‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 15 sur 145 · À M. DE BEAUJEU · texte numérisé non relu

À M. DE BEAUJEU

, Saint-Germain-en-Laje, a8 avril i6Û2.

J'ay esté tres-ayse de voir l'audience favorable que vous a donnée S. A. (le duc de Lorraine), et les bonnes dispositions où vous l'avez trouvée. J'ay tousjours asseuré Leurs Mlez qu'elles ne changeroient point, nonobstant le nouveau traité, qu'elle (S. A.) avoit faict avec les Espagnols, et les asseurances positives que les princes publioient avoir qui! entroit en France avec ses troupes pour favoriser leur party.

Par les ordres que le Roy a donnez sur tous les points essentiels, S. A. verra que les intentions de Sa Mlë à son esgard ne peuvent estre meilleures ny plus sincères, et comme je croy qu'avant que vous receviez cette lettre, S. A. auraveu M. de La Ferté ou M. de Bregy, qui sont chargez du pouvoir et des instructions nécessaires pour la conclusion du traité, je m'asseure que rien ne l'aura empesché, et que S. A. en aura eu toute sorte de satisfaction; l'affection que Leurs Mtoz ont pour luy et le désir de le voir dans leur service les ayant obligées à passer par dessus beaucoup de considérations.

Je croy qu'il luy sera difficile de séparer S. A. R. d'avec M. le Prince, puisque leur union est si bien establie. Le roy et la reyne d'Angleterre s'estant interposez pour faire quelque ouverture d'accommodement, ils ont envoyé icy des députez conjointement, qui sont MM. de Rohan, de Chavigny et Goulas1, lesquels il ne faut pas douter qu'ils n'employent

1 Goulas e'tail secrétaire des commandements du duc d'Orléans.

DU CARDIN il MAZWUY 97

tous leurs soins pour entretenir coite union, estant assez cognu qu'outre Avril i65a 1rs raisons générales, leurs interests particuliers les engagenl à cela.

Je no sça> si celte nouvelle négociation n'empeschera point la médiation de S. A., qui n'auroit |)n estre que très-utile, et j'aurois fort souhaite el pour l'interest du service du Bo\ el pour le mien particulier que cette affaire eust entièrement passé par ses mains; mais quoy (ju il en arrive, et soi l que raccommodement avec les princes se lasse ou non, S. A. se peut asseurer que cela n'altérera en aucune façon les bons sentimens que Leurs M'IZ ont pour elle et ne changera rien à son esgard en la disposition présente des affaires, Leurs Mtez estant asseurées que, de son costé, S. A. ira au devant de tout ce qui pourra regarder le bien de leur service: sur quo\ M. de Brienne escrit encore plus particulièrement à M. de La Ferlé

On ne sçait pas icy pourquoy S. A. a auprez d'elle un envoyé de ! Vrchidue pour eselairer ce qu'elle faict et de quelle utilité cela luy peut estre à présent qu'elle n'est plus entre les mains des Espagnols et ne semble pas fort nécessitée de se mesnager avec eux. Neantmoins, on n'en conçoit aucun soupçon, quelque ebose que l'on veuille dire pour en donner.

Je vous prie de dire à S. A. que je n'ay jamais eu plus grande joye que de le sçavoir hors des Pays-Bas; car je tremblois, tant que je le croyois à Bruxelles, à cause des advis que j'avois que les Espagnols avoient des pensées qui n'estoient nullement à son advantage.

L'impatience que S. A. a eue de se rendre auprez du Roy et de la l»e\ ne, ^ur le bruit qui couroit de la desfaite de nostre armée ', ne peut estre plus obligeante. Aussy Leurs Mtez en ont tout le ressentiment possible; mais bien loin qu'il y eust aucun fondement dans les bruits que l'on a espandus du mauvais estât de nos affaires, elles prennent tous les jours une face plus advantageuse, puisque les choses vont à souhait en Guyenne, Bordeaux commençant desjà à paroistre fort embarrassé; que l'armée des princes est retranebée à Estampes, d'où elle n'oseroit sortir;

1 Mazarin fait allusion à de faux bruits répandus par les ennemis qui annonçaient une défaite île l'armée royale près d'Etampes,

NAZARIK. — T, |3

[Mi ri virr r c yi rtovu:

uni i65a. que Montrond ' est à la veille de se perdre2 et que toules les diligences qu'on a faictes pour causer une sédition dans Paris et engager le peuple à l'aire quelque pas contre le Roy ont estez inutiles.

