‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 2)Chapitre 16 sur 145 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

AH', étr., France, t. 269. f° 98; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Saint-Germain-en-Laye, h mai i65a.

.1 'ay veu l'advis de M. de Novion et M. le Procureur gênerai ; on en approuve bien une partie, mais non pas l'autre; car que le Roy fasse des advances et propose luy-mesme de m'esloigner, pourveu que ce soit par nue voye honneste et qu'on luy envoyé une deputation authentique pour cet ell'ect. tous ceux du Conseil trouvent que cela est contre la dignité de Sa Majesté; et, pour mon particulier, véritablement par ce moyen je pourrois estre esloigné honnestement, mais je serois esloigné pour tousjours; ce qui ne se rapporte pas aux discours que l'on a tenus là-dessus.

Je voy que vous me parlez de l'accommodement comme d'une chose quasy faicte. Cependant je ne le voy pas mesine dans la possibilité

1 C'est le bruit que répèle Monglat, comme on l'a vu ci-dessus, p. 92 , noie 1.

Mai t65a. [de se faire], el je vous jure, sur mon honneur, que, depuis que les députez sont partis d'icy, je n'en ay pas ouy dire un seul mol; que, devant ny aurez, je n'ay eu aucune negotiation secrète là-dessus avec ame qui vive, et que, si cela avoit esté, j'en aurois donné part à M. le Coadjuteur1, ]\lme de Chevreuse et aux autres amis, quoy que vous sçachiez fort bien que ledicl Coadjuteur, depuis sa promotion, n'a pas tenu une conduite qui m'obligeast à cela.

Je vous remercie, de tout mon cœur, de la manière dont vous luy avez parlé. Vous ne luy avez dict que la pure vérité; ce (rue vous v pouviez adjouster, c'est qu'il a esté deux mois entiers à nous amuser, faisant tousjours dire qu'il envoyeroit une personne expresse à la Cour et qu'il se declareroit hautement. Cependant il n'a envoyé aucune personne; il ne s'est point déclaré et n'a pas mesme voulu envoyer à aucune entreveue. Tout ce qui m'a paru de luy est qu'il n'a rien oublié pour exciter et fomenter la haine de S. A. R. contre moy; ce qu'il me seroit fort aysé de prouver, en cas de besoin. Ses plaintes n'ont aucun fondement, puisque je vous jure devant Dieu que je n'ay rien traité secrètement avec qui que ce soit; mais il n'est pas nécessaire d'entrer en aucun esclaircissement avec luy là-dessus, car je sçay que je ne le pourrois pas apaiser ny satisfaire, estant entasché d'un crime à son esgard que je ne sçaurois effacer qu'en me dépouillant d'un bien qu'il veut posséder2, el quelque animosité qu'il ayt contre M. le Prince, asseurez-vous qu'il ne fera rien contre luy tant que je demeureray en l'estat où je suis et qu'il le verra agir contre moy; mais si j'estois une fois esloigné, je suis persuadé qu'il ne manqueroit pas de parler en ma faveur et qu'il se rendroit volontiers le principal instrument de ma vengeance contre

1 Mazarin cite encore quelquefois, sous 2 Relz affirme , dans ses Mémoires (t. IV,

le nom de Coadjuteur, Paul de Gondi, qu'il p. 226. de l'édit. des Grands Ecrivains de la

appelle ailleurs cardinal de Retz. On voit, France), qu'il ne songeait nullement à enle-

par les Mémoires de Relz , qu'à cette époque ver à Mazarin la dignité de premier ministre :

ce dernier était loin d'agir de concert avec mais on ne peut avoir aucune confiance dans

M"e de Chevreuse. La suite de la lettre de les assertions d'un prélat intrigant, qui n"a-

Mazarin indique assez que ce ministre ne vait bouleversé la France que par ambition

comptait plus sur lui. et pour s'élever au premier rang.

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M. te Prince, pour se deffaire par ce moyen de deux personnes qui luy Mai i65 font de la peine.

