AU PERE LEON
(extrait.)
Gien', 1 5 avril i(j52.
Mazarin te remercie des bons avis et des preuves d'affection qu'il lui donne; il proteste de son de'sir de le servir, dès qu'il en trouvera l'occasion. Le Cardinal continue ainsi :
11 (le père Léon) a raison de dire qu'il seroit bon de semer des contreplacards et libelles; il n'y a personne qui y pust mettre la main avec plus d'adresse et de capacité que luy. Si son temps le luy permet, je le prie de le faire, ou de le faire faire par des personnes qu'il jugera à propos pour cela, et, pour l'impression et le débit, il en pourra concerter2 avec M. Bluet, avec lequel je seray bien ayse qu'il fasse cognoissance et amitié.
De quelque manière que le Serviteur vinst icy, il seroit tousjours le bien receu, et j'aurois en mon particulier beaucoup de joye de le voir;
1 Le père Léon était de l'ordre des Carmes nom de Serviteur, el il est toujours cité à la
mitigés. On trouve, dans les papiers de Ma- troisième personne. (Voy. sur ce personnage,
zarin, des avis qu'il envoyait au Cardinal les Mémoires de M1' de Montpensier.)
sur les affaires du temps. Le père Léon est ~ Il y a bien concerter. Ce mot s'entend;
désigné, dans la lettre de Mazarin, sous le mais conférer semblerait préférable.
mais cllf seroit encore plus grande, s'il apportoit b' pouvoir clou l il Avril i65a. parle l, et, en ce cas-là, on entreroil en malien' avec toute sorte de sincérité, et il n'\ auroit point de seureté que l'on ne donnast de ce que l'on promettroit.
On profitera de lad vis que le Serviteur donne d'entretenir la voje de celte personne de haute piété 2, laquelle je le prie d'asseurèr de la vénération quej'ay pour sa vertu, de la passion quej'aurois delà servir, quoyque je sçaclie bien que, dans ce qu'elle faict, elle ne se propose point d'autre l>ul que la gloire du Roy, le service de Dieu elle repos de l'Estat. le suis bien ayse de ce que le Serviteur ma mande de M. d'Angoulesme3. J'av asseuré Leurs M,cz qu'il cstoit incapable de prendre d'autre part] que le leur. 11 sçait que j'ay tousjours esté son serviteur, cl je le luy ay tesntoigné avec assez de chaleur par le passé, ainsy que je fera y encore en tout ce que le service du Roy pourra permettre; mais comme la Provence est sur le point de se perdre; que l'on nous dict, d'un costé, que M. le prince de Conty's'y en va, et, de l'autre, que les Espagnols mettent M. de Guise en liberté pour l'y faire aussy aller, le Roy se trouve obligé d'y envoyer promplement une personne5 qui conserve cette province dans son obéissance et dissipe, par sa présence et par ses soins, les diverses factions que l'on a tasebé d'y former contre le service et l'autborité de Sa Ml,;. Cependant je vous asseure, avec sincérité, que, si cette personne pouvoit disposer les esprits et les
' Probablement un pouvoir que lui au- de M"c de Monlpensier (t. I", p. 928-229,
rail donné le duc d'Orléans pour traiter avec de l'édit. Charpentier). M"" de Monlpensier
la Cour. Le père Léon avait un grand crédit appelle ce moine mm fort habile homme»),
dans la maison de Gaston d'Orléans. ' Louis-Emmanuel de Valois, connu
2 11 est très probable que celle personne d'abord sous le nom de comte d'Alais.
de haute piété était Mme de Saugeon (on l'ap- ( Voy. t. I", p. o,o4 , des Lettres de.Mazarin.)
pelait .Uflf/rt/wc quoiqu'elle ne fut pas mariée, " Le prince de Conti était, à cette
parce qu'elle élaildanied'atourdela duchesse époque, en Guyenne; Condé, en quittant
d'Orléans). Elle avait une grande influence cette province, l'avait chargé de prendre
sur Gaston. M"" de Saugeon était entrée aux le commandement de ses troupes.