Confirmez au sieur Raulin ce que vous luy aurez desjà dicl de ma part , et s'il y a quelque chose d'important à faire sçavoir de la part de S. A.., vous pourrez vous en venir vous-mesme pour cela, particulièrement si M. de Lorraine s'est advancé en lieu qui ne soit pas esloigné de M. le mareschal de La Ferlé, qui pourra prendre le soin de toutes choses, suivant les ordres que luy en a portez M. de Bregy.

Aff. étr. , France, I. 269, i" 109; I. 3o du recueil des Lettres de Matarin. —

Copie du temps.

AU MARÉCHAL DE LA FERTÉ

Saint-Gormain-en-Laye, 29 avril 1602.

(extrait.)

.le ne sçay pas à quoy aboutira la négociation, qui est sur le tapis, introduite par les prières que le roy et la reine d'Angleterre en ont faictes au Roy et à M. le duc d'Orléans et à M. le Prince; mais ce que je vous puis dire , c'est que, si les députez, qui sont venus de la part desdicts princes, demeurent fermes dans les propositions qu'ils ont faictes, on fera la guerre plus fortement que jamais, puisque, quand nous aurions beaucoup de malheur, il ne nous pourroit pas arriver plus de préjudice que celuy que nous recevrions en consentant aux choses qu'ils demandenl.

M. le duc d'Orléans a l'a i r t paroistre que rien n'estoit capable de séparer ses interests de ceux de M. le Prince, et qu'il ne feroit jamais son accommodement que conjointement avec luy. Je prendraysoin de vous advertirde tout ce qui se passera, cela estant fort nécessaire pour la

' Voy. ci-dessus, p. 11. noie a. — s 11 v a bien se perdre dans la copie: se rendre semblerait préférable.

conduite qu'on devra tenir avec M. de Lorraine, pour qui Leurs \llv ivril i65o.

ont tons les bous senlimens (|iù'l sçauroil souhaiter, ne doutant point que, de son COSté, il ne lasse parois! re que les siens sont, de donner toutes les marques possibles de son affection pour le service de Leursdicles Majestez. Ge à quo\ vous devez vous appliquer principalement, c'est à bien renforcer vos troupes, puisque, quelque chose qui puisse arriver. le Roy aura assez d'ennemis pour en avoir affaire.

Je vous conjure surtout de ne rien oublier de tout ce qui pourra dépendre de vous pour mettre l'affaire de Brisacb en bon estât, et si la négociation avec .M. de Lorraine pouvoit donner lieu que vous y allassiez en personne avec des troupes, sans que vostre absence pust préjudiciel' au service du Rov en Lorraine, ce seroit un coup de maistre : car asseurement tout se termineroit a souhait par ce moyen, et vous pourriez laisser, dans la place, de vos troupes et de vos ofticiers. et prendre le soin de me la bien garder.

Ail. étr. . France. I. 269. P 110 v°; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Sairrt-Germain-en-Laye, .'io avril i65a.

(extrait.)

