‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 101 sur 145 · A M. DE BEAUJEU · texte numérisé non relu

A M. DE BEAUJEU

Fontainebleau, 10 mai 1603.

Le mérite de M. de Coligny, au lieu de luy servir pour obtenir la grâce qu'il demande, empesche absolument qu'on ne la luy puisse accorder 3: la perte de M. de Coligny [est] trop importante à M. le Prince pour la hazarder légèrement.

1 J'ai déjà fait remarquer (et l'on en trouve la preuve dans les nombreuses lettres italiennes qu'écrit Mazarin pendant les mois de février, mars, mai et juin) que le principal soin du Cardinal, aussitôt après son retour à Paris , .fut de rendre à la France les alliances que la Fronde lui avait fait perdre. Il s'attacha d'abord à l'Italie. La maison de Savoie avait été longtemps l'alliée dévouée de la France; il fallait y relever notre crédit ébranlé. De là, les lettres au marquis Ville (p. 569) et au prince Maurice. Mazarin s'efforçait aussi de regagner les ducs de Mantoue et de Modène, et de se concilier Innocent X, afin d'opposer une ligue italienne à l'ambition espagnole. Il ne réussit pas sur ce dernier

point; pour les autres, le succès fut lent, mais complet.

2 On a vu ci-dessus que M. de Beaujeu était chargé du commandement des troupes qui occupaient la Champagne.

3 Coligny avait été fait prisonnier, comme on l'a vu plus haut, p. 597, au mois d'avril 1 653, au moment où, à la tête de cinq ou six cents Espagnols, il cherchait à s'emparer du château de Couvin dans les Ardennes. Il resta dix-neuf mois prisonnier. La lettre de Mazarin prouve qu'il faisait grand cas de Coligny-Saligny et pourrait confirmer un passage des Mémoires de ïabbé de Choisy, où on lit: (t J'ay ouy dire à M. Le Tellier que le Cardinal avoit envie de donner sa nièce et tout son bien au comte de Coligny. ... Le

Je sçay de tres-bon lieu que M. le Prince, assisté des Espagnols, se Mai i653. mettra bientost en campagne. H faudra leur résister, et, pour cet elTect, j'ay mis 8,000 livres entre les mains du sieur Gargan, qu'il vous remettra. J'ay encore advancé au sieur Nanteuil G, 000 livres, qu'il employera en chevaux. Comme les desseins de M. le Prince ne pourraient estre autres que sur la Marne, j'ay jugé important de faire fortifier sans cesse les corps d'infanterie destinez pour ce costé-là. J'ay faict advancer pour cela de l'argent. Je mettray jusqu'au dernier sol pour rompre les projets de M. le Prince. Dans peu de jours, je vous enverray encore de l'argent.

Arch. nat., KK, t. 1221, P 3g3. — Minute.

À m. l'évèque de tulle1.

Paris, 12 mai t653.

(extbait.)

J'ay à vous dire, au sujet de l'amnistie2, que tant s'en faut qu'elle contredise les ordres envoyez pour le blocus [de Bordeaux], qu'au contraire il est delà prudence, lorsqu'on presse davantage la ville, détendre les bras à ceux qui sont dedans pour leur faciliter, par cette voye-là, les moyens de venir à résipiscence, n'y ayant point de doute qu'autre-

Cardinal lui envoya M. Le Tellier pour lui proposer de quitter le service de M. le Prince et de s'attacher à lui, avec ordre de lui dire tout de suite que son Éminence lui donnoit sa nièce et le déclaroit son héritier. Coligny lui répondit fièrement qu'il n abandonnerait point M. le Prince dans son malheur. ?> (Mémoires de l'abbé de Choisy, édit. Michaud et Poujoulat, p. 572.) Il faut cependant ajouter, en citant les Mémoires de l'abbé de Choisy, qu'on ne doit les consulter qu'avec précaution.

1 Louis de Rechigne voisin, abbé de Guron, né en 1616, fut sacré évêque de Tulle le 2 novembre i653. A l'époque où Mazarin lui écrivait cette lettre, il n'élait encore qu 'évêque nommé, et non sacré. Louis de Rechignevoisin fut transféré à l'évêché de Saint-Rertrand de Comminges en 1671 et mourut le 20 mai 1693.

