‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 113 sur 145 · L SIGNOR AMRASCIADORE DI ROMA · texte numérisé non relu

L SIGNOR AMRASCIADORE DI ROMA

Compiegne, 18 luglio i653.

Fù presentata da Mous. Nunlio la bolla di N. S. che condanna le •nique propositioni di Giansenio1, e se io devo parlare secondo il rnio ;jenio clie è di lodar il buono, ancorche vengà dalle persone che non mi amano, io hô ammirato due attioni del Papa fatte quasi nellostesso tempo, 1' una prudente e politica che è questa délia bolla, attione grande, risoluta e coraggiosa, che renderà immortale il nome del Papa, a che potrei dire con verita di non haver poco contribuito ancor io; ma non voglio dilTondermi in questa materia, perché parerebbe torse ch' io volessi acquistar merito con S. Santita, e perché mi persuado che V. Eccza ne sarà informata da altra parte, corne di cosa assai publica. Certo è che, se io non havessi assistito e diretto 1' assemblea de vescovi2, o la bolla non sarebbe stata da essi ricevuta, o cio sarebbe seguito con tali conditioni, limitationi e contraditioni, che 1' antidoto si sarebbe convertito in veneno , e 1' autorita del Papa haverebbe naulragato, ed una risolutione cosi nobile perse medesma haverebbe perduto tutto il suo lustro.

Mi bastà di accennar questo solo a V. EccM che non vi sino mancati

' Cette bulle est datée du 9 juin iC53. six archevêques et vingt-six évêques, où

On en trouve la traduction dans les Mémoires fut reçue la bulle du Pape qui condamnait

du père René Rapin , t. II, p. io8etsuiv. les cinq propositions extraites de ÏAugus-

2 Ce fut le 1 1 juillet 1 653 que se tint au tinus de Jansénius, malgré l'opposition de

Louvre l'assemblée du clergé, composée de plusieurs prélats.

Juillet 1 653. di spiriti seditiosi e malcoiilenli, che andavaiiu spargeudo cfuesti concetti : esser cosa dura ed insopportabile che il vicario di Christo fa cesse assistere al matrimonio d una sua nipote tutto il collegio de cardinali, e che prendà poi una risolutione corne questa, cosi importante alla religione ed alla fede, alla presenza solo (e ne uieno col consiglio) d' alcuni d'essi. Finalmente, con l'aiuto di Dio, ho ridotto lutti i spiriti ail' unione ed ad una totale defferenza alla decisione apostolica. 116 voluto veder le risposte ad i hrevi di S. S1", tauto del He, conie del Clero, e le lettere circolari per il regno, che ho procurato, siano lutte rivolte alla Iode, al decoro ed ail' autorita del Papa. E vero che io hô fatto quello dovevà; ma hô fatto anco conoscere che non hô alcun rispetto humano, quando si trattà del servitio di Dio, del publico e délia Santa Sede, ed il Papa potrà di qui venir in cognitione quai dispositione si trovarebbe a far oppositione a cotesta supreina autorita nelle cose odiose , poiche si trovà cosi pronta e facile nelle buone e favorevoli.

Approvo che V. Ecczu, doppo baver accennate al cardinale Paufilio le facilita, che quà si portano alla sodisfattione del Papa, aspetti d' esser ricercata e sollecitata, e quando le parleranno del cardinal di Retz, ella puô dire [che] io medesiino, per ordine del Re, hô trattato col vescovo di Ghalon ', suo amico e conhdente, e li hô fatto conoscere che S. MUl non si renderà difficile ad acconsentire alla liberatione del detlo cardinale , purchè vi trovi la sicurezza dello Stato , e che sopra di questo havendo il consiglio del Re maturamente discorso e deliberato, non trovavà che due sole precautioni, sopra le quali S. M1' potesse assicurarsi : 1' una è che il cardinale suddetto cedesse la coadjutoria deiT arcivescovato di Parigi con la ricompensa d' altre rendite ecclesiastiche2; 1' altra ch' egb se n' andasse a Roma, sotto la parola del Papa

1 L'évêque de Châlons- sur -Marne était à renoncer à la dignité de coadjuleur de

Félix Vialar de Hersé, né en i6i3, nommé l'archevêché de Paris, à condition qu*on lui

évêque de Châlons en 16/40, mort en 1680. rendrait la liberté, qu'on lui donnerait en

* Ce turent, en efl'et, les principales con- bénéfices ecclésiastiques un revenu équiva-

ditions de l'accord qui fut conclu avec le car- lent à celui de coadjuteur de l'archevêque

dinal de Retz, en i654. Retz s'y engageait Paris, et qu'il se retirerait à Rome.