Mazarin lui donne l'assurance que l'on a fait tes plus vives instances pour qu'on tui rendit la liberté' '. Il ajoute :

L'on n'a rien mandé à M'ue de Chevreuse, parce que l'on ne sçavoit pas de qui se servir pour cela pendant vostre détention, et que l'on a creu, à tous momens, de la voir à la Cour. Javois seulement dict à

1 L'abbé Fouquel avait é|é arrêté, le a4 avec l'abbé de Siltery, qui était du parti des avril i65a, sur If chemin de Corbeâ. Il fut princes. 1 Voyez ci-dessous, p. 110. la lettre remis en liberté, le 2O . sur parole. On verra de Mazarin à l'abbé Fouquet. en date du plus loin qu'il était question de l'échanger 1-2 mai l€82.)

iviil i65a. Becherel1 d'essayer de vous voir pour vous dire que vous la pouviez asseurer qu'il ne se l'eroit rien icy qu'on ne lin en donnast part et qu'on ne sceust, au préalable, ses sentimens. Je le chargeay aussy de voir jM. de La Barre, pour luy dire que l'on estoit satisfait icy, au dernier point, de M. son père et de luy, et qu'ils auroient participation de tout.

La Reyne attend avec une impatience extrême, et inov aussy, M"1 de Chevreuse, pour l'entretenir à fond sur toutes choses et prendre les mesures avec elle de tout ce qu'il y aura à faire, ne doutant poin qu'elle ne vienne bien informée de toutes les intentions de M. le cardinal de Retz et qu'elle ne soit plus que jamais dans le sentiment de servir la Reyne en tout et partout et d'estre à Elle sans aucune reserve. Nous sommes en grande peine de voir qu'elle ne vient point, et moy de n'avoir receu aucune response de Becherelles 2 sur ce qu'il estoit tombé d'accord avec moy de me mander : en quel lieu madicte dame voudroit qu'on luy envoyast l'escorte. 11 est à propos de sçavoir son intention làdessus et quand elle pourra estre icy, estant important de gagner des momens en une affaire de cette conséquence. J'atlendray vostre response avec impatience.

Au reste, soustenez hautement que je suis homme d'honneur et incapable de manquer à ce que je promets. C'est pourquoy ceux qui ont voulu dire que l'accommodement s'est faict3, et que, devant que les députez vinssent icy, tout estoit adjusté, parlent sans aucun fondement. Je vous asseure qu'il n'y a rien de plus esloigné de la vérité, et que, si ces Messieurs persistent dans les propositions qu'ils ont faictes, la guerre continuera plus fortement que jamais, puisqu'elles sont d'une nature [telle] qu'il est impossible qu'elles ne surprennent tout le

1 Voy. sur Bechere! ou Becherelles, t. IV, Châtiilon et d'autres prirent part à ces

p. 563, note î. négociations. Betz se moque, dans ses Mé-

5 Plus haut, Becherel; ici, Becherelles. moires (t. IV, p. 212, de l'édit. des Grands

L'accommodement entre la Cour et les Ecrivains) de conférences, qui n'aboutirent

princes. Le 26 avril, le duc de Bohan,Ghavi- pas. Mais pondant cpie Mazarin amusait

gny et Goulas s'étaient rendus à Saint-Ger- les frondeurs, l'année royale s'avançait vers

main pour traiter avec la Cour. Outre ces Paris, et battait les troupes de Beauforl et

personnages, Gourville, la duchesse de de Nemours près d'Étampes.

monde; el il n'v a qui que ce soil qui puisse conseiller le Ro^ et ta Mai i65a. Reyne de donner les mains à des conditions qu'à peine leurs ennemis pourrpieni prétendre aprez le gain de plusieurs batailles.

\fl". t;lr. . Franco, t. 369, P 9a; t. 3o du recueil des Lettres de \Iaiarin. —

Copie du temps.

\ L'ABBÉ FOUQUET

Saint-Germain-en-Laye , 2 mai iG52.

J'a\ receu vostre billet d'aujourd'huy. Je n'ay seulement osé faire la proposition (renvoyer M. le Garde des sceaux à Paris; car c'est une chose en laquelle on ne voit ny bienséance ny seureté ny aucune raison forte qui y doive obliger, el lorsque l'on en ouvrit le discours, il y a huit jours, on s'en moqua.

On vous envoie un passe-port en blanc, que vous pourrez remplir vous-mesme du nom de la personne que vous me marquez; mais prenez bien vos seuretez pour l'exécution des paroles qu'il donnera.