' Il s'agissait d'un projet d'amnistie offert à Rordeaux pour engager les habitants à se soumettre; on n'en exceptait que quelques factieux.

Mai 1668. ment ce seroit les désespérer et les engager de plus en plus dans la rébellion et leuroster toute espérance de salut. Sa MU: désire que M. d K trades commande sous l'autorité de M. de Vendosme. Les ennemis font grand bruit de l'intelligence qu'ils ont descouvert de Folleville1 et du secours de Bourg 2; nous ne croyons pas qu'il ayt esté considérable.

Au nom de Dieu, faictes en sorte que M. le duc de Vendosme ne retarde pas le départ des troupes qu'on a demandées pour venir icv: car celles des ennemis marchent desja pour les lieux d'assemblée, et M. le Prince est prest d'entrer en France avec une [armée] de quinze mille hommes, du costé de Champagne, pour nous attaquer, afin de nous obliger à lever le siège de Bellegarde3, où la tranchée a esté ouverte dans la nuit du 8 au 9 de ce mois, et en mesme temps l'Archiduc prétend entrer, d'un autre costé, avec M. de Lorraine avec une plus grande armée.

Arch. nat. , KK, t. 1075, f° i85. — Minute.

A M. DE FABERT

(extrait.)

Paris. 17 mai 1 653.

C'est un grand malheur pour MM. de Noirmoustier et de Bussy \ ainsy que pour le Cardinal 5, que ces messieurs soient si mal informez sur ce qui se passe icy à l'esgard du cardinal de Retz. Jamais un pri-

' Guillaume le Sens, marquis de Folleville, maréchal de camp en 1 648, lieutenant général en i653.

" Bourg-en-Guyenne, auj. de'p. de la Gironde, arrond. de Blaye. Les Bordelais avaient réussi à y faire entrer des troupes pour résister à l'armée royale.

:i Bellegarde, ou Seurre, ville de Bourgogne , occupée par le parti des princes.

4 Voy. sur Noirmoutiers , gouverneur de Charleville , et sur Bussy-Lameth , gouverneur deMézières, ci-dessus, p. 5/4 , notes a el 3. Ces deux persomiages élaient amis du cardinal de Betz, qui était enfermé à Vincennes, comme on l'a dit, depuis le mois de décembre i65-a.

5 Mazarin parle de lui tantôt à la Iroisième personne, tantôt à la première.

DU CARDINAL MAZARIN. (il 5

>onnier d Estât n'a esté traité si favorablement, et la principale raison Mai n;;>:<. en cal que. m- pou\ant rira l'aire pour sa liberté, je voulus luy donner satisfaction sur tout, ce qu'il a\oil désire. Sans entrer dans les détails de sa conduite depuis quatre ans, il ne luy esl pas advanta<>eu\ de \oir que, depuis qu'il n'est plus en estât d'agir, on n'entend plus parler il'a-^emltlees de noblesse. Le Parlement ne respire que l'obéissance, et l'on est si esloigné de voir le moindre bruit dans Paris, que, nonobstant les diligences que l'on a faictes au contraire, chacun ne songe qu'à aller au-devant de toute chose qui pourroit plaire au Roy.

Le Cardinal s'employera à la liberté de M. le cardinal de Retz lorsque le Ro\ pourra la luy accorder sans préjudice à son service et au calme de Paris. Pour cela, son Em. desireroit cognoistre les seuretez qu'on pourroit avoir à proposer, afin que, si elles estoient telles que le Roy s'en peut contenter, il fusl en estât de les luy faire agréer, .lay dict la mesme chose à Mmc de Ghevreuse.

.Mazarin déclare ensuite que le Roi est très satisfait de la conduite de l'électeur de Cologne et qu'à sa sollicitation il a été décidé, dans le Conseil, que les gouverneurs des places frontières de Champagne ne feraient pas entrer de troupes dans le pays de Liège l.

Page 1