Dl CARDINAL M \Z\Itl\. 641

t> ilfl sacra collegio di non partirne senon col cohsepso e beneplacito luiliei 1653. (Ici Re. Il vescovo non lia voluto senlirc queste proposition^ S. M1' crede che il Consiglio ne babbià giudicato assai moderatamente in riguardo d' nna persona che hà causato lanli mali al regno e lanti pregîuditii a questa corona; di che tntto V. Kcc" si potrà valere, corne giudicarà (sic) più espediente e vantaggioso al negotio.

Circa il duca di Manloua, V. Ecc"" havrà gia sapnto sin liora coinc (dla si è ingannata nel eoncello che havevà di quel prencipe e délia stretlczza e congiontura in che si Irovà. lo credo che S. A. sià d'animo Iraneese; ma i suoi principali ministri sono tutt' alfatto spagnuoli. Il sig* di Plessis-Besanzon li hà fatto propositioni giuste, honorevoli e sicnre, ed egli, in vece di profittarne e di riconoscere la hnona intenlione delRe,non solo le hà rifintate, ma hà aiïettato di publicarle insieme con le suc risposte ed di farle correre per le corti de prencipi, sottoscritte da i medesimi suoi secretarii, di dove si vede chiaramente che cjuesto prencipe caminà a perdersi ed a portai* grandi pregiuditii ail' Italia; onde V. Eccza doverebbe far animo al Papa di condescendere ail" instanze che il duca li hà fatte, e perliberarlo dalla spesa si potrebbe trovar qualche temperamento, e noi, per la nostra parte, vi contribuiressimo volentieri per far conoscere che noi non desideriamo d' esser j>adroni di Cazale, purche ci assicuriamo che non lo siano i Spagnuoli, e di veder 1' Italia fuor d' ogni pericolo di sciavitudine.

GCLXXXVII.

Aff, <:tr. , France, t. 891 , f° i5y v°. — Minute.

À LÀ REINE

Noyon, 19 juillet 1 653.

Colbert aura l'honneur de vous informer de Testât de l'affaire de Manicamp. luy en escrivant ' en détail toutes choses. Vous verrez

! Le sens est : dont je lui escris en détail toutes choses.

'UZiRIV V. 8l

[HkPlL >m ) >1L1 .

Juillet i6S3. comme j'espère que le Roy couchera ce soir à la Fere et que Manicamp, avec la garnison, en sera sorti, moyennant l'effort que je Jais, boursillant partout, a(in de luy donner les cinquante mille escus (pi on luy avoit promis.

Si la chose réussit comme je croy (tous les ordres estant donnez, alin qu'elle ne manque d'une façon ou d'autre), le Roy doit eslre tressatisfaict de son voyage1, puisque asseurement il eust esté mal aisé de le faire de Paris2. Je ne perds pas aucune occasion de m'acquitter de vos ordres à l'esgard du Roy3, dans l'esprit duquel vous estes tousjours présente et de la plus obligeante manière du monde.

Brachet vient d'arriver, de la part de MM. de Turenne et de La Ferté, pour dire au Roy que l'armée est aux portes de Vervins, en tres-bon estât; qu'elle cherche les ennemis partout. Sa Mui faict estât de la voir demain ou aprez.

Je vous supplie de presser, en cas de besoin, MM. les Surintendans de nous envoyer de l'argent en diligence et de croire ce que vous devez, par4 justice, du plus véritable et assuré de vos serviteurs.

CCLXXXVIH.

Aff. étr. , France, t. 891, f 157. — Minute.

À J.-B. COLBERT

Noyon, 19 juillet 1 653.

(extrait.)

Je vous envoyay hyer un billet pour MM. les Surintendans et je vous escrivis incessamment (sic), afin que, par toutes sortes de moyens, on

1 Le Roi s'était rendu à Noyon avec le suivantes que Mazarin. avec l'approbation Cardinal et se proposait d'aller à l'armée de la Reine, commença à s'occuper sérieueommandée par Turenne. sèment de l'éducation du jeune Louis XIV.