Je vous prie de remercier aussy bien vivement M. de La Barre, de ma part, de la fermeté avec laquelle il luy a respondu, et de luy dire que je n'en perdrav jamais le ressentiment; je le serviray de tout mon pouvoir pour l'establissement qu'il désire à la Cour, quand raccommodement avec M. le Prince se fera, à quoy je ne voy point d'apparence. Je vous responds que je ne consentirons jamais à aucunes conditions qui m'empeschent d'achever l'affaire de M. le Prévost des marchands et de donnera M. de Laigues la pension qu'on luy a promise.

Faictes inescomplimensàMadamedeChevreuse; dictes luy crue, quoy que l'on souhaitte passionnément de la voir icy, elle ne se contraigne point pour y venir, si elle juge d'estre plus utile à Paris; que l'on se remet en cela à ce qu'elle jugera plus à propos; mais que surtout elle mesnage bien ce qui regarde l'affaire de M. de Lorraine.

AIT. étr. . France. I. 969, f° 99; t. 3o du recueil des Lettres de Mazarin. — -

Copie du temps.

k L'ABBÉ FOUQUET.

Saint-Germain-en-Laye, 5 mai i65a.

Vous aurez sceuaussy bien que nous ladeffaite des princes à Estampes1.

' Ce fut le h mai i652 que Turenne tailla en pièces une partie de l'année dos princes près d'Etampes. La nouvelle s'en répandit à Paris le 5 (Voy. le Journal de Dubuisson-Aubenay, t. Il, p. 917). On peut consulter sur le combat d'Etampes les Mémoires de Taicinnes, qui commandait l'armée des princes en l'absence de Beaufort et du duc de Nemours (p. 187-138 de l'e'dit. annotée par M. C. Moreau ). Cotte défaite d'une partie de l'armée

des princes releva le courage des partisans de Mazarin. Dès le 5 mai, on écrivait au Cardinal : -La nouvelle de la victoire sur les ennemis a frappé d'estonnement les rebelles et les factieux. Je sçay bien que, d'un coslé. cela desabusera beaucoup de gens de raccommodement que l'oncroyoitachevé; mais, de l'autre, chacun blasmera M. le Prince de n'avoir point esté à son armée. De quelque façon que ce soit, leur crédit en sera fort

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Mai 16S*. Ce que je vous puis dire, c'est que l'on a receu icy cette nouvelle avec toute sorte de modération , et qu'au lieu d'altérer les bonnes dispositions que Leurs Majeslez avoient pour la paix, la plus grande joye qu'elles avent eu d'un succez si important est parce qu'Elles croient que cela la pourra faciliter; ce que vous direz à tous nos amis de delà, et les députez ', qui viendront demain, le recognoistront par la manière dont ils seront traitez. Je ne puis m'empescher de vous dire que je suis bien avse que l'on voye par là combien il eust esté fasebeux, si on avoit farct quelque accommodement avec M. le Prince; car, à la vérité, le premier article de ce traité seroit bien estrange s'il porloit la delîaite de l'armée. Il seroit à soubaitter que M. le Coacljuteur voulust profiter de la belle matière que luy fournist cet incident de servir le Hoy. Vous cognoistrez2, avec Madame de Cbevreuse, M. de La Barre et MM. de Laigues et Noirmoutiers, si on luy en doit parler, et de quelle sorte pour produire un meilleur elïect; et, en ce cas. s'il est nécessaire mesme de luy taire compliment de ma part, j'en demeure d'accord.

Il faudra aussy sçavoir s'ils jugeroient à propos que l'on parlast, en cette conjoncture, à M. le marescbal de L'Hospital, pour le l'aire revenir et l'obliger à agir fortement et sans distinction de mes interesls d'avec ceux du Roy, puisque je n'en ay point d'autres que ceux de Sa Majesté. Je vous asseure que je suis tousjours le mesme, c'est-à-dire prest à oublier sincèrement le passé et plus facile aux accommodemens, dans la bonne que dans la mauvaise fortune, avec ceux qui ont le plus mal usé avec moy.

abattu parmy ie peuple. n (AU', élr. France, (innées et surtout de demander qu'on eloi-

t. 883, pièce 1 44.) gnât les troupes qui ravageaient les envi-

1 II s'agit des députés du Parlement et rons de Paris, de la Chambre des Comptes, qui étaient ' Le verhe connaître est ici employé dans

chargés de présenter au Roi des remon- le sens d'examiner.

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