu continuer longtemps encore à imposer ce régime au peuple brésilien, sans que personne eût le moyen de manifester le désir d'un changement ; aussi sut-on gré à M.Ruy Barbosa de sa seule intention. Eprouvait il le besoin de limiter lui-même ses pouvoirs, de se tracer une ligne de conduite, de bâtir un plan dont chacun pourrait suivre l'exécution dans les détails ? Voulail -il rassurer l'opinion publique devenue un peu nerveuse. ])rouver au montle des afïaires (ju'il savait où il allait, où il le menait ?
On n'osait en espérer tant; mais on esjiérait. Le rapporta paru dans les journaux à
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la fois, hier, 31 décembre, le jour même de cette terrible liquidation, tant reculée et tant redoutée. Je ne vous cacherai, pas que la première impression n'a pas été loin d'être une désillusion.
Ce long travail, qui ne manque pas d'un certain mérite littéraire, est plutôt l'œuvre d'un journaliste que d'un homme d'Etat; si M. de Ouro-Preto était encore ministre des finances et M. Ruy Barbosa principal rédacteur du Diario de Noticias, tout le monde s'accorderait à rendre hommage au talent du polémiste ; mais les circonstances sont différentes. Le ton de l'exposé du ministre des finances du gouvernement provisoire rappelle trop celui des deux télégrammes expédiés à un journaliste révolutionnaire de Lisbonne. On peut reprocher à M. Ruy Barbosa de n'être pas encore entré dans la peau de son nouveau personnage.
38 LETTRES DL' HUESIL
Ce doiiiinciil, iiililulé : « le Trésor j)ublic au lo novembre 1889, » esl un exposé de l'élat (les liuances au joui' de la révoluliou d'où est soi'li le réj^iiue aeLuel. 11 débute par une crili(juc assez vive de la politique financière delà nionarcliie el.en particulier, de son dernier ministre des finances. Si legouvernemcnt provisoire se trouve avoir à lutter contre de sérieuses difficultés, personne ne songe à le condamner avant de l'avoir vu à l'œuvre, et il ne semble pas qu'il fût nécessaire, pour justifier les mesures qu'il pourra prendre, de déclarer que tout ce (jui a été fait avant lui a été mal fait. Il se tromperait môme s'il croyait que, pour conquérir la confiance et l'approbation de tous, il devra d'abord requérir la condanmation absolue de tous les actes du gouvernement impérial. Ce que l'on attend des hommes du lo novembres c'est bien moins une vaine condamna-
tion des choses du passé que de sérieuses garanties pour l'avenir.
Les gens bien informés savaient que M. de Ouro-Preto, quoique surpris et renversé en plein travail de réorganisation financière, avait laissé le Trésor dans une situation prospère, prêta faire face à tous ses engagements. Les cliiffres publiés par M. Ruy Barbosa ne sont pas de nature à les faire changer d'opinion. M. Ruy Barbosa constate que les engagements laissés par l'empire sont lourds, que leur caractère d'urgence rend difficile la tâche du gouvernement provisoire pendant la période de transition : il réclame de tous les citoyens leurs concours auquel les plus sages mesures administratives no sauraient suppléer. Mais il constate, d'ailleurs ^ et en cela tout le monde sera d'accord avec lui, que le pays est doué d'assez de ressources et de vitalité pour supporter ces charges.