2 D'obtenir un pareil résultat en restant (Voy. l'Avertissement en tête de ce volume.) à Paris. 4 Ce mot est écrit en abrégé; il peut y

3 Ce fut dans cette campagne et dans les avoir par ou en.

trouvas! la somme de cinquante mille escus pour faire sortir M. de Ma- Juillet i653. nicamp1 de la Fore. Celuy-cya est pour vous dire que, l'a flaire estant Ires-delirale à cause du peu de confiance qu'on peut prendre en Manicamp, si le Km s'esloigne une l'ois de ces quartiers-cy sans qu'elle Sok achevée, d'autant plus que les ennemis ne sont pas trop loing, le prince de Ligne se trouvant avec un corps à portée pour se pouvoir jeter dans la Fere en une marche, tout le monde a esté dadvis, et moy plus que personne, de conseiller le Roy à faire mettre toutes pièces en œuvre [mur obliger Maniramp à sortir de la Fere dez aujourd'huy

avec s» garnison.

Kt comme j'avois promis par escrit à M. le mareschal d'Estrée qu'on ne pretendroit pas cela de Manicamp qu'il n'eust sa rescompense3, soit parle moyen du gouvernement de Saint-Quentin avec quelque argent, soil en l'équivalent quiseroit de cinquante mille escus .m moins, jay redepesché audict Manicamp cette nuict un gentilhomme qu'il avoit envoyé pour faire quantité de demandes et prendre temps à remettre la place, et jay déclaré, de la part du Roy et en la présence de Sa Mk au dict gentilhomme, à M. de Brancas4, avec qui il esloit venu, et à M. le mareschal d'Estrée, à qui il estoit adressé, que le Roy vouloit coucher ce soir à la Fere; qu'il n'y vouloit trouver aucune garnison; que, dez aujourd'huy, on donneroit icy à la personne que ledict Manicamp nommeroit la somme de cinquante mille escus en argent comptant; qu'il pourroit entrer dans Chauny, s'il vouloit, pour y commander, dez à présent, et avec permission de rescompenser ce gouvernement de son argent5, en cas qu'il ne pust pas traiter de celuy de Saint-Quentin, qui sont les choses qu'on luy avoit promises; que je ferois une obligation particulière à M. le mareschal d'Estrée pour la

1 \ oy. ci-dessus, p. 6.37. note 4. cas, maréchal de camp en 16A9, chevalier 1 (le billet-ci. d'honneur d'Anne d'Autriche en 1661, mort J L'argent ou le gouvernement qui lui le 8 janvier 1681, à 63 ans. avait été promis en compensation de celui ! De payer, de son argent, la somme nèfle la Fere. cessaire pour dédommager celui qui avait * Probablement Charles, comte de Bran- le gouvernement de Chauny.

luillei i653. somme de vingt-six mille six cens livres payables dans cette année pour le remboursement des quatre mille escus que Manicamp. entrant à la Fere, paya pour la rescompense du lieutenant de Roy, dont il a l'assignation dans le Soissonnois, et pour les dix mille six cens livres qui luy sont dues pour sa place et que MM. les Surinlendans eurent dernièrement ordre de payer; que M. le mareschal d'Estrée, avant ma promesse, luy feroit la sienne de ladicte somme en son propre et privé nom, et qu'au surplus le Roy ne vouloit accorder aucune des autres choses qu'il demandoit ny différer seulement jusqu'à demain son entrée dans la Fere.

En suite dequoy, Sa Mld ordonna, en présence du dict gentilhomme de Manicamp, que les mareschauxdes logis allassent faire son logement à la Fere et que les gardes partissent, dez ce matin, pour s'y en aller, comme il a esté exécuté ce malin.

L'on avoit desjà depesché, dez hyer, à l'armée pour la faire advancer, et nous croyons qu'elle pourra estre ce soir à Marie; et ayant aussy laict arrester M. de Bar, qui a mille chevaux, auprez de Saint-Quentin, nous avons, par ce moyen, p ris les précautions nécessaires pour faire obéir le Roy par force, en cas que Manicamp refusast de le faire volontairement. Je vous mande tout le détail de cette affaire, afin que vous en informiez la Reyne et MM. les Surintendans, les conjurant, de ma part, le plus pressamment que vous pourrez, défaire un effort pour nous assister en cette rencontre; à quoy vous contribuerez ce qui pourra dépendre de vous, leur donnant mesme mes pierreries, afin qu'ils puissent trouver de l'argent dessus, ainsy que je vous escrivis hyer plus particulièrement. Vous direz aussy à MM. les Surintendans que j'employe au payement de la somme qu'on doit à Manicamp les vingt deux mille escus qu'ils ont envoyez par un commis de M. de La Baziniere1, les deux mille louis qu'ils firent donner au Roy par Girardin, les mille louis que vous me donnastes en partant, avec cinq mille que j'avois encore dans ma cassette, et que pour le surplus je travaille, avec M. Le Tellier, pour