Carmélites; mais le père Léon l'en avait s Cette personne était le duc de Mercœur.
fait sortir pour la ramener au palais d'Or- neveu, par alliance, de Mazarin. (Voy. t. IV,
léans, comme nous l'apprennent les Mémoires p. 3 1 0 , note 3, des Lettres de Mazarin.)
Avril i65a. affaires en sorte que M. d'Angoulesme y pust estre restabiy, il n'y a rien que j'estimasse plus glorieux pour le Roy et qui fust plus de ma satisfaction, et ce sera la principale chose à laquelle je luy recommandera) de s'appliquer.
Pour M. le prince deTarente, j'ay dicl, par advance, à Leurs M1'7- que. si javois esté icy, je ne croyois pas qu'il eust pris le party auquel il s'est laissé engager. Je suis bien fasché du préjudice qu'il en a receu et en sa personne et1 en sa maison. Si vous le voyez disposé à se remettre dans son devoir et à vouloir me redonner son amitié, j'en seray bien ayse, et je le serviray de tout mon pouvoir.
Bibl. nat. , mss. fonds fr. 23,202, f° 278; original. — Afl". élr., France, l. 269; t. 3o du recueil des Lettres de Mazatm, — Copie du temps.
À L'ABRÉ FOLQLET.
Gien, i5 avril i65a.
Depuis mon autre lettre escrite, vostre valet est arrivé qui m'a rendu la vostre du i3. Aprez avoir considéré ce que vous mandez de 1 assiette où sont les choses à Paris, non seulement Leurs Majestez se sont confirmées dans la resolution qu'Elles avoient prise d'aller à Paris, mais voyant combien l'exécution en est nécessaire pour asseurer la ville et empescher l'efl'ect des grandes cabales, que la venue de M. le Prince donne lieu d'y faire contre le service du Roy, Elles s'y acheminent en toute diligence et par le chemin le plus court, quoyqu'Elles eussent résolu auparavant que l'on laisseroit la rivière entre les ennemis et nous pour rendre nostre marche plusseure; mais il n'y a rien à quoy Elles nayment mieux s'exposer que de manquer à aller promptement fortifier, par leur présence, les bons bourgeois qui pourroient estre esbranlez par les artifices des mal intentionnez.
1 La fin de celte dépêche se trouve au folio 101. Il y a eu transposition dans le manuscrit depuis le folio 96 jusqu'au folio 101.
DU CARDINAL MAZARIN. s 7
Il 110 faut pas manquer de publier et bien faire valoir cet ell'ect de Avril i65a. la lionne volonté du Roj pour la \ille de Paris, à laquelle Sa M'1' osent sur ee sujet. Kl je ne doute point que M. le cardinal do Retz, M de Chèvre use, M. do L'Hospital, M. le Prévost dos marchands et Unîtes les autres personnes, zelez pour le bien del'Estat,ne redoublent, en celle conjoncture, leur affection et leur vigueur pour faire que les bourgeois demeurent fermes dans les bons sentimens où ils sont et no se jettent point aveuglement dans la ruine et les misères où M. le Prince, pour son interest particulier, les veut précipiter.
Si M. le cardinal de Retz et Mme de Cbcvreuse estoient d'advis (pion envoyast deux ou trois cens chevaux, vous n'aurez qu'à me le faire sçavoir, et ou les fera rendre en tel lieu qu'ils jugeront à propos, et celuy qui les conduira aura ordre de faire entièrement tout ce qu'ils luy commanderont. On pourroit mesme les envoyer séparément à Paris, si tant est que Ion creust qu'il fust mieux d'en user ainsy.
\IV. éir. . France, t. ^.Go, P 101 ; t. 3o du recueil des Lettres de Wazarin. —
Copie du temps.