40 LETTRES Dr BRÉSIL
La Délie consolidée s'élrve à 814,000 conlos (1 conto = 2.833 fr. au pair) : ce n'est pas là une cliarge accablanle pour un pays dont les ressources naturelles sont presque infinies. Il n'est pas inutile de faire remarquer, en outre, que la Dette consolidée ajustement pour origine, en grande partie, des dépenses dont l'objet n'est autre que la mise en valeur des ressources naturelles du pays: ainsi des chemins de fer appartenant à l'État, et représenlanl une valeur d'environ 170.000 contos, soit plus du cinquième de la Dette consolidée, et des garanties d'intérêt payées aux Compagnies de chemin de fer, qui sont de ce fait débitrices de l'État pour une somme d'environ 30.000 conlos. L'État se trouve jtropriétaire dans les villes des canalisations d'eaux et daulres ouvrages qui ont grossi la Dette cl (|iii j»oiirraienl au besoin, étant cédés à (les Compagnies, concourir pour K'
produit de la vente à la réduction de la Dette consolidée. Quand nous aurons ajouté que la Dette extérieure a été convertie en 4 0 0 remboursable en cinquante-six ans, et que la Dette intérieure est au taux de 6 0/0, nous serons autorisé à conclure que bien peu de pays peuvent se flatter d'avoir aménagé leur Dette consolidée dans des conditions aussi favorables.
Dans son rapport, M. Ruy Barbosa place au titre : « Dette flottante » une somme de 7.840 contos; mais des détails donnés il résulte que, sur cette somme, 4,500 contos proviennent du rachat du papier-monnaie et sont remboursables en rente 4 0/0, et que le reste ne figure au compte de l'État que par suite d'une opération de trésorerie faite au profit de la ville de Rio-de-Janeiro (l'État, jugeant utile de surveiller l'emploi des fonds d'un emprunt contracté à Londres par la ville
do Rio, .1 posé comme condition que les fonds seraient versés dnns ses caisses et servis à l'administration municipale au fur et à mesure des besoins jusli(iés) : ces sommes ne sauraient donc être portées au compte de la Dette flottanle.
L'État a d'autres engagements: d'après un contrat récent passé avec les banques agri- C(des, il doit piéler à ces inslutions de crédit, sdus forme de « secours à l'agriculture », 00.000 contos. Mais cette somme n'est pas exigible en ])loc: le versement ne seneffectneia que par des versemens partiels et à la condition (jue les ban(|ues agricoles doubleront au j)rolil des agriculteurs les sommes prêtées parl'Klat. Les 60.000 conlos promis parl'Etatne sontplusentièrement exigibles, l>uisqiie 02.000 contos (soit 20.000 prêtés j)arri']lal) outdéjà élé fournis à l'agriculture. Mais, en admettant mémo que les contrats
(lussont être exécutés jusqu'au bout, les 60,000 contos ne sauraient être exigibles qu'à laison de 20.000 contos par an.
Pour faire face à ces engagements, quelles ressources la monarcliie a-t-elle léguées à la République? D'abord 63,000 contos dus sur l'emprunt 4 0/0 1889, dont 20 0/0 payables le 13 janvier 1890, 23 0/0 payables le 13 février et 20 0/0 le 3 avril. D'autre part, dans son rapport, M. Ruy Barbosa reconnaît que l'exercice 1889 se clôt au 31 décembre 1889 par un excédent de recettes de 4.000 contos. Le Trésor possédait, d'ailleurs, le 13 novembre 1889, les ressources disponibles suivantes :
Contos.
En espèces dans les caisses publiques 7 . 323
A renorter 7.323
44 LETTRKS DU BRESIL
lif/Xtil 7 . o23
En compte courant à la Bancjne nationale 2 . ()74
Ciiez les agents du Trésor à Londres 21 .3G2 Aux Etats-Unis pour l'achat d'arg^ont
à monnayer 2 . 095
Soit 34.554
Ces ressources étaient suffisantes pour assurer le service de la Dette au Brésil et en Europe jusqu'en juin 18î)0 ; et les recettes ordinaires de 1800 subviendront aux dépenses ordinaires de la même année.
Au 15 novembre 188!), la section du Trésor, qui correspond à notre Caisse des dépôts et consignations, avait à répondre de dépôts de diverses natures s'élevant à 80.000 contos onviion, dont une petite partie seulement était exigible à vue ; les principaux articles de ce total étaient :