1 Mace Bertrand de La Baziniere était trésorier de l'Espagne. Tallemant des Rëaux en parie dans ses Historiettes, t. IV, p. 4 a 6, de l'édit. Teehener, in-8".

Dl CARDINAL MAZARIN. 645

voir si ou le pourra trouver parm) ceux qui sont à la suite de la Cour, Juillet i653. el desja je suis asseuré <le plus de < j 1 1 1 1 1 x < * crus louis *par MM. de Vil— leroy, de Roquelaure, de Crequy et de Beringhen1, et s'il manque quelque chose pour parfaire la somme, je tascheray de le faire contenter d'une lettre que je luy donneray sur unis, payable à vue, dont M. le mareschal d'Estrée lu\ respondra.

Cependant la vérité est que, ce soir, aprez ce payement, il n'y aura plus ud sol à la Cour, non seulement pour donner à l'armée ce que MM. les Surintendans avoient envoyé, mais mesme pour subsister. Cest pourquoy je vous prie, sans perdre un moment de temps, de presser MM. les Surintendans de nous envoyer un prompt secours au moins de cent mille francs, et, s'ils veulent mes pierreries pour avoir plus de facilité de trouver celle somme sur le champ, vous les leur donnerez.

\vec cette somme, on pourvoiera à ce qui sera nécessaire pour les travaux et fhospital, pour faire quelque gratification aux principaux officiers des regimens auxquels on l'a promis à Paris, et pour donner Heu au Roy d'employer deux mille pistoles comme il avoit résolu de faire, aussy bien que pour rendre une partie de ce que j'auray emprunté aux personnes cy-dessus, qui en auront besoin pour leur subsistance. En cas qu'on ne pust trouver à l'instant la somme entière, il faudrait, au moins demain, en envoyer la moitié droicl à la Fere et le jour suivant le reste, et on pourroit prendre quelques gardes de la Revue pour en asseurer la voiture, n'oubliant pas de recommander à ceux qui en seront chargez de marcher avec toute la diligence possible.

1 II a été question du maréchal de Vil- note 5; de Gréquy, t. IV, p. 536, note 6, leroy (t. II, p. io64 des Lettres de Ma- et de Henri de Beringhen, t. I", p. 912. zarin 1; de Roquelaure, ci-dessus, p. 27-2, Ce dernier était premier écuyer du Roi.

Juillet i653. ==============================:

GCLXXXIX.

AIT. étr. , Fronce, l. 891, f" i5g. — Minute.

À LA REINE

La Père, 21 juillet j653.

Dieu nous a inspiré pour presser l'affaire de Manicamp et gaigner des momens pour le faire sortir de la place, y faisant entier le Roy; car asseurement l'approche précipitée de M. le Prince, avec un corps si considérable et sans bagages, n'estoitpas sans mystère. Vous sçavez que je vous ay clict plusieurs fois que rien n'estoit si important au service du Roy que de faire un exemple de quelqu'un des gouverneurs qui s'émancipent; mais, en ce rencontre, on ne pou voit pas s'empescher de donner l'argent qu'on avoit promis par escrit, il y a trois mois, à M. le mareschal d'Estrée, en cas que Manicamp voulust remettre cette place. Ce qu'ayant déclaré d'abord de vouloir faire, on ne pouvoit en user autrement, sans se mettre en estât qu'on ne se fiast plus à l'advenir aux paroles qu'on donneroit. Ce qui seroit d'un irréparable préjudice, puisque vous tomberez d'accord avec nous qu'il y a beaucoup de François qui sont hors de leur devoir, et qu'asseurement il y en aura encore1.