Je vous prie de faire mes complimens à M. le Prévost des marchands et de lu y offrir l'appuy et toutes les assistances qu'il désirera du costé de la Cour, et celles que je lu y pourrai donner en mon particulier. Asseurez aussy, s'il vousplaist, de mon service, Mme de Ghevreuse, et MM. de Noirmoutiers, de Laigues et de La Barre. C'est tout ce que j'ay à présent à vous mander.

La Reyne m'a fort demandé quand Mmc Ghevreuse pourroit estreicy; je vous ay fort chargé de le sçavoir, et vous ne m'en dictes rien. Je seray bien ayse que vous me fassiez responsc là-dessus.

Mandez-moy aussy au plus tost quels sont les avis de M. votre frère J, de M. Mesnardeau2 et M. de La Barre et autres bien intentionnez sur

1 II s'agit ici évidemment du procureur général, Nicolas Fouquet. — 2 Voy. sur ce conseiller au Parlement, ci-dessus, p. 7, note 1.

Mai ic..')>. la response que l'on devra (aire aux compagnies souveraines1 sur ce qui me regarde, aprez qu'ils auront meurement examiné celle matière.

AIT. étr., France, t. 269, f° n5 v°. — Copie du temps.

AU MARÉCHAL D'AUMONT

Saint-Gorrnain-en-Laye, 3 mai i6.">2.

(extrait.)

Mazarin le remercie de ce qu'il a fait avec si peu de troupes et lui parle de? forces préparées pour la défense de Gravelines assiégée par les Espagnols.

Leurs Mtez ont ordonné que l'on joignist trois des moindres vaisseaux de l'armement qui se faict en Bretagne aux trois frégates angloises que M. de Vendosme a achetées, et que l'on embarque dessus encore cent soldats d'augmentation. Le commandant de cette petite Hotte a ordre d'envoyer vers vous sytost qu'il approchera de vos quartiers2, pour sçavoir ce qu'il aura à faire, tant pour mieux venir à bout de battre les frégates ennemies, qui sont devant Gravelines, que pour introduire le secours. Vous jugez bien qu'il n'y a pas de temps à perdre en ce qui est de donner ordre que tout ce qui se peut faire, de vostre costé, pour l'exécution de ces deux points, soit prest à l'arrivée de cette petite flotte, que l'on a jugée plus utile que n'auroient esté de grands vaisseaux.

On a escrit en Bretagne et en Normandie afin que l'on list partir sans delay une quantité de bled pour Dunkerque, et l'on y en portera infailliblement. Je vous prie de le mander en chiffre à M. d'Estrades,

1 Ces remontrances devaient porter prin- armées près de Paris, le forçait d'y main-

eipalement sur deux points: i°l'éloignement tenir les siennes. Il ne fut pas question tle

des troupes de Paris ; 1" le renvoi de Mazarin. Mazarin.

Elles furent adressées à Saint-Germain le 6 mai. 2 On a déjà vu que le maréchal d'Au-

Le Roi répondit, sur le premier point, que mont était gouverneur de Boulogne-sur-Mer

la conduite des princes, qui tenaient leurs et du Boulonais.

et de 1 advoitir de mesine du secours qu'on propare pour (iravclines, Mai afin (|ii il se dispose à le faciliter, de sa part, en ce qui lui sera possible. Toul cecy doit estre tenu Becret. .le n'en ay escrit qu'un mol au mareschai de Grancey, me remettant à ce (pie unis luy en ferez sçavoir. Si M. d'EIbeuf est en vos quartiers, cette lettre servira aussy pour luy, s'il vous plaist.

Il faut, à mon advis, faire courre le bruit qu'on ne songe pas à secourir Gravelines1, et ce pendant préparer diligemment les vaisseaux et petits baslimens destinez à introduire les six cens hommes du régiment de La Meilleraye, <|iii viennent de Bretagne, et il est trcs-iiuportant d'asseurer les assiégez du secours, afin qu'ils se mesnagent bien et lassent leurs derniers efforts.

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