Comme le Roy ne pouvoit pas aller en seureté à l'armée, M. le Prince s'estant advancé comme il a faict, on n'a pas jugé à propos de partir d'icy, mais [de] depescher à MM. de Turenne et de La Ferté pour avoir leur advis et sçavoir la marche qu'ils prendront, après avoir receu la nouvelle des ennemis si prez de la frontière, et pour moy je crois qu'ils pourront bien venir demain à Riblemont(stc)2, qui n'est qu'à trois

1 La phrase s'arrête après encore. Il explkpierait la nécessité de tenir hdèle-

seinble qu'il faudrait un complément, ment les paroles données au nom du l\oi.

comme : rr II y en aura encore qui voudront ' Ribemont, et non Riblenionl. comme

se soumettre à l'autorité royale*; ce qui écrit Mazarin, est aujourd'hui compris dans

Dl CARDINAL MAZARIN. GA7

lieues d'icy, de façon que, en ce cas, le Roy n'aura pas grand chemin Juillet iGu.s. à faire pour se rendre à l'année, où je vous responds qu'il ne sera en aucun hasard et (pie son service recevra un fort notable advantage de sa présence.

Je iiniray en vous asseurant que la Mer [Mazarin] n'est pas calme uv le Ciel [Mazarin] serein, et les Serajins [la Reine] en sont cause; niais 26 [Mazarin] sera tousjours fidèle, zélé et passionné pour le service [de] * [la Reine].

De la main du Roy :

J'ay veu la lettre que vous avez escrite et je suis ravy de la tendresse .pic vous avez pour moy. Je vous prie de croire que je l'auray pour vous jusques à la mort. C'est M. le Cardinal qui me dicte tout cela, mais après luy avoir dict mon sentiment.

GGXC.

Aff. étr. , France, t. 891, f° 160. — Minute.

À LA REINE

Marie1, 23 juillet i653.

(extrait.)

Le Roy est arrivé icy à midy, et y couchera cette nuit, ainsy que j'ay eu l'honneur de vous le mander. Il vient de prendre un remède, M. Valot2 l'ayant jugé à propos à cause de son incommodité, qui l'avoit repris ce matin; mais ce ne sera rien, et cela ne l'empeschera pas de souper en compagnie, avec l'approbation de M. Valot. L'armée a descampé et s'est advancée entre Vervins et Guyse. Le Roy s'y rendra demain. M. de Turenne luy donnera à disner, et M. de La Ferté à souper,

le département de l'Aisne, arrondissement du de'parlement de l'Aisne, arrondissement

de Saint-Quentin. de Laon.

1 II y a plusieurs localités de ce nom. * Antoine Valot, premier médecin du

Il s'agit ici de Marle-en-Béhaine, petite vdle Roi, mort le 9 août 1671, à 75 ans.

Juillet ifi.™ et je ne croy pas que Sa Mle retourne coucher à Venins, où l'on envoyé tous les équipages de la Cour, [Sa M1' ] souhaitant avec passion d<; ne quitter pas l'armée le peu de temps qu'Elle doit demeurer en ces quartiers. Je vous responds qu'il y sera avec la mesineseureté qu'au Louvre, et que je feray ce que je dois pour vous le ramener sans delay en parfaite santé avec tous les plus grands sentimens d'amitié et de tendresse pour vous, que l'on puisse imaginer.

L'armée ennemye est à quatre ou cinq lieues de la nostre; mais, comme il y a des rivières entre deux, elles ne sont pas en estât de venir aux mains.

Sans faire le fanfaron, nostre armée n'est nullement en estât d'apprehender celle des ennemis1, et je me resjouis avec vous de ce que Dieu nous faict la grâce de protéger partout la cause du Rov.

Je viens de recevoir vostre lettre du a ime que le Fidèle [Le Tellier] m'a envoyée, avec des nouvelles qui m'ont donné beaucoup de joye. Je feray response à vostre depesche demain2 matin par la mesme personne qui me l'a apportée, et ce pendant je vous prie de m'accorder. par grâce, la justice de me croire le plus fidèle de tous vos serviteurs.

1 Les Mémoires de Turenne ne sont pas d'accord sur ce point avec la lettre de Mazarin. Turenne dit (Mémoires, p. 455 , e'dit. Michaud et Poujoulat) que l'armée ennemie rétoit fort considérable , ayant seize mille hommes de pied, onze mille chevaux et trente à quarante pièces de canon, sans compter un troisième corps qui étoil aux environs de Cambray. s C'est probablement en tenant compte de ce dernier corps que le prince deTarente, qui servait dans l'armée de Condé, la porte dans ses Mémoires (édit. de 1767, p. i&8)à vingt mille hommes de pied et quatorze mille chevaux. Il ajoute

(p. i£o) que les généraux de l'armée du Roi n'avaient pas assez de troupes pour oser livrer bataille. Turenne dit, en effet, (Mémoires, ibid.) , qu'il n'y avait dans son armée que sept mille hommes de pied. Le mérite de ce général fut de tenir têle à Condé avec une armée aussi inférieure en nombre, de paralyser tous ses projets et de lui enlever Rethel et Sainte-Menehould.

2 Cette lettre du 2 h juin a échappé à nos recherches. Mazarin écrivait tous les jours à la Reine. Nous n'avons retrouvé qu'un petit nombre de ses lettres à Anne d'Autriche ( Voy. l'Avertissement en tête de ce volume. ,

- Juillet i653.

MV. etr. , Franco, t. 891, f° 172. — Minute.

V LÀ REINE

Rililoinonl ', aG juillet îli.V'l.

,1'av receu au mesme temps vos deux lettres du 23 et ik, et je suis en grande inquiétude de voir (juc vous n'eussiez pas receu celle que je vous escrivis en partant de la Fere pour aller à Marie; car je dois craindre qu'il soit arrivé un malheur à Héron, à qui je la donnay, et n'y ayant pas un courrier qui fasse plus de diligence que luy, j'ay d'autant plus de sujet d'appréhender qu'il ne soit arrivé quelque malheur.

Le Roy se porte fort bien; il a veu avec grand plaisir les lettres qu'il vous a pieu m'escrire, et je n'ay pas manqué de luy expliquer les endroits qui le regardoient en la manière que je devois pour luy faire cognoistre les obligations qu'il vous avoit d'une si solide et tendre amitié qui* vous aviez pour luy; mais, à la vérité, pour luy faire justice, je suis obligé de vous dire que celle qu'il a pour vous est au dernier point et comme je la puis souhaiter. 11 ne manque pas de m'embrasser tous les soirs, me parlant de vous avec des termes qu'on voit bien qui viennent du cœur.

L'armée ennemie estant campée au Castelet, on ne bougera d'icy qu'on ne voye le mouvement qu'elle fera. Je crois que M. le Prince rabattra quelque chose des grands projets qu'il avoit faicts et qu'il aura la bonté de nous vouloir bien donner quelque respit, remettant, à la fin de la campagne, de venir aux portes de Paris, et faire tous les autres exploits dont nous devions voir les effects dans le mois d'avril.

L'armée du Roy se fortifie tous les jours de plus en plus et se met

' La minute porte bien Riblemont. C'était, comme on l'a déjà dit, l'orthographe de ce nom de lieu au xvn' siècle.

miiuii. — t. 8a

tiirniuEr.iE hatiomle.

Juillet i653. plustost en estât de faire quelques progrez que d'appréhender ceux des ennemis.

Sa Ml<i parle souvent de Monsieur1 avec beaucoup d'amitié et m'a commandé de le saluer, de sa part. Gomme il y a des partis des ennemis entre la Fore et Noyon, je me dispense de vous escrire sur d'autres choses, et d'autant plus que j'auray l'honneur de vous entretenir à fond dans le temps que je vous ay mandé, Sa M,,; m'ayant promis de partir le jour qu'il faudra pour cela. Je ne puis pourtant m'empescher de vous dire quelque chose en faveur de la Mer [Mazarin] que je vous recommande de tout mon cœur, l'ayant entretenu depuis peu et ayant recogneu qu'il est plus qu'il ne l'a jamais esté *2, tousjours dans la croyance qu'il doit de * . Je remets aussy à vous parler des Démons3, qui sont extraordinaires; mais la France a toujours esté fertile de semblables aventuriers * .

CGXGII.

Aff. élr., France, t. 891 , f° 173. -- Minute.

À LA REINE

Riblemont (sic), 27 juillet 1 653.

Héron m'a rendu vostre lettre du î 5 à la présence du Roy, qui a esté tres-ayse d'en voir le contenu , prenant grand plaisir aux marques si touchantes de tendresse que vous luy donnez. Il m'a ratifié, ce qu'il m'avoit desja promis, d'eslre le dernier jour du mois à Paris. On n'a pas encore résolu si on prendra le chemin de Laon ou celuy de Compiegne,

1 Philippe de France, frère de Louis XIV. 3 La clef, publiée par M. Kavenel, ne ' J'ai déjà fait remarquer que ce signe donne pas la signification du mol Démons. indiquait l'amour de Mazarin pour la Reine, On a vu ci-dessus, p. 9 35 , que ce pseudoet le signe $ l'amour d'Anne d'Autriche pour nyme désignait probablement Bartet. Ses Mazarin. (Voy. l'Avertissement en tête de ce intrigues finirent par lui attirer une disvolume.) grâce complète.

DU GABPINAL WAZARIN. 051

cela dépendant de La marche que prendront aujourd'hui les ennemis, Juillet t653. suivant laquelle on depeschera pour avoir des carrosses de relays.

Le prince de Coudé agit en désespéré, et comme il cognoist bien qu'il ii'j a aucune ressource à ses affaires et à sa réputation que le gain d'une bataille, il n'oubliera rien pour y engager l'armée du Roy, mcsme avec desadvantage; et quoyque ce ne soit pas le compte des Espagnols, qui auroient peine à se relever, dans Testât présent d'affaires, s'ils avoient une disgrâce, l'ordre précis que Fuensaldagne a de faire, cette campagne, tout ce que le prince voudra, l'oblige à y donner les mains, quoiqu'il est (sic) impossible que ce ne soit avec grande douleur, estant visible que l'interest de son maistre et celuy du prince demandent, cette année, une différente conduite.

Quantité de cavaliers, qui se viennent rendre, disent conformément ' qu'il ne parle que de combattre et qu'il prend à party (sic) tous ceux qui s'opposent à cette pensée. Il croit asseurement que, s'il entre davantage en France avec l'armée ennemie, le Roy, en ayant une aussy forte, voudra l'empescher et que, par ce moyen, il y aura combat, ou que, ne le faisant pas-, il se flattera dans la vanité de nous avoir bravez; mais ce seroit, à mon advis, une très- grande faute de faire ce que ce prince veut, qui n'a rien à perdre, et d'autant plus que, sans bazarder, le Roy le mettra dans Testât où il doit estre, les armes de Sa M16 prospérant de tous costez, avec grande apparence de la prompte réduction de Bordeaux3, qui est le dernier coup de malheur qui puisse arriver à M. le Prince et qui l'accablera entièrement, puisque, perdant ses biens et ses establissemens en France, il ne luy restera que la qualité de gênerai du roy d'Espagne; et comme, à Tadvenir, il ne pourra luy estre qu'à charge, sans luy pouvoir rendre aucun service, il ne faut

1 Dans le sens de uniformément. avait traité secrètement avec Gourville et

5 Le sens est, et que, si nous ne le faisons subi les conditions imposées par Mazarin. La

pas, etc. majorité des habitants de Bordeaux accepta

3 Des négociations avaient été entamées, l'amnistie que le Roi leur offrait, et, le

le a h juillet, entre les habitants de Bordeaux 3 août 1 653, les ducs de Vendôme et de

et les généraux de l'armée royale pour la Candale entrèrent dans Bordeaux, à la (êle

soumission de cette ville. Le prince de Conli des troupes royales.

Juillet iG53. pas douter que les assistances ne soient médiocres et le traitement tel qu'il soit insupportable au dict prince, qui ne devra se plaindre que de luy-mesme qui l'a voulu ainsy.

Nous espérons qu'à présent Gommercy aura capitulé, suivant les advis que le mareschal de La Ferté en reçoit de Brinon l, qui faict le siège, sur son ordre, avec des troupes qu'on avoit laissées pour la seureté de Verdun, et vous voyez par là que le prince n'est pas heureux, puisque toutes les places que le Roy a prises au commencement de cette campagne estoient à son pouvoir, c'est-à-dire la susdicte [ville] de Coinmercy, Bellegarde, Bourg, Libourne et Rethel. Je prie Dieu qu'il en arrive de mesme du reste, afin que les ennemis se disposent à une bonne paix.

Le Confident [le Roi] m'a faict souvent de grandes embrassades pour 22 [la Reine], et je vous promets qu'il est entièrement à vous. Il se recommande fort à Monsieur, de qui je suis tres-humble serviteur, et pour ce qui est des Serafins [la Reine], je ne vous diray autre chose si ce n'est que je vous seray tres-obligé si vous prenez la peine de les asseurer *, et au point que je dois estre.

CGXCIII.

A Cf. étr., France, t. 891, P 175. — Minute.

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